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 Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan

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Truckette
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MessageSujet: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyVen 9 Jan - 23:39

Attention Spoilers




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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyMer 14 Jan - 12:31

Note:
 


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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptySam 24 Jan - 18:50

Prologue



Mithraël

La petite fille était en quête de brindilles afin de démarrer le feu du campement. Ses cheveux noir ébène, qui lui arrivaient aux épaules, flottaient derrière elle alors qu’elle marchait d’un pas souple et gracieux. Ses yeux bleu pâle étaient vifs et alertes. Elle adorait la corvée de bois car elle lui permettait d’explorer la forêt.  Le clan s’était arrêté depuis une semaine déjà et aucun signe d’hostilité dans les environs. Il y avait un petit village de shems non loin de là mais aucun d’entre eux n’était venu à eux pour le moment. Les elfes restaient dans leur forêt, les humains dans leur village et tout allait pour le mieux. Mithraël n’avait jamais vu d’oreilles arrondies de près mais, même à seulement sept ans, ils la fascinaient. Ils avaient de drôles d’aravels, qui ne semblaient même pas rouler ! Elle se demandait à quoi cela pouvait bien servir un aravel qui ne pouvait se déplacer. Elle l’avait demandé à sa mère :

« Les humains sont rarement nomades Da'len, aussi ils n’ont pas besoin d’aravels. Leurs maisons sont fixes, avait-elle répondu.

- Mais que font-ils en cas de danger Mamae ?

- Ils défendent leur place, ils se battent. Ne t’approches pas de leurs villages Mithraël, nous sommes rarement les bienvenus ». Et elle était partie, non sans déposer un baiser sur le front de sa fille.

Seulement aujourd’hui, la petite elfe s’était aventurée assez près du village. Chargée de ses brindilles, elle observait, dissimulée par les branchages d’un buisson. Les humains étaient plus charpentés que les elfes, mais ils n’en étaient pas laids pour autant. Mithraël étouffa un rire après avoir vu leurs oreilles ridiculement petites et arrondies : « Ils ne doivent rien entendre ! ». Untel revenait avec des lapins attachés à sa besace, un arc et un carquois dans le dos, un autre semblait vendre du poisson, des enfants couraient dans tous les sens en riant et leurs mères travaillaient tout en les surveillant. « Ils ne sont pas si différents ». Elle avait envie de sortir de sa cachette afin d’aller jouer avec les enfants humains. Mais les paroles de sa mère lui revinrent en mémoire. Aussi elle s’apprêta à rebrousser chemin avant que les autres ne s’inquiètent de son absence. Seulement elle n’était pas seule. Elle aurait dû l’entendre arriver, mais elle était trop absorbée par la contemplation du village pour y prêter attention. Il était très grand et portait une brigandine de cuir avec des renforts en acier. Une épée était accrochée à sa ceinture mais le regard de la petite fille s’était arrêté sur la dague qu’il avait en main. Un sourire mauvais éclaira le visage de l’homme, ses yeux chocolat lançaient un regard si menaçant que l’elfe était pétrifiée :

« Regardez ce que nous avons là, une petite oreille pointue envoyée en éclaireur pour espionner ces pauvres villageois, dit-il d’un ton doucereux.

- Non, non, je … je n’espionnais pas, balbutia Mithraël, je regardais c’est tout.

- Tu veux les voir de plus près ? » demanda l’homme avec un ton faussement bienveillant, mais la petite ne perçu pas la menace et son visage s’illumina. Elle s’approcha de l’homme.

« Oh oui ! J’aimerais beaucoup !

- Recule, shem, laisse partir cette enfant ».

Un chasseur du clan surgit des fourrés, accompagné de la mère de la jeune fille, Première apprentie de l’Archiviste. Le chasseur avait bandé son arc et tenait le bandit dans sa ligne de mire. Ce dernier ne réfléchit pas deux fois et se saisit de l’enfant, appuyant la lame de sa dague contre sa joue. La morsure de l’acier était douloureuse, mais pire encore était le feu du poison qui se propageait à partir de la coupure. Mithraël poussa un cri aigu.

« Tu peux m’abattre maintenant oreilles pointues, mais vise bien, il serait dommage d’abîmer encore plus cette belle petite » dit le hors-la-loi avec un sourire carnassier.

La mère de Mithraël posa la main sur le bras du chasseur, lui intimant silencieusement de baisser son arme. Il s’exécuta mais ses yeux bleu pâle foudroyaient du regard l’humain.

« Voilà qui est mieux, maintenant … argh ! » l’homme hurla de douleur. Le brassard protégeant le bras tenant la dague avait pris feu. Il lâcha la petite par réflexe. Cette dernière n’avait aucune brulure, mais l’entaille sur sa joue n’était pas belle à voir. Elle suintait déjà. Sa mère se précipita vers elle et la pris dans ses bras, l’enfant était inconsciente, vidée de toute énergie. Le chasseur ne parvint pas à éteindre le feu qui s’était déjà propagé jusqu’à l’épaule, puis embrasait une partie de son visage :

« Abrège ses souffrance, Vhenan, ordonna-t-elle à son compagnon.

- Dirthara ma » murmura ce dernier à l’adresse du bandit avant de décocher une flèche qui lui transperça le crâne.

Iohris gela l’humain afin d’éviter que le feu ne se propage et n’alerte les villageois. Elle sentit les larmes monter à ses yeux quand elle regarda sa fille. La lame était certainement empoisonnée, la petite allait en garder une cicatrice – elle lança un sort pour purger le sang de Mithraël du poison- . Mais ce n’était pas pour cela que la jeune femme pleurait. Ce n’était pas elle qui avait mis le feu au brassard du bandit et Zathnarel n’était pas un mage – elle nettoya la plaie avant de se remettre en route pour le camp afin de la suturer- . Seule sa fille avait pu faire cela. Elle la serra plus fort dans ses bras, les larmes ne s’arrêtaient pas. Zathnarel, le chasseur et père de Mithraël, la tenait par la taille, les yeux également emplis de tristesse. Ils avançaient comme deux âmes en peine. Ils ne pourraient se dérober à la règle. Ils ne pourraient cacher les pouvoirs de leur fille, l’Archiviste sentirait sa magie dès leur arrivée. Le couple s’arrêta alors à mi-chemin, ils s’enlacèrent, leur fille entre eux deux, et laissèrent leurs larmes couler en silence.

Si les dalatiens n’avaient pas de Cercles de magie, ils n’étaient pas pour autant invulnérables au danger que pouvaient représenter les mages. Aussi, aucun clan ne devait avoir plus de mages que nécessaire. Lorsque les pouvoirs d’un membre se manifestaient et que le nombre maximum de mages était déjà atteint, ce dernier devait trouver un autre clan. Il était exilé. Dans le cas des enfants, l’Archiviste envoyait des messages aux clans à proximité afin de ne pas laisser les jeunes âmes aller à une mort certaine en les abandonnant dans les bois. Mais dans certains cas, il n’y avait pas de clans à proximité…

Mithraël avait eu de la chance dans son malheur. Le clan Lavellan avait pu la prendre en charge. Même si elle n’était jamais vraiment parvenue à s’intégrer car elle restait « l’étrangère », les autres la respectaient. En effet ses pouvoirs étaient puissants mais elle les utilisait surtout pour les soins, et n’hésitait pas à apporter son aide à ceux qui en avaient besoin. L’Archiviste avait toujours veillé sur Mithraël comme si c’était sa propre fille. Il avait fini par la prendre comme Première apprentie à ses seize ans compte tenu de son potentiel, ouvrant alors la jeune fille à d’autres savoirs. Mithraël avait une préférence pour l’école du feu, d’autant plus qu’elle avait un don inné pour cet élément. Un an après, elle subissait le rituel du Vallaslin, en silence comme le voulait la coutume. La douleur était pourtant vive mais la jeune femme n’avait pas failli. Elle avait choisi un des symboles de Mythal, la Protectrice, car comme sa mère elle voulait utiliser ses pouvoirs pour aider les siens. Peut-être la déesse avait-elle veillé sur elle lorsque le bandit l’avait attaquée et avait conduit ses parents jusqu’à elle. Aussi par cette marque, Mithraël lui prouvait sa reconnaissance.

Elle n’avait jamais nourri de haine aveugle envers les humains au point de vouloir tuer tous ceux qu’elle croisait. Pour elle, il y en avait des bons et des mauvais, tout comme il y avait de bons et de mauvais elfes, nains, qunari,… Tous les shems n’étaient pas responsables de la chute de leur civilisation et les évènements qui avaient mené à une Marche Exaltée contre la Dalatie ne semblaient pas être seulement imputés à la haine des humains mais aussi à l’inaction des siens lors du Second Enclin. Il y avait toujours plusieurs versions d’une histoire. Néanmoins, elle souhaitait que ceux de son peuple qui voulaient vivre parmi les shems soient respectés et non relégués dans des bascloîtres ou pire, faits esclaves comme à Tévinter. Elle ne cèderait jamais sur ce sujet. Une personne était une personne et non un objet, penser le contraire était inacceptable. C’était une vision utopiste, mais c’était la sienne.

Elle n’avait plus de nouvelles de ses parents, le Cinquième Enclin avait ravagé leur clan il y a dix ans de cela. Maintenant une guerre entre mages et templiers faisait rage et menaçait de faire sombrer Orlaïs et Férelden dans le chaos. Même son clan n’était pas épargné, ils avaient déjà dû repousser des templiers qui voulaient s’en prendre à leurs mages. Aussi, après avoir eu vent d’un Conclave censé aboutir sur des propositions de paix, l’Archiviste y avait envoyé sa Première apprentie afin qu’ils en apprennent plus. C’est avec une pointe d’excitation que cette dernière avait préparé ses affaires et enfourché son hahl avant d’entamer la longue route vers le Saint temple cinéraire. Les humains l’avaient fascinée étant petite et elle était loin de se douter qu’elle allait passer autant de temps à leurs côtés.

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Mithra10
Je suis frustrée car mon éditeur de perso n'a jamais prétendu afficher les cicatrices... Imaginez une fine cicatrice qui court de sa pommette gauche vers son oreille.

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Milva

Dans les quartiers dédiés aux invités de marque du château de Denerim, deux Gardes des Ombres et un mabari faisaient face à l’âtre dans un silence de plomb. Le molosse de guerre était lové sur une peau d’ours, mais ses oreilles étaient dressées, comme s’il attendait qu’un des deux autres brise le silence. L’elfe dalatienne ferma ses yeux gris. Ses cheveux argent étaient noués en une haute queue de cheval serrée, comme à son habitude. Elle était petite, même pour une elfe, son corps était fin mais musclé grâce à des années passées comme chasseur dans son clan et à son entraînement de Garde. Elle rouvrit ses paupières et ses yeux en amande observèrent son compagnon avec une tendresse non dissimulée. Ce dernier avait une mine contrariée, ses iris noisette semblaient perdus dans le vague. Il passa une main dans ses cheveux châtains en soupirant avant de se tourner vers la femme qu’il aimait :

« C’est à moi d’y aller » dit-il d’un ton dur.

Milva s’approcha d’Alistair et passa ses bras derrière sa nuque pour l’enlacer. Ce dernier répondit à son étreinte en enserrant la taille fine de l’elfe. Cette dernière répondit alors :

« Vous devez en apprendre plus sur les rumeurs qui nous parviennent d’Orlaïs. En tant que Commandeur-Garde de Férelden ils risquent de ne pas apprécier que je mettre mon nez dans leurs affaires.

- En tant que Commandeur-Garde de Férelden, vous ne pouvez abandonner vos Gardes et partir courir le monde, répliqua Alistair.

- Nathaniel est plus que capable de me remplacer le temps que je retrouve ce scientifique, répondit doucement l’héroïne de Férelden.

- Ce n’est qu’une piste Milva.

- Nous avons déjà fait avec bien moins Vhenan, répondit cette dernière en souriant. Il faut en avoir le cœur net. Je ne laisserai pas l’Appel nous priver de pouvoir vieillir à deux.

- Je ne suis pas sûr de vouloir voir des rides sur ce visage, plaisanta le Garde, aïe ! » L’elfe venait de lui donner un léger coup de poing dans l’épaule.

- Vous aurez des rides avant moi Alistair ! Espérez seulement que je ne me trouve pas d’humain plus jeune une fois guérie » continua-t-elle avec un sourire narquois.

Le Garde fit une moue triste et désespérée. La dalatienne se fit berner par son manège et l’embrassa passionnément avant d’ajouter : « Après dix ans vous pensez encore que je puisse vous quitter ».

- Non, mais j’aime tellement vous entendre le nier que je suis capable de tout pour vous le faire dire, répondit-il l’œil rieur, aïe ! » Nouveau coup de poing.

Milva s’éloigna de quelques pas avant de reprendre sur un ton sérieux :
« La route sera longue, dès demain je devrais me préparer. Il faut que je laisse mes directives à Nathaniel. Mon absence ne devra être remarquée que lorsque j’aurais mis le plus de lieues possible entre Denerim et moi.

- Je ne peux vous laisser partir seule…

- Mais je ne serai pas seule » le coupa-t-elle. Un aboiement fit écho à ses paroles. Hatchi s’était levé et avait rejoint sa maîtresse, fièrement dressé sur ses quatre pattes. Elle caressa affectueusement son fidèle mabari, lui aussi avait vieilli, mais il était toujours en pleine forme.

« Me voilà rassuré au plus haut point, ironisa Alistair, ne pourrions-nous pas faire route ensemble jusqu’à Orlaïs ? risqua-t-il, bien qu’il connaissait déjà la réponse.

- Non, on ne doit pas nous voir ensemble. Par précaution vous ne devez pas montrer que vous êtes impliqué. Personne ici ne doit savoir où je vais, ni pourquoi répondit l’elfe d’un ton sans réplique.

- Comment saurais-je que vous n’êtes pas en danger, que vous n’avez pas besoin d’aide ?

- Je trouverai toujours un moyen de vous contacter » le rassura-t-elle.

Alistair soupira, une fois que Milva avait une idée en tête, impossible de lui faire changer d’avis. L’idée de la savoir voyager seule le répugnait. Ils avaient déjà été séparés. Comme lorsqu’elle avait rénové Fort Bastel tout en défendant Amaranthine et rencontré des engeances douées de parole pendant que lui nettoyait Férelden de ces monstres une fois que la horde qui avait fait marche sur Denerim avait été mise en déroute. Mais elle avait toujours été entourée. Alors qu’à présent elle partirait seule, enfin, seule avec son molosse. Il céda néanmoins, voyant qu’il ne pourrait rien faire pour l’en empêcher. Plantant alors ses yeux noisette dans les iris gris de Milva, il prit une voix malicieuse chargée de sous-entendus :
« J’imagine alors que nous passons nos dernières nuits ensemble avant une longue séparation ».

Le regard de cette dernière s’illumina et après avoir demandé à son mabari de les laisser, un léger sourire se dessina sur son visage :
« Alors tâchons de les rendre inoubliables »

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Milva_10
Oui, c'est très laid à cause de l'arc mais je n'étais pas atteinte de screeshonite durant DAO
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyMar 27 Jan - 11:53

Chapitre 1 : Un joyeux bordel

Mithraël



Une sensation de froid, d’humidité et un horrible mal de crâne furent les premières choses qui assaillirent Mithraël à son réveil. Et c’étaient loin d’être les dernières …
Dans un frisson, elle se redressa non sans difficultés et se retrouva à genoux. C’est alors qu’elle remarqua que quelque chose ne tournait vraiment pas rond : ses mains étaient entravées par une lourde barre de fer. Son premier réflexe fût de tenter de briser ce lien mais bien entendu il avait été conçu pour résister à la magie. Après avoir maudit son incapacité, elle se résigna : « Respire un bon coup et essaie de te rappeler ». Mais les souvenirs ne venaient à elle que par bribes : Courir, plus vite, les monstres arrivent … De la lumière, une forme humaine, une femme ? … Un cri, un appel, « A l’aide »… Et puis le néant.


La migraine lui arracha un grognement. Elle scruta ensuite les alentours en espérant trouver quelconque indice concernant le lieu où elle se trouvait- Les torches éclairaient faiblement la pièce mais ses yeux avaient fini par s’habituer à l’obscurité - Une cellule, sans nul doute, en témoignaient la couche de paille sur laquelle elle était assise, les chaînes pendant aux murs, et bien sûr … les barreaux. La paume de sa main gauche la démangeait horriblement, elle s’apprêtait à la frotter contre un barreau lorsqu’un bruit semblable à un crépitement s’en dégagea, accompagné d’une lumière verte et d’une douleur aigüe. Mithraël poussa un cri de surprise, puis commença vraiment à paniquer « Mais qu’est-ce que c’est ? Je n’ai jamais rien vu de tel ! Il faut que je me débarrasse de ça au plus vite ! ». Là encore, ses connaissances de mage ne lui étaient malheureusement d’aucun secours.


Alors qu’elle réfléchissait au moyen de supprimer cette source d’énergie, des voix ainsi que des bruits de pas se firent entendre :

« Elle s’est réveillée Chercheuse Cassandra, je l’ai entendue crier, dit une voix d’homme.

- Bien, nous allons maintenant savoir le fin mot de l’histoire ! Si je ne la tue pas avant ! » répondit ladite Chercheuse d’un ton cinglant »

Une autre voix féminine se fit entendre, plus doucereuse : «Pas d’acte intempestif Cassandra, voyons déjà ce qu’elle a à nous dire » la temporisa Léliana.


Mithraël eût juste le temps de se redonner une contenance et de s’assoir en tailleur avant que la porte ne s’ouvre. L’homme, un garde sans doute, vint la chercher et la traîna sans ménagement hors de sa cellule. Elle n’opposa pas de résistance, elle n’était pas en position de force. Le garde l’emmena devant les deux femmes. Celle de gauche devait être Cassandra, cheveux courts, tenue de guerrière, épée attachée au niveau de sa hanche, bien en évidence. A droite, une femme portant ce qui ressemblait à une armure légère ainsi qu’un capuchon mauve ne laissant apparaître que son visage. Mithraël n’eut pas le loisir de les observer plus longuement, déjà la dénommée Cassandra fondait sur elle :

« Donnez-moi une seule bonne raison de ne pas vous tuer maintenant ! »

Déjà par deux fois elle parlait de la tuer, mais dans quel pétrin avait-t-elle bien pu se fourrer ? Elle répondit néanmoins d’un ton peut être un peu trop direct : « Et si vous commenciez par m’expliquer ce qu’il se passe ici, pourquoi suis-je emprisonnée ?». Elle regretta ses paroles, ce n’était pas le moment de jouer la fanfaronne.

Cassandra faillit perdre son calme, mais un regard à sa collègue suffit à la rasséréner.
« J’espère que vous ne vous moquez pas de moi, elfe, vous n’êtes pas en position d’exiger quoique ce soit » d’un mouvement de tête, elle commanda aux gardes restés en arrière d’entrer et pointer leurs épées en direction de Mithraël pour illustrer ses propos. La guerrière continua : « Ne tentez rien de désespéré, dites-nous d’abord pourquoi avez-vous fait ça ? Qu’est-ce que vous y gagnez ? Ou qu’est-ce que votre maître y gagne ? »

Mithraël ne releva pas l’allusion à sa race, elle répondit d’un ton plus calme : « Je ne tenterai rien, je ne suis pas idiote mais je suis sincère, je n’ai absolument aucune idée de ce à quoi vous faites allusion. Je ne me souviens de rien depuis … - « Le Conclave ! Mais oui ! ». Elle avait dû se rendre au Conclave sur la demande de l’Archiviste de son clan. Les ambassadeurs des mages et des templiers devaient se réunir sous la gouverne de la Divine Justinia afin de trouver un accord et de potentiellement signer la fin des conflits entre les deux factions. Cela expliquait pourquoi elle était entourée de shems, mais pas son emprisonnement -.

« Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire, vous avez fait exploser le Saint temple cinéraire, entraînant la mort des personnes les plus importantes que cela soit du côté des mages comme des templiers, des grandes prêtresses et …» La mine de Cassandra s’assombrit suite à ces paroles.

« Et de la Divine Justinia » Continua l’autre femme.


Mithraël était abasourdie. Ainsi le Conclave n’avait pas eu lieu, pire, les protagonistes avaient péri. Les deux camps allaient alors s’accuser mutuellement et la guerre continuerait. Mais que diable avait-il pu se passer au temple ? Elle arrêta alors ses divagations pour répondre à ces accusations infondées. Avec tout cela, elle en avait presque oublié la marque verte qui crépitait dans le creux de sa main :

« Tous morts vous dites ? C’est terrible … Et vous pensez que c’est moi qui suit à l’origine de ce chaos ? J’ai seulement été envoyée ici par mon Archiviste parce-que ce conflit nous affecte également. Les templiers commencent à faire la chasse à nos mages et les apostats essaient de nous rallier à leur cause. Nous désirons le retour de la paix, je ne vois pas pourquoi j’aurais contribué à l’échec du Conclave, énonça Mithraël d’une voix douce mais déterminée.

- Dans ce cas, comment expliquez-vous que vous soyez la seule survivante ? demanda la Chercheuse d'un ton accusateur.

- Je ne l’explique pas, car je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je n’ai aucun souvenir, je vous l’ai dit et de plus… »

La marque crépita plus fort et une petite détonation se fit entendre. Mithraël poussa un nouveau cri, cette douleur si soudaine … Elle s’effondra sur le sol humide avant de murmurer « Mais quelle est cette chose, est-ce vous qui m’avez fait ça ?

- Je pensais que vous nous donneriez vous-même la réponse à cette question. Vous portez la marque d’une magie puissante d’après un apo… un mage, vous êtes la seule survivante d’une explosion qui a détruit le temple dans son intégralité et pour couronner le tout, vous sortiez de l’Immatériel lorsque les soldats vous ont trouvée. Cela commence à faire trop de coïncidences pour quelqu’un qui n’est pas impliqué vous ne trouvez pas ? ».


Mithraël était en mauvais posture, si la dénommé Cassandra disait vrai, nul doute qu’elle était la coupable idéale. Elle ne pouvait pas vraiment se défendre, n’ayant aucune idée de ce qui avait bien pu se passer. Voyant que la prisonnière ne répondait pas, la guerrière continua ses accusations :  

« Sans oublier que votre marque s’étend au fur et à mesure que le fait la Brèche, donc vous êtes bien liée à cette dernière !

- La quoi ? » demanda Mithraël incrédule. Etait-elle en train de rêver ? Si c’était le cas, elle priait pour se réveiller au plus vite. La jeune femme allait finir par devenir folle avec toutes ces révélations.

Cassandra la saisit violemment par les épaules et la secoua : « Je vous ai dit de ne pas vous moquez de moi ! » explosa-t-elle. Mais la sincérité de Mithraël semblait avoir convaincu la collègue de Cassandra. Cette dernière s’était interposée entre les deux femmes et tenta de calmer la Chercheuse tout en l’éloignant de l’elfe. Elle lui murmura alors :

« Cassandra, nous avons besoin d’elle je vous rappelle ! Sans compter qu’elle pourrait dire la vérité. Peut-être devrions-nous la lui montrer et ainsi voir sa réaction ». La guerrière opina à contrecœur et revint vers Mithraël qui ne fit aucun commentaire sur ce qu’il venait de se produire, encore sous le choc :

« Peut-être vaut-il mieux que je vous montre, ainsi vous verrez par vous-même. Léliana, rejoignez le campement avancé, je vais l’emmener à la Brèche ».

La dénommée Léliana inclina la tête et parti sur le champ. D’un signe, Cassandra congédia les gardes et empoigna la barre de fer qui entravait Mithraël : « Allons-y ».


S’en suivit un dédale de couloirs et d’escaliers avant de voir la lumière du jour. Le soleil brillait et ses rayons se reflétaient sur les neiges éternelles des Dorsales de givre. Le spectacle aurait pu être beau, si un énorme trou béant ne perforait pas le ciel juste au-dessus des ruines du Saint temple cinéraire. Mithraël allait de surprise en surprise aujourd’hui, et pas des meilleures. Ce trou, cela ressemble à une déchirure du Voile, la fine frontière entre l’Immatériel, terre des rêveurs, des esprits et des démons, et le monde réel. Mais alors, si le Voile est rompu…

« Des démons sortent continuellement de la Brèche, commenta Cassandra comme si elle avait lu dans les pensées de l’elfe, plusieurs ruptures sont apparues après l’explosion mais celle-ci est la plus importante. Il faut faire vite, ou nous ne pourrons plus tenir.

- Donc maintenant vous me faites confiance ?

- Non, mais cette marque pourrait être la solution.

- Je vois où vous voulez en venir, montrez-moi le chemin ».

Cassandra eu un air surpris, Mithraël continua alors :
« Le Voile est déchiré, les démons nous envahissent. Si vous me dites que cette chose peut aider, soit, allons voir si vous avez raison. Peut-être vais-je réussir à vous convaincre que je n’ai rien à voir avec toute cette histoire ». Elle avait parlé extrêmement vite. Mais elle devait prouver qu’elle n’était pas responsable de cette tragédie. Et même en dehors de cela, ce n’était pas dans ses habitudes de rester passive alors qu’elle pouvait aider.

Un sourire semblait naître sur le visage de Cassandra, mais il s’évanouit presqu’aussitôt.

« Alors ne perdons pas de temps ». Et elle prit les devants. Mais Mithraël l’interpella :

« Un instant, vous ne comptez pas me laisser entravée alors que nous sommes encerclés par les démons ? Si vous voulez que j’aie une chance d’arriver jusqu’à cette chose vivante, il va falloir que vous me fassiez confiance ». La jeune femme semblait reprendre un peu d’assurance. Et la perspective d’un combat privée de sa magie ne l’enchantait guère.

- J’assurerai votre protection, répondit Cassandra d’un ton sec.

- Je ne mets pas en doute vos aptitudes au combat, mais l’aide d’une mage ne serait pas de trop vous ne croyez pas ? Ne vous en faites pas, j’aurais assez affaire avec les démons pour ne pas essayer de vous tuer » ajouta l’elfe en souriant. Elle tendit ses bras, attendant que la Chercheuse ne la libère.

Cassandra céda et la délivra de son entrave. Elle ajouta en soupirant : « Votre bâton est dans l’armurerie, je vais envoyer quelqu’un vous le chercher, au point où nous en sommes… »

Rapidement, un garde remit son bâton à Mithraël : « Eh bien allons-y ».



Les deux femmes partirent alors vers le camp avancé. Elles rencontrèrent quelques Ombres en chemin, mais rien d’insurmontable.  Elles rejoignirent un autre elfe mage ainsi qu’un nain aux prises avec un Démon de la colère. Des Spectres surgissaient d’une petite déchirure du Voile juste au-dessus de leurs têtes. Elles prêtèrent main forte aux deux hommes et une fois les démons vaincus, l’elfe lui pris la main et la dirigea vers la rupture : un lien sembla se créer entre la Marque et cette dernière, comme si la première aspirait l’énergie de la seconde. Une détonation retentit alors et projeta Mithraël en arrière. Elle se releva rapidement, bâton à la main, prêtre à renvoyer d’autres démons vers l’Immatériel, mais la déchirure avait disparu. L’elfe dit alors dans un sourire « Il semblerait que nous ayons bel et bien trouvé la solution.  

- C’est cette chose qui a fermé la faille ? Comment ? » demanda Mithraël interloquée. Elle avait beau être mage, et même première apprentie de l’Archiviste, elle n’avait rien vu de tel auparavant.

Solas, l’elfe mage, répondit alors : « L’entité à l’origine de l’ouverture de la Brèche est également à l’origine de cette marque, j’ai donc pensé que cette dernière pourrait être capable de refermer les failles apparues après la Brèche. C’est pourquoi Cassandra vous a menée jusqu’ici. Il semblerait que j’avais raison ».

Cassandra les interrompit alors : « Est-ce qu’elle pourrait refermer la Brèche elle-même Solas ?

- C’est possible, la seule façon de savoir est d’essayer, répondit le mage.

- Enfin une bonne nouvelle ! Je pensais devoir massacrer du démon jusqu’à mon dernier souffle ! » Le nain se tourna alors vers Mithraël : « Varric Tethras, voleur, conteur et colleur de basques » il adressa un clin d’œil à Cassandra en prononçant ces derniers mots.

« Mithraël Lavellan » répondit simplement cette dernière en s’inclinant respectueusement en direction des deux hommes.



Elle prit le temps de détailler la singulière compagnie qu’ils formaient. Solas était également un elfe mage. Il était chauve, ses yeux avaient l’air continuellement plissés et étaient de couleur bleue-grise. Il était mince et élancé, comme la plupart des elfes. Il portait une tenue légère couleur crème avec un gilet vert à col de fourrure. Une étrange amulette pendait au niveau de sa poitrine, Mithraël se demandait d’où ou de quoi elle pouvait bien venir.
Venait ensuite Varric, ses cheveux châtains clairs étaient en partie noués en une queue de cheval et il portait un long manteau épais qu’il gardait ouvert malgré le froid qui régnait sur les Dorsales de givre. Dans son dos était accrochée une arbalète qui semblait unique en son genre. Le nain remarqua que le regard de Mithraël s’était arrêté au niveau de son arme et annonça : « Magnifique n’est-ce pas ? Je vous présente Bianca !

- Vous avez donné un nom à votre arbalète ? s’étonna Mithraël

- Bien-sûr ! Et soyez gentille avec elle, vous ne serez pas mécontente de l’avoir à vos côtés dans la vallée, répliqua le nain.

- Maintenant que les présentations sont faites, remettons-nous en route, nous n’avons que trop tardé, les pressa Cassandra d’un ton brusque.


Le groupe se fraya donc un chemin parmi les démons afin de rejoindre le campement avancé où ils retrouvèrent Léliana en pleine discussion avec un homme qui devait appartenir à la Chantrie au vu de sa tenue. Cassandra leur demanda de les attendre pendant qu’elle rejoignant les deux autres. Au vu de leurs mines et de leurs gestes, ils semblaient en désaccord :

« Elle doit être exécutée ! s’exclama le Chancelier Roderick

- Nous n’avons aucune preuve qu’elle soit réellement impliquée dans l’explosion du temple Chancelier, rétorqua Cassandra, de plus elle détient peut être à la solution à tout ce chaos et c’est sans compter qu’elle m’a accompagnée de son plein gré et n’a jamais tenté de s’enfuir.

- Où voulez-vous qu’elle s’enfuie quand des démons apparaissent aux quatre coins de la vallée ? Vous accordez votre confiance trop rapidement Chercheuse, je vous ordonne de…

- Vous m’ordonnez, Chancelier ? le coupa Cassandra, les yeux étincelants de colère. Je ne prends mes ordres que de la Divine !

- La Divine est morte Chercheuse

- Et moi non, j’emmène la prisonnière au temple que vous le vouliez ou non.

- Vous paierez cela, grommela Roderick, mais Cassandra revenait déjà vers Mithraël, accompagnée de Léliana. C’est cette dernière qui s’adressa à la mage :
« Cassandra et les soldats vont vous escorter jusqu’au temple, ça ne sera pas facile mais c’est le chemin le plus court. Je vous rejoindrais avec mes archers dès que possible.

- Entendu » répondit Mithraël. Elle ne voyait pas ce qu’elle pouvait faire d’autre qu’acquiescer. La jeune femme n’avait aucune idée de la situation entre le campement et le temple. Mais au vu des nombreux blessés qui affluaient et des mines graves des gradés … Rien de bon ne les attendait là-bas. Il fallait y mettre un terme. Elle regarda sa marque. On aurait dit qu’elle grossissait à mesure qu’ils approchaient de la Brèche. Elle espérait silencieusement que ce que disait Solas était vrai et que cette chose allait pouvoir mettre un terme à cette folie. L’elfe regarda autour d’elle. Elle croisa beaucoup de regards accusateurs voire complètement hostiles. Elle frissonna. La jeune femme  ne pouvait pas leur en vouloir, mais c’était déstabilisant. Cela ajouté au reste, ça commençait à faire beaucoup en quelques heures. Mais Mithraël garda son sang-froid, ce n’était pas le moment de faiblir.  



Ils continuèrent leur chemin et tombèrent sur une autre faille de l’Immatériel. Des soldats avaient déjà engagés le combat contre les démons lorsqu’ils arrivèrent. Ils étaient en bien mauvaise posture, aussi Cassandra s’élança afin de leur porter secours. Varric décrocha Bianca et y glissa un carreau dans un sourire « Les festivités se poursuivent », Mithraël et Solas restèrent également en arrière et faisaient pleuvoir une nuée de sorts sur leurs ennemis.

Deux soldats se retrouvèrent cernés par quatre Ombres, Mithraël se rapprocha donc dangereusement des combats afin de les protéger d’une barrière magique et d’enflammer les démons avec un puissant sort de feu. Ceci permis aux soldats de reprendre l’avantage et de ré expédier les créatures dans l’Immatériel. Ils inclinèrent la tête en direction de la jeune femme en signe de remerciement et repartirent dans la mêlée. Mithraël fut alors projetée dans les airs avant de retomber lourdement sur le sol et son bâton lui échappa : une Terreur venait de surgir de sous terre et avançait à présent vers elle d’un air menaçant. La mage lança un nouveau sort, le bâton n’était pas indispensable bien qu’il permettait de mieux canaliser l’énergie. Mais la créature bondit pour éviter les flammes et se précipita en direction de l’elfe. N’ayant pas le temps d’élaborer un nouveau sort, Mithraël sortit sa dague, elle ne se laisserait pas tuer si facilement. Mais la Terreur fut fauchée avant qu’elle n’ait pu l’atteindre. Un soldat l’avait déséquilibrée d’un coup de bouclier avant de lui trancher la tête. Il devait être gradé car son armure était drapée d’un tissu rouge grenat épais avec des coutures or, surmonté d’un col de fourrure assez imposant. « Singulier accoutrement pour combattre », pensa-t-elle Il tendit la main vers Mithraël pour l’aider à se relever :

« Nous avons perdu trop d’hommes afin de vous conduire ici pour que vous mourriez maintenant.

- Vous n’êtes pas le seul à vous soucier de la vie des autres, rétorqua Mithraël, merci d’être intervenu, rajouta-t-elle d’un ton plus doux.

Sur ce, elle le planta là et courut récupérer son arme afin d’aider à massacrer le reste des démons. Une fois le dernier Spectre tué, elle tendit sa paume vers la faille comme Solas l’avait fait plus tôt, le lien s’établit et la faille se scella pour de bon. La jeune femme ne tomba pas cette fois. Elle poussa un soupir de soulagement, au moins cette chose avait une utilité. L’homme qui l’avait secourue réapparu à ses côtés :

« Je vous ai vue les protéger, peut-être se trompent ils sur votre compte finalement, Commandant Cullen » dit-il en s’inclinant légèrement.

« Elfe, prisonnière, mage, mais je dois avouer que je préfère Mithraël » répondit la jeune femme.

Le Commandant sourit puis se tourna vers Cassandra qui les rejoignait :

« Le passage vers le temple est-il sécurisé Commandant ?  s’enquit la Chercheuse.

- Pour le moment, nous pouvons vous donner du temps mais je ne saurais dire combien. De nouvelles failles s’ouvrent continuellement et avec elles arrivent les démons. Léliana est déjà passée avec ses archers, elle vous attend.

- Dans ce cas ne tardons pas » termina Cassandra.

Elle fit un signe aux trois autres et ils marchèrent en direction du Saint temple cinéraire, ou du moins, ce qu’il en restait. Quelques pans de murs noircis par l’explosion étaient encore debout, le sol était jonché de cadavres calcinés. Tout n’était que désolation et chaos. Ils empruntèrent ce qu’il restait d’un corridor et débouchèrent sur une vaste fosse au-dessus de laquelle semblait flotter la Brèche. Aucun démon ne se trouvait là, la Brèche était fermée sans pour autant avoir disparu comme les autres. Le petit groupe continua son chemin vers le centre de la fosse quand Varric poussa une exclamation :

« Eh merde, il ne manquait plus que ça…

- Que se passe-t-il ? demanda Mithraël, inquiète.

- Regardez par-là », Varric pointa du doigt l’objet de son dégoût, Mithraël regarda dans cette direction et aperçut du lyrium. Cela n’était pas un fait marquant compte tenu de l’explosion qui avait arraché des pans de roche et avait donc pu révéler quelques gisements. Mais ce lyrium-là était rouge.  

«  Du lyrium rouge ? Je n’en avais jamais vu avant.

- Grand bien vous fasse ! Quand cette chose est dans les parages, les gens deviennent fous, les statues prennent vie, … dit Varric avec amertume.

- Rassurant, commenta Mithraël, restons à distance dans ce cas et rejoignons la Chercheuse avant qu’elle ne pense que j’essaie de vous enrôler dans mon complot visant à détruire le monde.

- Ne soyez pas trop dure avec elle, les circonstances ne jouent pas en votre faveur. Vous auriez dû raconter une histoire plutôt que de prôner l’amnésie, se moqua doucement Varric.

- Je ne suis pas une conteuse Varric, j’aurais sûrement réussi à me faire exécuter plus vite en inventant quelque chose, rétorqua Mithraël.

- Vous n’êtes pas encore sur l’échafaud, remarqua le nain.

- Ce n’est peut-être qu’une question de temps. Mais avant, allons fermer cette chose ! ». Sur ces mots, elle alla rejoindre le reste de la troupe. «Cette petite a de la ressource se dit Varric, espérons que sa marque puisse mettre un terme à tout ce joyeux bordel». Il emboîta ensuite le pas de la jeune femme.



Ils arrivèrent sous la Brèche, Léliana les y attendait. Elle avait posté ses archers tout autour de la fosse, ils étaient sur le qui-vive, guettant le moindre signe suspect pouvant émaner de la faille. Solas observait l’anomalie avec intérêt, tous attendaient son verdict. Cassandra et Léliana échangèrent un regard entendu à propos de Mithraël. Cette dernière l'avait surpris mais ne saurait dire si c’était bon signe ou non. Elle se concentra alors sur la grande faille : on aurait dit des cristaux d’émeraudes en perpétuel mouvement. Elle semblait vivante. Des voix se firent alors entendre et une vision s’imposa à Mithraël :

« Apportez la sacrifiée » ordonna une voix grave et résonnante
Des ombres, d’humains au vu de leur morphologie, maintenaient une personne en lévitation dans une sphère d’énergie.
« Au secours, quelqu’un, à l’aide ! » appelait cette dernière »
Mithraël se vit elle-même faire irruption dans la grande salle : « Mais que se passe-t-il ici ?
- Allez chercher de l’aide ! implora la prisonnière.
- Il semblerait que nous ayons une intruse, tuez là » commanda la voix grave.

Puis le flou, et une explosion.

« Divine Justinia ! » s’exclama Cassandra, elle se tourna vers Mithraël : « Vous étiez là ! Qui l’a tuée ? Qui ? ». Apparemment tout le monde avait eu la même vision.

« Je ne m’en souviens plus » dit Mithraël pour la énième fois, lasse. La Chercheuse jura et se détourna.

« Bonne nouvelle pour vous ! s’exclama Varric en donnant une tape sur l’épaule à la jeune femme.

- Comment ça ? demanda cette dernière.

- Nous venons d’avoir la preuve en direct de votre innocence quant à l’assassinat de la Divine ! Félicitations ! répondit-il avec une pointe d’ironie dans la voix.

Mithraël ne sourit qu’à moitié, persuadée également que cela n’allait pas suffire pour convaincre la Chercheuse.

Solas prit alors la parole, comme si de rien était :
« Elle est fermée, mais pas scellée, je pense qu’il faudrait l’ouvrir puis la refermer correctement grâce à la marque. Attention cependant, l’ouvrir entraînera forcément une réaction de l’autre côté, qui sait ce qu’il peut sortir.

- On doit prendre le risque, trancha Cassandra, tenez-vous prêts tout le monde, puisse le Créateur veillez sur nous ».



Mithraël s’avança alors vers la Brèche et tendit le bras, l’énergie se déploya à partir de la marque et la faille s’ouvrit. C’est alors qu’une forme immense se matérialisa juste en dessous : un démon de l’Orgueil.


Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Pride_10


« En avant ! » s’écria Cassandra en s’élançant vers le monstre. Son bouclier lui permit de se protéger des décharges électriques qu’envoyait le démon. Elle esquiva d’un pas de côté la deuxième salve et taillada les jambes de son ennemi qui poussa un rugissement horrible.

« Archers, tirez à volonté ! » ordonna Léliana avant de se saisir de son propre arc et d’assaillir le démon de ses traits. Mais les flèches semblaient peiner à traverser son cuir résistant. Varric se rangea aux côté de Léliana et le « crac » caractéristique de l’arbalète se fit entendre. Mithraël et Solas harcelaient le monstre de leurs sorts et protégeaient Cassandra de leurs barrières.

Le démon partit alors dans un grand rire qui se répercuta sur les parois de la fosse, deux liens électrisés, semblables à des fouets, venaient de prendre naissance dans ses mains. Mithraël eut juste de le temps déplacer sa barrière de Cassandra à Varric et Léliana avant que les armes ne s’abattent sur eux. Le choc fût si violent qu’ils furent tous deux projetés en arrière, sonnés. Mithraël voulu leur porter secours mais Solas la retint : « Non, ils vont bien, essayez plutôt d’interagir encore avec la Brèche, peut être que ça pourrait l’affaiblir ». Mithraël s’exécuta, le démon ploya sous le choc qu’il venait de recevoir mais se releva immédiatement et chargea l’elfe. « Visez les jambes » hurla Léliana qui se remettait à peine de son vol plané. Les archers s’exécutèrent, mais cela ne sera pas suffisant pour stopper la bête, aussi Mithraël se ramassa sur elle-même avant de bondir sur le côté alors que Solas faisait apparaître une surface de glace devant leur ennemi. Le démon glissa et s’écroula de toute sa masse, Mithraël lui envoya alors une boule de feu en pleine tête, nouveau rugissement déchirant. Cassandra, ignorant les flammes, escalada le monstre et planta son épée jusqu’à la garde dans sa nuque. La bête s’ébroua, envoyant voler Cassandra plus loin qui retomba lourdement sur le dos, le souffle coupé. Le démon se remit sur ses jambes, tentant d’ôter l’épée de la Chercheuse et offrant alors sa gorge. Varric profita de l’occasion : « Voilà pour toi l’affreux » beugla-t-il en envoyant une série de carreaux se ficher dans le gosier du démon. Mithraël enflamma de nouveau le monstre qui retomba à genoux avant de s’écrouler pour de bon.

« Vite ! Fermez la Brèche ! cria Léliana qui craignait que d’autres ne traversent le Voile.
Mithraël ne se le fit pas dire deux fois et répéta le même rituel que pour les autres failles. L’énergie dégagée fut telle que la jeune femme s’effondra, inconsciente.



_______________________________________________________________________________________

Zevran


Mon assassin favori,

Tu m’avais bien précisé de ne faire appel à ce messager qu’en cas d’urgence. C’en est une.
Cela me répugne d’avoir à te demander ton aide, je sais que tu as tes propres ennuis. Mais j’ai bien peur d’avoir, encore, besoin de toi.
Comme tu dois t’en douter, je ne peux t’en dire plus. Sache seulement que j’embarque d’ici trois semaines sur un bateau au port d’Amaranthine, dans la nuit. Hatchi te trouvera.
Si jamais tu ne pouvais me rejoindre, je ne t’en voudrais pas.



Pas besoin de signer, n’est-ce pas ?




Zevran relu une dernière fois la missive et la rangea dans une des nombreuses poches cachées de son armure de cuir. La nuit était tombée sur le port d’Amaranthine, mais ce dernier grouillait encore de vie. Des caisses emplies de diverses marchandises transitaient au-dessus de sa tête alors qu’il arpentait les docks d’un pas silencieux. Comme à son habitude, l’assassin était encapuchonné. Cependant, cela ne jurait pas le moins du monde dans ce milieu. Entre les contrebandiers, les nobles impliqués dans divers trafics de produits illégaux et les assassins commandités pour empêcher telle ou telle transaction, les silhouettes tentant de se dissimuler dans l’ombre ne manquaient pas. Sauf que dans son cas, personne ne le verrait. L’entraînement des Corbeaux d’Antiva avait porté ses fruits. L’elfe savait disparaître quelle que soit la situation, sauf évènement exceptionnel. Néanmoins, il ne doutait pas que le mabari sentirait tout de même sa présence. Ces molosses étaient des êtres à part.


Justement, un grondement sourd se fit entendre, presque imperceptible. L’assassin sourit et se tourna vers la source du bruit. Hatchi se montra à la lueur des torches qui éclairaient les docks et fit demi-tour. Zevran le suivit à distance respectable. Le canidé emprunta alors la passerelle permettant d’embarquer sur la « Fierté des Mers », l’elfe sur ses pas. Les marins présents sur le pont ne firent aucun commentaire quant à la présence du molosse ou de Zevran. Ils se contentèrent de les suivre du regard avant de retourner à leurs occupations. L’animal finit par s’arrêter devant la porte d’une cabine. L’assassin allait poser sa main sur la poignée quand il hésita une fraction de seconde –« cela fait tellement longtemps… »-. Il entra.


Elle lui faisait face, debout, les mains sur les hanches avec un air réprobateur sur le visage. La jeune femme avait coupé ses cheveux en un carré plongeant et les avait teints en rouge vif. Elle était parvenue à atténuer fortement son Vallaslin, de sorte qu’il fallait à présent s’attarder longuement sur son faciès afin de le deviner. Il en allait de même pour la cicatrice qui courrait le long de sa mâchoire inférieure. Mais il reconnaîtrait entre mille ces yeux gris en amande, sa posture, ses mimiques. Zevran lui sourit. Elle l’accueillit en lui reprochant d’un ton faussement excédé :

« J’ai failli attendre ! »


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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyJeu 29 Jan - 9:02

Chapitre 2 : Promenade nocturne




Varric



Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen22


Un Joyeux Bordel, il n’y avait pas d’autres mots. Un trou dans le ciel, des démons qui ne finissent pas d’en sortir, le temple détruit, et tous ces morts … Varric pensait avoir eu son lot d’aventures et situations étranges avec Ciri Hawke, mais ça … Ca dépassait de loin son entendement. Il n’était pas forcé de rester, la Chercheuse avait insisté sur le sujet. Il ne le voulait pas, au départ. Mais il ne pouvait décemment pas fuir. D’abord parce-que même s’il ne s’était jamais targué d’être sans peur et sans reproche, ça aurait été trop lâche. Ensuite, une petite voix dans sa tête le blâmait d’avoir prétendu qu’il n’avait aucun moyen de contacter le Héraut de Kirkwall. Il n’était pas sûr de savoir laquelle de ces deux raisons avait le plus pesé sur sa décision.


« Je ne pensais pas que vous resteriez Varric » déclara Cassandra. La Chercheuse avait cette fâcheuse habitude de donner l’impression qu’elle lisait dans les pensées d’autrui. Heureusement pour le conteur, ce n’était pas le cas. Elle l’aurait sans doute déjà passé au fil de l’épée si elle apprenait qu’il avait menti concernant Hawke. Ils étaient tous deux assis devant un feu, sur la place centrale de Darse. Ils avaient établi leur camp ici en attendant de prendre une décision. La matinée n'était pas très avancée et le Commandant était déjà parti avec ses hommes afin de nettoyer la vallée des démons restant. Une tâche difficile, d’autant plus que leurs rangs étaient clairsemés depuis l’attaque. Mais maintenant que la Brèche était stabilisée, il n’y avait plus de nouvelles vagues de démons. Il faudra néanmoins certainement plusieurs jours aux soldats pour sécuriser la place. Le nain sourit à la remarque de la Chercheuse et répondit de son habituel ton moqueur :


« Je sais que vous ne pourriez vous passer de moi Chercheuse ». Cette dernière soupira en levant les yeux au ciel avec un air blasé. Son regard alla dans la direction de la maisonnette où était alitée l’elfe. Elle n’avait pas repris connaissance depuis leur combat contre le démon, mais Solas avait bon espoir. La jeune femme finirait par s’en remettre. Heureusement pour elle, la stabilisation de la Brèche avait endigué l’expansion de sa Marque donc ses jours n’étaient plus en danger. Le nain suivit le regard de la Chercheuse :


«  Je ne pense pas qu’elle soit mêlée à tout cela. Elle semblait totalement perdue là-haut, agissant comme un automate, suivant les ordres. Oh elle sait se battre et il semble y avoir une certaine ténacité en elle. Mais son regard ne trompait pas, commenta le nain.

- Je sais Varric, je ne la crois pas non plus responsable, répondit la Chercheuse sans quitter des yeux la maison.

- Alors pourquoi avoir agi comme cela avec elle ? Vous n’avez cessé de remettre en cause son innocence, en sa présence tout du moins.

- Il fallait qu’elle nous aide, je ne pouvais pas me permettre de lui faire miroiter le fait qu’elle puisse simplement s’en aller, répondit Cassandra d’un ton brusque.

- Vous êtes dure, déclara Varric, je suis persuadé qu'elle aurait aidé même sans cette menace.

- Quelqu’un doit l’être, et on ne pouvait pas se permettre de prendre le risque ! » rétorqua-t-elle avant de se lever et regagner la Chantrie, laissant le nain seul devant le feu de camp.

Il sourit. Dure, elle savait l’être, il avait pu s’en rendre compte par lui-même à de nombreuses reprises. Dure, mais juste, et ça, on ne pouvait le lui enlever.


_______________________________________________________________________________________

Mithraël



Mithraël ne trouvait pas le sommeil. Tellement d’évènements s’étaient produits depuis la stabilisation de la Brèche… Ils n’étaient pas parvenus à la sceller mais au moins cessait-elle de croître et il en allait de même pour la marque sur la main de la jeune femme. Elle s’extirpa de son lit, enfila une tunique légère, un pantalon de cavalière et ses bottes en daim avant de sortir mais se ravisa. Ils étaient dans les Dorsales de givre et la jeune femme s’apprêtait à sortir avec une couche de tissu sur le dos seulement ! Maudissant son idiotie, l’elfe finit par endosser un long manteau en cuir épais. Elle ne s’en encombrait jamais quand elle partait en expédition, mais elle comptait bien en profiter pour cette promenade nocturne ! Mithraël fut parcourue d’un frisson lorsqu’elle quitta la petite habitation de bois dans laquelle elle vivait depuis son arrivée à Darse. Elle serra encore plus son manteau autour de ses épaules, accrocha son bâton de mage dans son dos (on n’était jamais trop prudent) et descendit vers les grandes portes du village. La jeune femme salua les gardes avec un sourire chaleureux et passa les portes. Elle était la « Messagère d’Andrasté », donc n’avait pas besoin de justification quant à une promenade nocturne. Elle haïssait ce surnom, ce titre. Il n’avait pas lieu d’être. Même si une femme semblait l’avoir sauvée de l’Immatériel, il était impossible que ce soit la soi-disante épouse du dieu qu’ils appelaient Créateur. Tout d’abord parce-que l’on parlait de l’Immatériel, donc les choses pouvaient être interprétées de bien des façons et ensuite parce-qu’elle était une elfe dalatienne et qu’elle avait ses propres dieux. Elle n’allait pas crier sur tous les toits qu’elle était la Messagère de Mythal alors elle ne comprenait pas pourquoi les shems réagissaient comme cela. D’autant plus que ça leur avait aliéner la Chantrie qui la considérait comme une hérétique.


C’est en grommelant pour elle-même qu’elle gagna la forge, calme à cette heure de la nuit. Elle s’appuya contre la barrière entourant l’édifice et observa les étoiles. Les derniers faits vinrent troubler à nouveau sa quiétude. Elle était complètement dépassée par les évènements et seul Varric semblait s’en être rendu compte : « Passer du statut de meurtrière à celui de Messagère Divine… la plupart des gens auraient étalé cela sur plusieurs jours ! » lui avait-il dit d’un ton compatissant le jour de son réveil. Mais à peine s’était-elle remise du combat contre le démon de l’orgueil que l’Inquisition avait été créée avec pour but de fermer une bonne fois pour toute cette Brèche et mettre un terme au conflit mages-templiers. La jeune femme avait été envoyée dans les Marches Solitaires afin de s’entretenir avec Mère Giselle. La religieuse ne faisait pas partie de celles qui la voyait comme un danger et une hérétique, elle avait proposé d’aider l’Inquisition en donnant les noms des révérendes mères prêtes à les soutenir. Elle avait même rejoint Darse afin de s’occuper des blessés. Mais avant d’atteindre Mère Giselle, il avait fallu passer au travers de violents conflits entre mages et templiers. Il était impossible de les raisonner, et les uns comme les autres les avaient attaqués à vue. Le fait que Mithraël soit une mage n’aidait certainement pas : les templiers la considéraient comme une rebelle et les mages comme une traître pour faire partie de l’Inquisition. Il avait fallu se défendre, il avait fallu tuer. Tuer tous ceux qui se dressaient sur leur route, tuer les chefs des deux partis afin de pacifier les Marches Solitaires. La jeune femme n’en avait parlé à personne mais cela l’avait profondément affectée. Elle aurait voulu trouver une solution, un terrain d’entente mais ils ne leur avaient pas laissé le choix. Ensuite ils étaient allés trouver Dennet, le maître palfrenier de Golefalois. Ils l’avaient aidé à sécuriser ses fermes, en échange de quoi il avait rejoint l’Inquisition afin de leur former une cavalerie digne de ce nom.


Le vent faisant voleter les cheveux de Mithraël alors qu’elle pensait à son hahl. Il avait été emporté par l’explosion du Conclave lui aussi et la bête lui manquait terriblement. La jeune femme était très attachée à elle. Monter les destriers ne lui déplaisait aucunement, elle arrivait également à nouer un lien avec les chevaux, les calmer en quelques murmures en langage elfique. Mais c’était différent. Dennet avait posé des questions quant aux hahls montés des elfes, il les trouvait fascinants et la jeune femme était intarissable sur le sujet : « Qui sait, j’en verrais peut-être un de mes propres yeux un jour » avait-dit le maître palefrenier avec un sourire malicieux. Mithraël n’avait pas relevé.


Elle reprit sa promenade, s’éloignant du village. Ce n’était peut-être pas prudent mais elle se sentait en sécurité dans les montagnes, aussi insensé que cela puisse paraître avec la proximité de la Brèche. Elle gagna le ponton qui surmontait le lac gelé et s’arrêta quelques minutes pour observer le reflet de la faille sur la surface glacée. Grâce aux noms donnés par Mère Giselle, ils avaient pu organiser une rencontre avec les révérendes mères à Val Royaux, capitale d’Orlaïs, ville de tous les excès. La rencontre ne s’était pas vraiment passée comme prévu entre les incriminations des  religieuses et la scission définitive entre l’ordre des templiers et la Chantrie. Ils avaient essayé de rallier les soldats à leur cause, ils avaient besoin de plus de puissance magique pour sceller la Brèche. Cependant, même si ces derniers n’étaient pas comme les sauvages qu’ils avaient rencontré dans les Marches Solitaire, leur leader était … étrange. Après avoir annoncé publiquement que l’Ordre quittait la Chantrie, le Seigneur-Chercheur Lucius avait parlé de rendre à l’Ordre sa renommée, son pouvoir, qu’il méritait de la reconnaissance. Ensuite il l’avait traitée comme une moins que rien. Etant une mage cela n’avait rien de surprenant de la part d’un templier, surtout dans ce contexte. L’homme avait ensuite prétexté que l’Inquisition ne lui avait rien montré et qu’il ne voyait pas pourquoi il s’allierait avec eux étant donné qu’il était voué à objectif plus grand. Sur ce, il avait quitté Val Royaux avec ses templiers. Cassandra avait été très secouée par cette entrevue. Elle connaissait le Seigneur-Chercheur et leur avait avoué qu’il agissait vraiment étrangement. La guerrière était convaincue qu’ils pourraient encore compter sur l’aide des templiers : « Il y a forcément des soldats qui ne partagent pas l’opinion de leur leader » avait-elle déclaré. Après cet incident, ils avaient reçu une invitation de la Grande Enchanteresse Fiona, chef des mages rebelles, à un entretien dans une taverne de Golefalois. Si les templiers ne semblaient pas désirer avoir à traiter avec l’Inquisition, les mages ne semblaient pas partager cet avis.


Mithraël commença à rebrousser chemin afin de regagner les alentours du camp d’entraînement. Elle ne put réprimer un sourire quant aux circonstances qui lui avait valu l’enrôlement de Sera dans l’Inquisition. « Des gardes cul-nus » se remémora-t-elle en laissant échapper un léger rire. Sera était un singulier personnage. N’allait jamais lui dire qu’elle était une elfe, elle se targuait de n’avoir absolument rien d’elfique ! Solas avait bien tenté de lui parler dans leur langue mais il n’avait récolté que tirages de langues, grimaces et bruits grossiers L’archère faisait partie des « Amis de Jenny La Rousse », une bande organisée qui donnait bien du souci aux nobles. Mithraël n’avait pas saisi tous les enjeux et les méthodes de l’organisation, elle se promit d’en parler à Sera dès que possible. Elle avait ensuite rencontré Vivienne, Grande Enchanteresse de l’ancien cercle de Montsimmar, qui avait également proposé son aide. La jeune femme ne parvenait pas à cerner sa collègue mage. Elle transpirait la fierté, ça c’était sûr, mais agissait-elle seulement par intérêt ou non ? Avait-elle flairé les possibilités d’étendre son influence grâce à l’Inquisition ? L’elfe était sceptique quant à cette dernière idée. On ne pouvait pas dire que l’Inquisition était influente, quelques familles nobles  seulement avaient ouvertement déclaré leur soutien. Des fereldiens pour la plupart, reconnaissants d’avoir endigué le conflit des Marches Solitaires. Ils leur envoyaient fournitures et vivres. Nombreux étaient également les réfugiés des Marches qui les avaient suivis à Darse, désireux d’aider. Leur armée grandissait, certes, mais n’était pas non plus énorme. Et par-dessus tout, ils n’avaient pas de leader.


Elle s’attarda un moment au milieu des arbres et ramassa quelques elfidées. On n’avait jamais trop d’herbes médicinales. Elle se rappela les débats houleux qui avaient suivi l’épisode Val Royaux. Joséphine, Léliana et Cullen étaient incapables de se mettre d’accord sur qui des mages et des templiers fallait-il approcher pour fermer la Brèche :


***


« Il nous faut l’aide des mages rebelles » déclara Léliana

« Je persiste à dire que les pouvoirs des templiers suffiraient amplement » répondit le Commandant

« Pure spéculation » rétorqua la Maître espionne

« J’étais templier, je sais de quoi ils sont capables »

« Le Seigneur Chercheur a mené l’Ordre quelque part, mais dans quel but ? Nous ne pouvons nous y risquer et perdre du temps précieux  » continua le Rossignol

« Nous devons creuser la question, je suis certains que tous les templiers ne partagent pas l’avis de Lucius »

« Ou bien la Messagère pourrait simplement aller à la rencontre des mages à Golefalois » intervint Joséphine

« Croyez-vous que les mages rebelles sont plus unis ? Cela pourrait être dix fois pire ! » répliqua Cullen

« Ou vous pouvez aussi arrêter de vous chamailler et prendre une décision » trancha Mithraël.

Les trois protagonistes s’étaient tournés vers elle avec des yeux ronds. Elle avait immédiatement rosi et regretté ses paroles. Elle ne participait jamais aux débats. Même en mission, elle parlait peu, laissant souvent la Chercheuse prendre les décisions. Elle se contentait de suivre les ordres, sourire aux potentiels alliés, protéger les hommes sous sa responsabilité et fermer des failles. La jeune femme les avait également traînés aux travers des Marches Solitaires afin de rassembler tout ce dont les réfugiés avaient besoin. Elle ne pouvait les abandonner sans rien. C’est d’ailleurs grâce à cette bonté que la plupart avait souhaité la suivre à Darse. L’elfe n’était pas une oratrice, mais elle inspirait de par ses actes. Elle allait s’excuser quand Cassandra était intervenue :

« Je suis d’accord avec elle »

Le débat n’en était pas pour autant clos, mais Mithraël avait pu en faire partie cette fois.


***


« Singulière heure pour récolter des herbes » fit une voix derrière son dos. La jeune femme sursauta, elle était tellement absorbée par ses pensées qu’elle ne l’avait pas entendu arriver. Elle avait reconnu sa voix tout de suite, aussi n’avait-elle pas saisi son bâton. Mais son rythme cardiaque s’accélérait déjà. Cela ne faisait que trois mois tout au plus qu’elle avait rencontré le Commandant Cullen, mais depuis peu il avait la fâcheuse tendance de déclencher des réactions en chaîne dans son corps à chaque apparition : estomac qui fait trois tours sur lui-même, cœur qui bat fort, jambes flageolantes, …  Heureusement elle parvenait à cacher tout cela, au prix d’une maladresse déconcertante quant à ses paroles. La jeune femme était allée jusqu’à lui demander, implicitement bien sûr mais tout de même, si les templiers faisaient vœux de chasteté. Mais quelle crétine ! Elle s’était maudite des jours après cela, d’autant plus qu’il l’avait évitée soigneusement depuis. La jeune femme n’avait aucune idée derrière la tête concernant le Commandant. Elle était mage, il avait été templier, elle avait pu se rendre compter des tensions existant entre les deux factions. Mithraël lui avait présenté ses excuses, lui assurant qu’il ne s’agissait pas de flirt mais seulement de maladresse et leurs rapports étaient devenus plus détendus. Par contre elle ne parvenait toujours pas à stopper les réactions de son corps. Soudain, se rendant compte qu’il attendait peut-être une réponse, elle avoua :


« J’avais quelques difficultés à trouver le sommeil ». Elle devina qu’il souriait, compatissant. Il lui offrit poliment son bras :

« Alors nous sommes deux dans ce cas, venez, je vais vous raccompagner »

Elle prit son bras et ils avancèrent vers les portes du village. La jeune femme était consciente que ce n’était en aucun cas en tentative de rapprochement de la part du Commandant. Il agissait simplement de manière courtoise. Elle appréciait néanmoins sa sollicitude. Il avait l’air tellement sûr de lui, fort, inébranlable, que sa seule présence était réconfortante. Cullen ne chercha pas à en savoir plus quant aux troubles du sommeil de l’elfe et elle lui en était reconnaissante. Elle-même ne lui demanda pas la raison pour laquelle il était hors de son lit à cette heure. Mithraël n’aimait pas passer pour une petite chose faible, aussi elle brisa le silence en lui posant des questions sur les templiers, des questions intelligentes cette fois ! D’origine dalatienne, elle ne s’était retrouvée que peu confrontée à l’Ordre, et les choses qu’elles avaient pu voir ici lui avaient laissées une image amère de ses membres. Il répondit à toutes ses questions, dévoilant même quelques bribes de son passé : il avait toujours adulé les templiers et les avait rejoint dès treize ans, il avait servi au Cercle de Férelden –sa mine semblait s’être assombrie après cette déclaration, il avait vite poursuivi et Mithraël avait fait comme si de rien n’était- jusqu’aux évènements du Cinquième Enclin après lesquels il avait rejoint le Cercle de Kirkwall et c’était là que Cassandra l’avait trouvé afin de lui proposer le poste de chef de l’armée de l’Inquisition. La jeune femme l’écoutait attentivement sans l’interrompre. Ils se retrouvèrent alors devant sa petite cabane, elle lâcha son bras, s’apprêtant à lui souhaiter une bonne nuit ou du moins ce qu’il en restait mais il la devança :

« Je vous souhaite de trouver le sommeil Lavellan, bonne nuit

- Merci Commandant, bonne nuit à vous aussi » répondit simplement Mithraël en souriant.


Il s’inclina pour prendre congé et continua son chemin vers la chambre qu’il occupait dans la Chantrie de Darse pendant que la jeune femme retrouvait son lit. Il avait passé un agréable moment en sa compagnie. Cela avait tenu à distance les cauchemars et visions qui l’assaillaient depuis quelques jours à présent. Les effets secondaires du sevrage du lyrium commençaient déjà à se faire sentir.  Elle était pourtant une nouvelle preuve que les mages n’étaient pas tous des êtres irraisonnés et dangereux. Une nouvelle preuve de la stupidité dont il avait pu faire preuve dans son passé et dont il portait toujours la culpabilité. La jeune femme devait seulement assister au Conclave et elle se trouvait maintenant catapultée au rang de « Messagère d’Andrasté » à réaliser des missions pour le compte de l’Inquisition et prendre part aux manœuvres politiques que cela impliquait. Il y avait de quoi donner quelques insomnies ! D’autant plus qu’aucun d’entre eux ne prenait forcément en compte le fait qu’elle n’avait ni entraînement militaire, ni beaucoup de connaissances en politique et diplomatie. Ils oubliaient souvent qu’elle était aussi une jeune femme et pas seulement un outil servant à fermer des failles et recruter des alliés. Et pourtant elle ne se plaignait jamais et suivait leurs directives. Il appréciait néanmoins qu’elle s’investisse plus personnellement dans son rôle de Messagère, bien qu’elle ne ratait jamais une occasion pour maudire ce titre. La jeune femme avait demandé à Joséphine de lui expliquer les grandes lignes de la diplomatie au cas où elle se retrouverait dans une situation délicate au fil de ses expéditions. L’ambassadrice lui donnait également des informations sur les familles qu’elle pourrait croiser à tel ou tel endroit. Léliana partageait avec elle certains de ses rapports. C’étaient des marques de confiance. Et si les deux femmes lui en témoignaient, il n’avait pas de raisons de ne pas faire de même. Cassandra elle-même semblait s’être adoucie à son égard.


Mage ou pas, il la respectait. Il était néanmoins rassuré quand elle lui avait promis qu’elle ne tentait pas de flirter. Il ne se voyait pas gérer cela en plus de toutes les responsabilités qu’il avait. Il avait toujours fait passer son devoir avant tout, et ce n’était pas maintenant que cela allait changer. Par le Créateur, il n’était vraiment pas doué pour ces chose-là ! Il se débarrassa de son armure et se glissa dans son lit, appréhendant les cauchemars qui allaient suivre.

_______________________________________________________________________________________

Cullen


« Alors comme ça on se promène la nuit, bras dessus bras dessous, en compagnie de la Messagère ? »

Léliana, Joséphine et Cullen déjeunaient ensemble dans la salle du Conseil. Ils devaient discuter de l’approvisionnement en armes, mais cela allait attendre. Les deux femmes gloussaient après que Léliana ait lancé les hostilités. Il était devenu rare que cette dernière agisse comme tel suite à la mort de la Divine, aussi Josie ne pouvait s’empêcher de l’encourager, trop heureuse de retrouver son amie :

« Le Commandant nous ferait-il des cachoteries ? »

Elles rirent de plus belle.
Cullen soupira. Nul doute que ça allait jaser après que les gardes les aient vus ensemble l’autre soir. Il n’y avait pas pensé sur le moment, pour lui il était clair qu’il n’y avait pas d’idées à se faire. Il rétorqua :

« Elle ne dormait pas, je ne dormais pas, nous avons discuté, nous sommes rentrés chacun chez soi, il insista lourdement sur ces derniers mots. Arrêtez vos enfantillages.

- Vous êtes si grincheux Commandant, vous taquiner n’en est que plus drôle, répondit Léliana avec un sourire carnassier.

- Nous nous doutons bien que ce ne sont que de pures fabulations, notre sérieux Commandant n’a pas le temps pour ce genre de choses n’est-ce-pas ? renchérit Joséphine.

Elles échangèrent un regard, se retenant de rire. Si leur complicité était réconfortante à voir, le Commandant aurait aimé ne pas être l’objet de leurs taquineries. Cullen leva les yeux au ciel et tendit les bras vers le plafond :

« J’en ai assez d’être entouré par tant de femmes, Créateur, vient moi en aide » et il prit sa tête dans ses mains en prenant un air totalement désespéré, ce qui acheva les deux femmes qui ne purent se retenir de rire plus longtemps.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyLun 2 Fév - 14:48

Chapitre 3 : La Côte Orageuse



Mithraël



Quelques semaines s’étaient écoulées depuis la promenade nocturne qu’elle avait partagée avec le Commandant. Dès le lendemain, Mithraël avait repris la route des Marches Solitaires afin de trouver un certain Garde des Ombres nommé Blackwall. Léliana lui avait fait part de ses inquiétudes quant à la disparition des Gardes d’Orlaïs, elle espérait qu’ils n’étaient pas mêlés de quelconque façon à la Brèche. Aussi quand ses espions lui avaient rapporté la présence de Blackwall dans les Marches, elle et ses collègues avaient demandé à Mithraël de le retrouver. Il ne fut malheureusement d’aucune aide, parcourant les routes seul depuis de nombreux mois à la recherche de recrues, il n’était même pas au courant que les Gardes avaient disparu. Il avait néanmoins demandé à rejoindre l’Inquisition, voulant se rendre utile plutôt que de feindre d’ignorer le trou béant dans le ciel. Le Garde s’était très vite intégré à la petite bande qui commençait à se former sous l’œil bienveillant de Mithraël. Il plaisantait beaucoup avec Sera, entrait dans des débats philosophiques interminables avec Solas, mais pour ce qui était de Vivienne … C’était une tout autre histoire. Il fallait avouer que l’enchanteresse avait un certain don pour se mettre tout le monde à dos avec son attitude hautaine. L’elfe en avait encore une démonstration sous les yeux alors qu’ils gagnaient la Côte Orageuse :


« De toute évidence, je vous offense par ma simple présence Vivienne. Qu’attendez vous de moi ?

- Je ne sais pas trésor. Imaginez-vous que je vais passer mon temps à m’inquiéter de votre accomplissement personnel ? »


Sera lâcha un « Vieille harpie », Mithraël n’intervint pas. Solas étant resté à Darse pour étudier plus amplement la Brèche et Cassandra pour superviser les nouvelles recrues avec Cullen, Vivienne et Blackwall les avaient accompagnés pour cette expédition. Ils devaient rencontrer un certain Iron Bull, chef de la Charge du Taureau, qui voudrait proposer les services de ses mercenaires à l’Inquisition. Les rapports de l’éclaireur en chef Harding faisaient également état de la disparition de ses éclaireurs partis négocier avec les Lames d’Hessarian mais aussi de campements abandonnés où elle avait pu trouver des effets de Gardes des Ombres. Mithraël remit ses idées en place : une chose à la fois !


Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen23


Ils arrivèrent en vue du camp des éclaireurs de l’Inquisition. Lavellan regrettait presque le froid des Dorsales de givre. La région avait pourtant l’air plutôt verdoyante. Les quelques reliefs qu’ils pouvaient apercevoir lui donnaient également un certain charme. Sans parler de la Mer Ecume qui s’étendait devant eux. Mais cette pluie ! « La Côte Orageuse, je comprends mieux à présent » pestait la jeune femme alors qu’ils descendaient le long d’un sentier au bord duquel Harding avant monté le campement. Le vent s’était levé, formant des vagues qui venaient se briser continuellement sur les crêtes ou mourir paresseusement sur la plage.


Elle laissa ses compagnons défaire leurs paquetages et s’installer alors qu’elle alla directement voir Harding. Cette dernière n’avait rien à ajouter à ses rapports, si ce n’était que le dénommé Iron Bull était quelque part sur la plage avec ses hommes. Mithraël prit congé et alla annoncer à ses compagnons qu’ils avaient une heure pour s’installer avant qu’ils n’aillent rencontrer le Qunari. Elle avait horreur de donner des ordres, elle était toujours nommée chef des expéditions à cause de ce pseudo-titre de « Messagère d’Andrasté » mais aussi parce-que « vous vous débrouillez très bien avec eux » lui avait assuré Cullen et que « nous avons entièrement confiance en vous » avait renchérit Joséphine. Il est vrai que plus les semaines passaient et plus elle était convoqué dans la salle du Conseil de guerre afin de prendre part aux débats. La jeune femme n’en avait pas pour autant pris le melon, ils commandaient, elle obéissait et faisait de son mieux pour aider. Elle libéra sa jument de ses sacs, la pansa, installa rapidement sa tente et attendit sa petite troupe. La plage était en contre-bas donc ils pouvaient laisser les montures prendre un peu de repos.


Ils se mirent donc en route. Le tintement de l’acier rencontrant l’acier se fit entendre, accompagné de cris d’encouragement, d’ordres, de grognements de douleur, … Une bagarre faisait rage sur la plage. Des hors-la-loi étaient tombés sur la bande de Bull qui n’était pas du genre à se laisser surprendre sans riposter. Le qunari dépassait tout ce petit monde d’au moins deux têtes. Il maniait sa hache de guerre comme si elle avait le poids d’une plume, tenant ses ennemis à distance respectable. Trois le harcelaient, mais il n’en était pas formalisé et continuait ses mouvements amples mais précis. Les viscères d’un des bandits se répandirent sur le sable après qu’il se soit trop approché de Bull. Ceci avait eu pour effet de calmer les ardeurs de ses collègues. Mais les hors-la-loi étaient encore nombreux. D’un regard entendu, Mithraël et ses compagnons allèrent leur prêter main forte. Comme à leur habitude, les mages et l’archère restèrent en retrait alors que Blackwall fonçait dans la mêlée en empêchant quiconque de les approcher, protégé par les barrières magiques. Une vingtaine de minutes plus tard, le dernier bandit s’écroulait. Iron Bull s’enquit de l’état de sa troupe : pas de morts à déplorer, seulement des blessés. Il se tourna alors vers Mithraël :


« J’imagine que vous êtes de l’Inquisition hein ? Ravi que vous nous ayez aidés, venez, les boissons ne vont pas tarder ». Il invita la jeune femme à le suivre et à s’assoir sur une caisse près des cendres d’un feu de camp. Blackwall et Sera conversaient déjà avec les mercenaires de Bull alors que Vivienne restait ostensiblement dans son coin. Le lieutenant de Bull, Cremisisus Aclassi, leur apporta deux chopes. Mithraël répondit alors :

« Iron Bull je présume ? »

- Les cornes m’ont trahies c’est ça ? » ironisa le Qunari avant d’avaler une grande gorgée de bière. Mithraël l’imita, attendant qu’il lui explique la raison pour laquelle il avait voulu rencontrer un membre de l’Inquisition.
« Bon, vous nous avez vu combattre, nous sommes chers mais nous le valons bien et je suis sûr que l’Inquisition a les moyens… ricana-t-il

- Combien cela coûterait à l’Inquisition exactement ? demanda l’elfe

- Nous verrons ça avec votre ambassadrice. Ne vous inquiétez pas pour cela, tout ce qui compte c’est que nous ne sommes pas des escrocs ».


Mithraël réfléchit rapidement. Elle ne connaissait le curieux personnage que depuis une demi-heure mais elle avait peine à croire qu’il cherche à les duper. Elle but une nouvelle gorgée de bière afin de se donner du temps, elle savait qu’il ne la quittait pas des yeux, attendant son verdict. L’Inquisition avait réellement besoin d’alliés et si Joséphine avait autorisé cette entrevue, c’est qu’ils avaient les moyens de se payer les services de la Charge. La jeune femme lança un regard vers les mercenaires, Blackwall et Sera avait chacun une chope en main et bavardaient avec eux. Vivienne était absorbée par la contemplation de la mer, sans cacher son impatience. Mithraël prit sa décision :


« La Charge du taureau semble être d’une excellente compagnie, déclara-t-elle en souriant.

- Elle l’est, mais vous n’aurez pas que les gars, vous m’aurez moi ! Il vous faut un garde du corps qui combatte en première ligne. Je suis votre homme, quoique ce soit que vous combattez, démons, dragons, plus c’est gros, mieux c’est ! répondit-il en riant.

- Je sais me défendre, rétorqua-t-elle, mais votre aide ne sera pas de refus !

- Ahah et elle a du caractère en plus ! Parfait ». Il reprit sur un ton plus sérieux : «  Il y a néanmoins une chose que vous devez savoir : avez-vous déjà entendu parler des Ben-Hassrath ?

- Non, répondit l’elfe

- C’est une organisation qunari, qui s’apparente un peu à vos espions et j’en fais partie. Ils sont inquiets à propos de la Brèche, une magie incontrôlable telle que celle-ci peut avoir des répercussions dans tout Thédas. On m’a ordonné de m’enrôler dans l’Inquisition et d’enquêter afin de leur envoyer des rapports sur vos avancées ». Il marqua une pause. « Mais je reçois également des rapports des Ben-Hassrath de tout Orlaïs, et je peux les partager avec vos gens ». Il se tut et planta ses yeux dans ceux de la jeune femme. Elle ne cacha pas sa surprise :

« Vous êtes donc un espion qunari et vous me… l’annoncez, comme ça ».

- Peu importe ce qu’il s’est passé au Conclave, c’est grave, et la Brèche doit être fermée. Quoique je sois, je suis de votre côté et je vous le prouve en vous annonçant moi-même ce que je suis. De toute façon, si votre Maître-espionne fait bien son boulot, elle l’aurait découvert tôt ou tard » déclara-t-il

- Donc vous savez que nous avons une Maître-espionne, nota l’elfe

- Je suis un espion, j’ai fait mes recherches, se défendit-il, et j’ai toujours eu un faible pour les rousses, continua-t-il en riant. Ecoutez, je ne divulguerais rien qu’elle n’ait validé avant et je pourrais partager avec vous ce que nos agents auront pu trouver, marché conclu ? »

Il tendit sa main. Mithraël hésita, mais si lui avait pu découvrir quoique ce soit à propos de Léliana, elle devait déjà être au courant de tout son parcours jusqu’à ses habitudes alimentaires ! De toute façon si les Conseillers désapprouvaient sa décision, ils pourraient toujours renvoyer le qunari. Mais elle aurait trouvé cela dommage, de son point de vue, des lames en plus et tout un réseau d’espion à disposition, cela ne se refusait pas. Elle serra alors la main puissante d’Iron Bull :

« Vous êtes engagé.

-Excellent ! Crem, on boira en route ! La Charge vient d’être embauchée !

-Et qu’est-ce que l’on fait des tonneaux déjà ouverts chef ? On les a ouverts avec des haches…

- On les boit ! » intervint Sera. Bull éclata de rire mais répondit :

« Alors trouve quelque chose pour les sceller, t’es Tévinter non ? Essaie la magie du sang ! » Mithraël réprima un sourire. Bull se retourna vers elle : « On se retrouve à Darse ». Elle acquiesça et ils regagnèrent le campement de l’Inquisition. Sera était toute excitée :

« J’espère qu’ils mettront l’ambiance à la Taverne ! Parce-que qu’est-ce qu’on s’y emmerde !

- Donc maintenant vous engagez des espions, des espions honnêtes qui plus est » ironisa Vivienne sans faire de commentaires sur le langage de Sera, pour une fois.

- Un réseau supplémentaire ne peut être que profitable, et je n’ose pas imaginer ce que Léliana ferait subir à Iron Bull s’il divulguait quoique ce soit qui puisse mettre en péril les opérations de l’Inquisition, rétorqua Mithraël.

- Cette femme me met tellement mal à l’aise, renchérit Blackwall, je n’aimerais pas la croiser au détour d’un chemin, dans la nuit noire.

- Moi j’aimerais bien ! Je sais exactement ce que je pourrais lui faire, intervint Sera avec un regard pétillant

- Vous et vos pensées obscènes ! répliqua le Garde

- Ben quoi ? En dehors du fait qu’elle est terrifiante, elle est surtout  incroyablement bon… jolie ! corrigea précipitamment l’archère.

- Sera ! l’invectiva Mithraël sous les hochements de têtes désespérés de Blackwall et les soupirs de Vivienne.

- Roh, si on ne peut plus rigoler, bouda la voleuse. Elle ne dit plus un mot de tout le chemin du retour.

Une fois arrivés au campement, chacun alla vaquer à ses occupations. Mithraël rédigea un rapport à l’adresse de la Maître-espionne afin résumer les évènements et de la prévenir de l’arrivée de la Charge.


Ils restèrent encore un peu plus d’une semaine dans la région. Le temps de régler le problème des lames d’Hessarian et d’enquêter sur les campements des Gardes Ombres. Pour les premiers, la jeune femme avait défié leur chef en duel, selon les coutumes de cette organisation militaire religieuse. Une fois ce dernier mort, un mort de plus…, ils apprirent que ses hommes étaient ravis de ne plus être coincés avec ce fou et qu’ils étaient plus qu’heureux de s’en remettre à la « Messagère d’Andrasté ». Vivienne n’avait pu tenir sa langue. Cependant au vu de la réaction que cela avait provoqué chez les guerriers, elle n’avait sûrement pas eu tort. Mais Mithraël désapprouvait l’utilisation abusive de ce faux titre. L’Enchanteresse s’était justifiée : « Des lames en plus trésor, de quoi vous plaignez-vous ? » lui avait-elle chuchoté. Elle avait raison, d’autant plus que les militaires pourraient garder le contrôle de la région au nom de l’Inquisition et ainsi étendre son influence. Ils avaient ensuite enquêté sur les campements abandonnés des Gardes des Ombres, sans rien trouver d’autre que la supposition qu’ils étaient à la recherche de l’un des leurs pour une raison qui leur échappait. La compagnie avait également trouvé une étrange porte qu’il était impossible d’ouvrir, encastrée dans les imposants rochers situés au niveau d’une presqu’île. Ni la magie, ni la force n’en étaient venus à bout. Mithraël en avait fait un croquis qu’elle montrerait aux Conseillers dès qu’ils seraient de retour à Darse. Le chemin du retour se passa sans encombres, si ce n’étaient les prises de becs incessantes, mais divertissantes il fallait l’avouer, entre Sera et Vivienne.


_______________________________________________________________________________________


Milva



« La Fierté des Mers » avait accosté dans le port de Val Royaux, capitale d’Orlaïs. Milva avait payé son capitaine pour leur voyage mais également pour son silence. Elle était encore perturbée par ce qu’elle avait vu alors qu’ils naviguaient aux abords des Dorsales de givre. La jeune femme n’était pas mage, mais elle en savait assez sur l’Immatériel pour reconnaître une rupture du Voile. Ceci ne présageait rien de bon. Cela ajouté aux rumeurs concernant les Gardes des Ombres d’Orlaïs… Elle espérait qu’ils n’étaient pas mêlés au phénomène. L’Ordre souffrait déjà d’un certain manque de reconnaissance et de crédibilité. Chose ordinaire lorsqu’aucun Enclin ne menaçait le continent. Mais il n’avait réellement pas besoin d’être impliqué dans quelconque manigance démoniaque. Zevran avait tenté de la rassurer : « Alistair tirera ça au clair, vous ne pouvez être sur tous les fronts ». Cependant l’assassin avait seulement réussi à l’inquiéter davantage lorsqu’il avait prononcé le prénom de l’homme qu’elle aimait.


L’Antivan avait bien sûr accepté d’accompagner son ancienne camarade de voyage dans sa folle quête. Personne ne devait parvenir à retrouver sa trace. Et qui de mieux qu’un ancien Corbeau, qui avait échappé à toutes les tentatives de ces derniers de mettre la main sur lui, pouvait l’assister ? Sans compter qu’il se sentait toujours redevable de la jeune femme pour l’avoir épargné. Épargner un assassin… Au départ il l’avait crue réellement stupide et avait réfléchi à un moyen de leur fausser compagnie. Mais il s’était attaché à la petite elfe impulsive et à la singulière équipe qu’elle avait formé. Zevran était resté quelques temps avec elle une fois l’Archidémon vaincu, notamment pour la préserver de toutes ces tentatives d’assassinat. Il avait néanmoins fini par regagner sa patrie, et ils s’étaient considérablement éloignés. Et les voilà à présent réunis, comme dix ans auparavant.
Il jeta un regard rapide à l’Héroïne qui affichait une mine renfrognée.


Milva détestait l’ambiance de la capitale. Tous ces gens masqués … A quoi cela rimait-il ? Et la façon dont ils les regardaient … Leurs origines elfiques ne jouaient pas en leur faveur. Pourtant, Zevran semblait être comme un poisson dans l’eau. L’ancien Corbeau était évidemment habitué à ce mépris et ces faux-semblants. Plusieurs fois, il avait dû retenir discrètement son amie de sauter à la gorge d’un noble qui l’avait prise pour une domestique ou une prostituée. Les deux voyageurs avaient cependant de la chance d’avoir Hatchi. Ce dernier dissuadait la plupart des curieux de venir les importuner. Et si une personne un peu trop téméraire s’approchait, un grondement suffisait la plupart du temps à calmer ses ardeurs. Ils savaient néanmoins qu’ils ne pouvaient rester trop longtemps car ils risquaient d’attirer l’attention de la garde. Aussi, quelques jours après leur arrivée, ils avaient fini par dénicher des montures et avaient emprunté la Route Impériale en direction de la Porte du Ponant.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyDim 8 Fév - 16:07

Chapitre 4 : Une alliance qui fait débat

Sœur Léliana,

La rencontre avec la Grande Enchanteresse a eu son lot de surprises. Les mages de Golefalois sont à présent sous le joug d’un magister tévintide du nom d’Alexius Gereon. Ce dernier nous a présenté la situation comme une aide apportée à nos rebelles, il compte les emmener à Tevinter ensuite et souhaiterais « négocier » avec l’Inquisition si nous avons besoin de leur aide. Personne ici n’est dupe, d’autant plus que le curieux personnage à évincé le iarl Teagan et ses hommes. Nul doute que la reine Anora soit en marche pour reprendre le domaine.

Nous avons rencontré l’ancien apprenti du magister, un certain Dorian Pavus, ainsi que son fils Felix Gereon. Ils ont confirmé nos doutes. Alexius appartiendrait à une secte tévintide, les Venatori, dont le but est de redonner à l’Empire sa gloire passée. Le magister trempe également dans une magie puissante mais instable, la magie temporelle. Il aurait utilisé ses pouvoirs afin d’atteindre Golefalois avant nous et ainsi forcer la rencontre avec la Messagère. Dorian et Felix semblent sincères et veulent nous aider à l’arrêter.

Le temps nous manque, je ne sais pas où nous en serons quand ce rapport vous parviendra. J’ai pris le risque de l’envoyer par la voie des airs afin qu’il arrive le plus vite possible. Nous rencontrerons le magister demain, la Messagère a un plan. Grâce à l’aide d’un mage rebelle, nous aurons l’effet de surprise de notre côté. Il a dit vous connaître, que vous et l’Héroïne l’auraient sauvé durant le Cinquième Enclin alors qu’il était possédé par un démon. Je ne peux vous en dire plus. Nous savons pertinemment que cette rencontre est un piège, mais nous ne pouvons rassembler plus de monde ni attendre vos directives, cela semblerait suspect. Cassandra a donné son approbation, bien qu’elle ait émis des réserves au départ. Inutile de préciser que nous protègerons Lavellan quel qu’en soit le prix.


H



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Conseillers,

Ce voyage dans le temps fut… déstabilisant. Il m’a néanmoins confortée dans une chose : cette chose doit être refermée. Ce que nous avons vu n’était que chaos. La Brèche entendue à l’ensemble des cieux, des failles s’ouvrant continuellement et vomissant leur lot de démons, l’Impératrice Célène assassinée, … Le lyrium rouge s’était également étendu à l’ensemble du château de Golefalois et les prisonniers semblaient servir de source nutritive à sa croissance. Les démons étaient commandés par « l’Ancien », ils formaient une véritable armée. Mais nous ne l’avons pas vu lui-même.

[Les lignes suivantes détaillent avec plus de précisions l’intégralité de leur périple. Elles parlent également du courage de Léliana, Cassandra et Sera qui se sont sacrifiées afin de permettre à Dorian d’inverser le sortilège]


Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen24



Alexius nous a donné malgré-lui de nouveaux faits à prendre en compte quant à ce qui s’est produit au Conclave. L’explosion était le fruit d’une expérience ratée, et la marque dont j’ai héritée n’aurait, bien entendu, jamais dû m’échoir. L’Ancien avait promis de guérir le fils du magister si ce dernier « réparait l’erreur du Conclave ». Il a donc tenté de m’effacer du temps, mais Dorian s’est interposé et vous connaissez la suite. Les Venatori ont donc bien un lien avec la Brèche. Nous avons capturé Alexius, qui n’a opposé aucune résistance une fois de retour de notre voyage temporel. Il est à votre disposition si vous souhaitez le questionner.

La reine Anora est ensuite entrée dans Golefalois avec ses hommes. Portant les mages rebelles comme responsables, elle les a bannis de Férelden. Je leur ai donc offert une proposition d’alliance avec l’Inquisition afin qu’ils nous aident à fermer la Brèche. Ils pourront ainsi montrer à tous que ce ne sont pas des maléficiens et qu’ils agissent pour le bien.


Lavellan



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Mithraël


Après avoir pris connaissance des rapports, les Conseillers avaient demandé une réunion à l’état-major. Lavellan avait été convoquée. Après être revenus sur le voyage temporel et les évènements du Conclave, ils parlèrent de l’alliance avec les mages rebelles. Bien que ceci avait été décidé avant que Lavellan ne quitte Darse pour Golefalois, tout le monde ne semblait pas heureux d’apprendre la nouvelle :


« Une mage qui offre une alliance aux apostats, cela ne froisse personne ici ? ironisa Cullen

- Que sous-entendez-vous Commandant ? intima Cassandra

- Elle veut seulement leur donner plus de pouvoir à travers l’Inquisition ! répondit-il d’un ton acerbe

- Comment pouvez-vous … » commença la Chercheuse en écarquillant les yeux sous l’effet du choc. Il n’était pas dans les habitudes du Cullen d’agir ainsi.

« Laissez Cassandra, intervint Mithraël, c’est à moi de répondre de ces accusations ».

Elle prit une grande inspiration. N’en avait-elle pas assez fait pour prouver sa bonne volonté ? N’avait-elle pas parcouru Férelden et Orlaïs afin de recruter des agents, protéger les réfugiés, enquêter sur la Brèche ? Et tout cela sans broncher. Elle se doutait que certains pouvaient demeurer réticents à lui faire confiance, mais le Commandant, … Cela avait ébranlé la jeune femme. Elle se redressa néanmoins et planta ses yeux dans ceux de Cullen. L’elfe déclara d’un ton calme, qui trahissait néanmoins une certaine exaspération :

« Que dois-je faire de plus pour vous prouver ma bonne volonté Commandant ? Je sais que je suis loin d’être la parfaite recrue, sans parler de mes connaissances limitées en diplomatie, elle se tourna vers Joséphine : «  D’ailleurs je vous remercie grandement Ambassadrice de prendre le temps de m’enseigner l’indispensable afin que je n’entache pas l’image de l’Inquisition durant les expéditions ». Joséphine s’inclina et Mithraël se reconcentra sur le Commandant. Son ton se fit plus doux sans pour autant être moins assuré. Elle était déterminée à plaider sa cause :

« Je vous assure que je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour vous aider. Comment pouvez-vous penser que je nourris mes propres intérêts à travers cette alliance ? Avant le Conclave, je n’ai jamais eu aucun contact avec les mages rebelles, nous les évitions tout autant que les templiers. Les apostats que j’ai rencontrés dans les Marches Solitaires ont tous voulu ma mort, sans parler de ceux qui en voulaient à l’Enchanteresse Fiona d’avoir fait appel à l’Inquisition. Je terminerai en disant que l’objectif de ma venue à Golefalois était de rallier les mages à notre cause, c’est chose faite. Pourquoi me le reprocher à présent ? ».


Elle marqua une pause après cette longue tirade. La jeune femme était fatiguée par les derniers évènements et il fallait encore qu’elle se justifie auprès des Conseillers pour le résultat d’une mission qu’eux-mêmes avaient commandée ! C’était à s’en cogner la tête contre les murs. Mithraël ne s’était jamais emportée de la sorte, encore moins devant les Conseillers. Cependant, elle n’en pouvait plus de cette suspicion constante. Ca ajouté au choc qu’avait été leur escapade temporelle… Elle avait perdu son sang-froid.

L’elfe déclara une dernière chose avant de prendre congé. Cette fois, une expression sincèrement désolée se dessina sur son visage :
« Je suis désolée de ne pas être ce à quoi tout le monde s’attend, une sorte de messagère divine. J’aurais aimé que cette marque ait atterri sur la main de quelqu’un qui aurait mieux convenu à vos attentes, qui aurait su vous convaincre. Je vous laisse prendre une décision me concernant, faites-moi savoir votre verdict ».


Elle sorti alors de la salle du conseil et voulu regagner sa petite cabane de bois. Cependant Dorian l’interpela et voyant sa mine abattue, l’invita à boire en sa compagnie à la taverne. La jeune femme finit par accepter, et c’était le début d’une forte amitié entre les deux mages.


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Cullen


La Messagère avait à peine quitté la pièce que Cassandra avait pris sa défense :


« Elle n’a pas tort. Nous avons été envoyés pour rallier les mages et c’est chose faite, pourquoi le lui reprocher à présent ? demanda-t-elle d’un ton accusateur, les mains sur les hanches.

- Les mages sont incontrôlables, il faudra redoubler de vigilance quant au risque de possession démoniaque, sans compter les répercussions que cela aura sur l’image de l’Inquisition, répondit le Commandant, agacé.

- Nous avions déjà discuté de tout cela, intervint Léliana en soupirant, nous étions arrivés à la conclusion qu’étant donné la nouvelle position des templiers et leur refus d’accorder leur aide à l’Inquisition, il ne nous restait que l’offre des rebelles.

- Sans compter que même si la plupart des mages de rangs ont péri lors du Conclave, il reste de nombreux instructeurs parmi les rebelles. Ils seront à même de canaliser leurs apprentis si nous leur donnons une chance, renchérit Joséphine. De plus, nous avons également les templiers qui nous ont suivis à la suite de l’explosion. Je suis certaine que sous votre commandement, ils garderont un œil sur les mages.

- On voit que vous n’avez jamais servi dans un Cercle, … Cela ne fera que raviver les tensions, et nous n’avions pas besoin de cela.

- Je partage vos réticences Commandant, mais une décision devait être prise et on s’était arrêté sur les mages. Il n’y a pas à revenir dessus, trancha Cassandra d’un ton dur. Ce qui me pose problème, ce sont les accusations que vous avez lancées à la figure de Lavellan ». Elle marqua une pause. « Pourquoi ne pas nous avoir parlé de votre … suspicion ? »  

- Je n’ai accusé personne, répondit Cullen, étonné. C’était une réaction quant à l’alliance proposée, je pense que nous aurions dû discuter des termes ». Il ajouta ensuite : « Je ne nourris aucune suspicion quant à Lavellan.

- Pardonnez-moi Commandant, mais cela ne sonnait pas du tout comme tel, dit doucement Joséphine.

- Vous avez tout de même insinué que cette alliance avait été établie pour servir les propres intérêts de la Messagère, renchérit Léliana.

- Ce… ce n’était pas intentionnel, se défendit Cullen, mal à l’aise.

- Pour ma part, je suis totalement convaincue de son innocence quant au meurtre de la Divine, encore plus après les évènements de Golefalois et la lecture de son rapport sur son voyage temporel. J’étais là quand elle a pris une décision quant à l’assaut du château, quand elle a énoncé sa stratégie. Elle m’a surprise, dans le bon sens du terme. Sans parler que nous avons besoin de sa marque » déclara Cassandra. La Chercheuse réfléchit encore un instant avant de revenir sur les dires de Cullen : « Quant aux termes de l’alliance… J’en ai discuté avec elle sur le chemin du retour. Je souhaitais quelque chose de plus… cadré. Mais elle semble convaincue de la bonne volonté de Fiona ».

- Seulement la bonne volonté de Fiona n’est pas indubitablement le reflet de celle de tous les rebelles, répondit Léliana d’un ton soucieux. Il nous faudra rester sur nos gardes durant leur séjour parmi nous. Il est vrai que les templiers nous ayant rejoints ne seront pas de trop ». Le Rossignol se tourna alors vers Cullen : « Nous ne pouvons nous séparer de Lavellan, c’est indéniable. Mais même sans cela, elle a toute ma confiance également. Elle a encore beaucoup de choses à assimiler, c’est pourquoi Cassandra l’accompagne continuellement durant les expéditions, mais elle s’investit. On ne peut lui retirer ça.

- Même si elle peut être maladroite quand elle prend la parole, il semblerait qu’elle inspire tout de même les gens.  Après tout, c’est elle qui parcourt les régions à la recherche de ressources et d’alliances. On m’a rapporté qu’elle apporte volontiers son aide, ce qui lui assure la sympathie de la plupart des autochtones. Ce n’était pas gagné de par ses origines, surtout qu’elle nie catégoriquement avoir quoique ce soit à faire avec Andrasté. Mais je pense que cette honnêteté a payé. Même si les petites gens continuent d’y croire pour elle, les révérendes mères sont apaisées, continua Joséphine.

- Cullen ? demanda la Maître-espionne voyant que le chef de l’armée restait silencieux et perdu dans ses pensées, êtes-vous d’accord avec nous ?

- Bien sûr, je n’ai aucune raison de penser le contraire ». Il était perturbé par ce qu’il avait pu dire à la jeune femme et n’avait écouté que d’une oreille distraite leur conversation. Il fallait qu’il ait une discussion avec Cassandra. Cette dernière supervisait son sevrage de lyrium, c’était à elle de juger s’il était toujours apte ou non à rester à la tête de l’armée.

« Bien, alors je vais aller lui annoncer que ce n’était qu’un malentendu »  annonça Joséphine en quittant la pièce, suivie de près par Léliana. La Chercheuse allait les imiter mais Cullen la retint :

« Puis-je vous parler Cassandra ? A propos de mon … problème.

- Je vous écoute Commandant, répondit la guerrière en croisant les bras sur sa poitrine

- Je crains que les visions et cauchemars deviennent de plus en plus récurrents et commencent à affecter mon jugement, avoua-t-il.

- Cullen, vous venez du Cercle de Kirkwall, j’ai entendu parler de la paranoïa du Chevalier-Capitaine Meredith envers les mages. Vous devez également faire un travail sur vous-même, répondit la Chercheuse d’un ton brusque.

- Je me suis rendu compte trop tard de ses agissements et je m’en veux encore à présent, Cullen ne voulait pas s’étendre sur le sujet. Il insista : «  Ce n’était pas moi qui parlait tout à l’heure… Je … je pense que c’est à cause des cauchemars ». Il était très mal à l’aise, il ne pouvait se permette de laisser son sevrage prendre le pas sur son jugement. Trop d’hommes dépendaient de lui pour qu’il ne s’autorise la moindre faiblesse.

- Je vous ai dit que cela ne serait pas facile, mais vous pouvez y parvenir. J’en suis persuadée. Montrez que vous êtes plus fort que ces cauchemars, ne les laissez pas altérer votre esprit.

- Et si je n’y parviens pas ? rétorqua durement Cullen, les poings serrés.

- Vous y parviendrez Commandant, asséna Cassandra d’un ton catégorique, il faut seulement que vous vous accordiez plus de crédit. Vous ne pouvez pas baisser les bras à chaque difficulté ! Si vous doutez, n’oubliez jamais que Kirkwall aurait sombré sans vous ». Son ton se radoucit alors qu’elle prononçait ces derniers mots. Elle allait quitter la pièce quand elle se ravisa afin d’ajouter :

« Vous devriez aller lui parler, même si Joséphine est une médiatrice de talent, je doute qu’elle parvienne à convaincre Lavellan que vous n’avez aucune animosité à son égard.

- Vous avez sans doute raison » répondit le Commandant en soupirant. Il n’était pas très envieux d’être de nouveau confronté à la Messagère après cet épisode.


Il resta un moment seul dans la salle du Conseil. Il s’en voulait. Il y a à peine quelques semaines il se disait que Lavellan était l’exemple parfait illustrant à quel point il avait pu être fermé d’esprit quant aux mages. Et maintenant il lui reprochait quelconque complot visant à placer les apostats à leur tête ! Il prit sa tête dans ses mains et rassembla ses esprits « Je ne suis plus le templier ivre de colère du Cercle de Férelden » se répétait-il inlassablement. Il releva la tête, le soleil commençait à disparaître derrière les Dorsales de givre, donnant une légère teinte rosée aux montagnes. Le Commandant quitta alors la salle du Conseil et traversa la Chantrie d’un pas décidé. Il ne pourrait s’y dérober, il devait des excuses à la jeune femme.


Il la trouva chez elle, l’elfe avait regagné sa petite habitation après avoir passé un bon moment avec Dorian. Même si elle n’avait pas oublié l’altercation dans la salle du Conseil, le mage avait su lui redonner le sourire. Il ne la trompait pas, cette arrogance ne pouvait être qu’une façade. Pourquoi aurait-il pris le temps de lui changer les idées sinon ? Elle vint lui ouvrir, une tasse de thé dans la main, et ne put cacher son étonnement quand elle le vit sur le pas de la porte. Le visage de Mithraël se ferma. Cullen prit alors la parole :


« Veuillez m’excuser pour mon comportement de tout à l’heure Messagère, ce n’était absolument pas justifié et plus que déplacé. Vous n’avez plus à prouver votre bonne volonté ni votre implication dans notre cause. L’ex-templier a parlé, ça ne se reproduira plus » déclara-t-il d’une traite.

L’expression de Mithraël se radoucit, non sans cacher un certain étonnement. Elle s’attendait à tout sauf à cela. Bien sûr elle avait eu du mal à croire Joséphine quand celle-ci était venue plaider le malentendu, mais elle pensait que le sujet était clos à présent. Pourtant il était bien là, devant elle, avec sa mine désolée. Il semblait sincère, et la jeune femme n’était pas d’humeur belliqueuse. Il valait mieux faire table rase, d’autant plus qu’il était son chef théoriquement. Elle sourit et l’invita à entrer :

« Je vous offre un thé ? » proposa-t-elle. C’est tout ce qu’elle avait trouvé à répondre et elle s’en maudissait déjà. Cullen sembla hésiter. Il allait encore en entendre pendant des semaines dans les baraquements… Mais refuser serait mal venu. Le Commandant souhaitait réellement convaincre la jeune femme qu’il n’avait pas de griefs à son égard. Il finit donc par accepter :

« Avec plaisir Lavellan » et il entra. Elle l’invita à s’assoir à la petite table en bois qui trônait au milieu de l’unique pièce de la maisonnette. La jeune femme allait remettre de l’eau à bouillir et le rejoignit. Un silence gêné s’installa, c’est elle qui le rompit :

« Je vous dois également des excuses Commandant, je n’aurais pas dû vous parler sur ce ton, je n’étais pas à ma place ». Elle jouait nerveusement avec le brassard cabossé de son armure qui était posé sur la table. « Il faut qu’Harrit regarde à cela » se dit-elle. Un loup l’avait prise par surprise durant l’une de leurs expéditions. Elle s’était protégée de ses bras, il avait mordu à pleines dents dans son brassard avant de récolter un jet de flammes dans le museau.

Cullen ricana : « Lavellan, je vous accuse de faire partie d’un complot et vous trouvez encore le moyen de vous excuser ? Vous n’êtes pas une simple recrue, ce n’est pas pour rien que vous prenez part aux décisions durant les Conseils. Ce n’est pas grâce à votre marque, mais grâce à vos actes. Vous avez notre entière confiance. Nous sommes égaux, donc si vous avez envie de me maudire pour ce que j’ai dit, ne vous gênez pas. »

Ce fût au tour de la jeune femme de ricaner, elle adressa un regard menaçant au Commandant : « Je vais donc réfléchir à un moyen de vous faire regretter vos paroles ». Voyant le regard interloqué de Cullen, elle s’empressa d’ajouter : « Je plaisantais.

- Oh, désolé, j’ai parfois du mal avec le second degré » avoua-t-il.

Le thé était prêt. La jeune femme servit le Commandant avant de remplir sa propre tasse. Ce dernier l’observa alors qu’elle soufflait machinalement sur son breuvage. Elle plaça une mèche de cheveux derrière son oreille, dévoilant une longue et fine cicatrice. Elle partait de sa pommette et terminait sa course à la base de l’implantation de ses cheveux ébène, juste au-dessus de son oreille. Il l’avait déjà remarquée bien sûr, difficile de passer à côté lorsque la jeune femme nouait ses cheveux. Curieux et à court d’idées quant à relancer la conversation, il demanda :

« Comment avez-vous hérité de cela ? » Il traça le chemin de la cicatrice sur sa propre joue.

La jeune femme porta par réflexe ses doigts sur la balafre et sourit tristement :

« C’est une longue histoire, et pas des plus gaies j’en ai peur.

- J’ai tout mon temps » répondit Cullen, désireux d’en apprendre plus sur la jeune femme. Il se rendait compte que mis à part le fait qu’elle soit une mage et ses origines elfiques, il ne connaissait rien de la Messagère. Le Commandant se rendit compte qu’elle était très douée pour faire parler les gens sans se dévoiler elle-même, en témoignait leur conversation quelques semaines auparavant. Il se doutait néanmoins que cela n’était pas par mauvaise intention mais seulement par pudeur. Lui-même ne parlait pas de son passé, il ne pouvait lui en vouloir de faire de même. Cullen attendit patiemment qu’elle prenne la parole, mais la mine triste de Lavellan lui fit regretter d’avoir posé cette question.


Alors elle lui raconta l’épisode du bandit, la tristesse de ses parents lorsqu’ils découvrirent son don magique et son transfert dans un autre clan car le sien avait déjà son quota de mages. Elle ne voulut pas s’étendre sur le sujet de peur de l’ennuyer. Elle termina son récit en disant :

«  Je pense que les enfants abandonnés à leur sort à cause de leurs pouvoirs seraient bien contents de trouver les templiers sur leur chemin plutôt que d’aller à une mort certaine. Je ne sais pas si vous étiez au courant, mais c’est ce qui s’est passé pour Minaerve. Les Cercles ont leurs défauts, et j’ai l’impression que chacun et géré différemment. Le concept est à revoir, mais c’est toujours mieux que d’être abandonné pour quelque chose que l’on n’a pas choisi.

- Vous avez sans doute raison. Les Cercles sont plus que perfectibles mais ils ont été comme une nouvelle famille pour bon nombre de mages. Je n’étais pas au courant des … pratiques des elfes dalatiens à leur encontre. Désolé d’avoir fait remonter de douloureux souvenirs.

- J’ai beau m’appeler Lavellan, je n’oublierai jamais d’où je viens réellement. Ne vous en faites pas Commandant, il est de toute évidence difficile d’oublier quand une balafre traversant la moitié de votre visage vous le rappelle tous les matins à votre réveil, dit-elle en riant. Elle ne voulait pas paraître plus pitoyable, et encore moins devant lui.

- Ceux qui s’attardent dessus sont des imbéciles » rétorqua Cullen. « Par le Créateur », avait-il vraiment dit ça tout haut ? Gêné, il concentra toute son attention sur sa tasse, fuyant le regard de la jeune femme. Mithraël fut surprise, mais pas moins embarrassée, elle répondit tout de même dans un murmure :

« C’est .. gentil Commandant. « Gentil ? Tu n’avais pas d’autre mot que « gentil  ? » l’invectiva une petite voix dans sa tête.

- Je ferais mieux d’y aller, dit-il brusquement, j’ai encore des choses à faire. Joignant le geste à la parole, il se leva.

- Bien sûr » répondit la jeune femme. Elle se leva à son tour pour le raccompagner à la porte.

« Merci pour le thé Lavellan.

- Au plaisir Commandant, juste une dernière chose … Elle hésita. Pourriez-vous éviter de raconter cette histoire ? Je ne doute pas que Léliana ou Joséphine soient déjà au courant, ajouta-t-elle précipitamment. Seulement, je ne souhaite pas susciter la pitié. Trop de gens prennent des gants avec moi avec ce pseudo-titre de Messagère pour en rajouter avec cela ». Elle baissa la tête, un peu honteuse d’avoir à demander ça.


Sa demande ne surprit pas Cullen. Il se tourna vers elle. Petite, on pourrait presque dire frêle et le sort du monde reposait en grande partie entre ses mains. Du moins, sur sa main gauche. Bon nombre auraient déjà explosé, mais elle était calme. Bon nombre se seraient sentis supérieurs à tous avec un tel pouvoir, mais elle demeurait humble. Le Commandant la respectait pour cela et en un sens elle leur facilitait grandement la tâche. Il comprenait comment elle parvenait à rassembler des volontaires, recruter des agents ou même obtenir le soutien de nobles. Quand elle vous regardait avec ses grands yeux pâles, déterminée à obtenir ce qu’elle souhaite mais également chaleureuse et bienveillante, on ne pouvait que désirer se rallier à sa cause. Lui croyait déjà en l’Inquisition, mais il commençait également à croire en leur Messagère.


« Je n'en parlerai pas, promit-il

- Merci » murmura-t-elle avec soulagement

Il lui sourit en retour avant de repartir vers la Chantrie.


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Zevran


« Pourquoi rouge ?  demanda soudain Zevran avec grand intérêt.

Ils chevauchaient côte à côte sur la route Impériale, Hatchi sur leurs talons. Ils avaient passé Val Forêt et par conséquent, ils devraient bientôt quitter la grande voie. L’accès était très fréquenté. Leur petite troupe passait donc inaperçue au milieu des marchands, messagers, détachements de soldats, … Mais l’assassin était sur le qui-vive. Si parfois emprunter les axes bondés, au milieu de la foule, pouvait se révéler meilleure cachette qu’essayer de se soustraire à la vue de tous, il était nécessaire de rester sur ses gardes. Il était loin d’être le seul à avoir cette idée, c’était certain. Il jaugeait chaque convoi qu’ils croisaient, discrètement. Milva avait quitté Dénérim depuis longtemps déjà, son absence devait soulever des interrogations et des mesures avaient sans doute été prises. La jeune femme ne craignait pourtant pas Dénérim, elle avait confié à Zevran qu’elle appréhendait surtout la réaction de Weisshaupt : « Ils ne nous portent déjà pas dans leur cœur depuis qu’ils ont appris que l’on avait tous les deux survécu à la mort de l’Archidémon… Je n’ose imaginer leur réaction s’ils apprenaient l’objet de ma quête ». Par excès de zèle, ils avaient quelque fois quitté la route pour se cacher plusieurs jours afin de semer d’éventuels espions. Ils progressaient donc lentement.


La Garde sourit : « Parce que cela attire le regard sur mes cheveux, et non mon visage » répondit-elle. « Pourquoi me poser cette question seulement maintenant ? » s’enquit-elle.

Ce fût au tour de l’assassin de sourire : « Simple curiosité ». Il fronça néanmoins les sourcils : « Cela attire peut-être le regard sur vos cheveux, mais j’ai envie de dire que cela capte tous les regards à vrai dire ! Est-ce bien prudent ?

- Nous n’avons eu aucun problème jusqu’à présent non ? N’était-ce pas vous qui prôniez « Parfois il faut se montrer pour mieux se cacher » ? » répliqua-t-elle en tentant d’imiter l’accent antivan de son camarade.

Il répondit par un rire musical : « Il va falloir travailler cet accent ! Je dois néanmoins admettre que vous n’avez pas tout à fait tort ».

Il s’inclina du haut de son hongre.
La jeune femme fit alors une moue satisfaite. Il réprima un sourire, elle adorait avoir le dernier mot. Les deux compagnons continuèrent ensuite leur route en silence.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyVen 13 Fév - 22:56

Chapitre 5 : L'Ancien


Mithraël


Deux semaines s’étaient écoulées depuis l’annonce de l’alliance de l’Inquisition avec les mages. Et elles n’avaient pas été de tout repos. Entre assigner des quartiers aux nouveaux venus, régler les conflits mages/templiers –Cassandra allait vraiment finir par embrocher quelqu’un- et préparer l’expédition vers la Brèche, Darse bouillonnait d’activité. Ils s’étaient ensuite mis en route pour le Saint temple cinéraire, Mithraël, Cassandra et Solas en tête de la délégation de mages. La zone avait depuis longtemps été nettoyée de tous ses démons grâce aux soldats du Commandant Cullen, le court voyage s’était donc déroulé sans encombre. Puisant une énergie nouvelle grâce aux réserves des mages, Mithraël était parvenue à sceller la Brèche une bonne fois pour toutes ! Bien que le ciel semblait conserver une cicatrice. C’est avec un sourire sur chaque visage que le petit groupe était redescendu à Darse. Tout le monde était bien sûr au courant de leur réussite, une grande balafre verte qui disparaît des cieux, difficile de le manquer !


Soldats, pèlerins, habitants, … Tous riaient, dansaient autour des feux, buvaient. L’ambiance était à la fête. Cassandra et Mithraël les regardaient d’un air bienveillant. L’elfe commençait à réellement apprécier la guerrière et son franc-parler. Pourtant au vu de leur première rencontre, ce n’était pas gagné ! Les deux femmes discutaient de l’avenir de l’Inquisition quand l’alerte fut donnée. Cullen était accouru vers elles « Une armée marche sur nous ! Aux portes ! ». Le temps d’ordonner aux habitants de se réfugier dans la Chantrie et de mobiliser les soldats, Mithraël et Cassandra avaient rejoint le Commandant aux portes du village. Aucune bannière, aucune demande de négociation, l’armée marchait pour les détruire. Un jeune homme étrange, nommé Cole, leur avait appris que les templiers marchaient sur eux et qu’ils étaient menés par « L’Ancien » et son premier lieutenant, Samson. Cullen avait pali, il connaissait Samson : « Darse n’est pas une place forte Lavellan, il nous faut contrôler le champ de bataille. Gardez les trébuchets en état de marche aussi longtemps que possible et repoussez les troupes, c’est notre seul espoir ». Il marqua une pause : « Je vous envoie tous les hommes possibles. Quant à moi je vais coordonner l’évacuation du village et rassembler tout ce qui peut l’être dans la Chantrie ».


Entourée de ses compagnons et des soldats de l’Inquisition, elle avait exécuté les ordres du Commandant. Leurs forces étaient ridicules à côté de l’armée qui marchait sur eux, mais grâce aux trébuchets, ils provoquaient des glissements de terrain et avalanches qui ralentissaient la progression du plus gros des troupes. De ce fait, les ennemis arrivaient par vagues et il était plus facile de les contenir, même s’ils étaient à trois voire quatre contre un. Les mages les avaient rejoints, mais ils se battaient contre des templiers. Des templiers aux pouvoirs hallucinants. Leurs yeux étaient emplis de la même lueur rouge que celle de ses compagnons lorsqu’elle les avait retrouvés sous l’emprise du lyrium corrompu durant son voyage temporel. Cette substance semblait avoir démultipliée leur capacité à entraver toute magie.  Mithraël ordonna alors aux mages incapables de combattre avec autre chose que leur bâton de battre en retraite et protéger les réfugiés. Elle alla attraper un arc et un carquois dans le dépôt d’armes de la forge. Son entraînement de chasseur était loin à présent, mais pas question d’abandonner ses amis ni ses hommes ! Elle se plaça aux côtés de Sera et Varric et décocha ses flèches aussi vite que possible « Vous êtes pleine de ressources Lavellan ! » l’avait accueillie le nain. Iron Bull tenait ses adversaires en respect grâce à sa hache de guerre et défendait les trébuchets vaille que vaille, Cassandra et Blackwall sur ses flancs. Dorian, Solas et Vivienne profitaient que les guerriers et archers déstabilisent les templiers, rompant leur pouvoir de courts instants, pour recharger les barrières de protection sur les engins de siège et les soldats. Une partie de l’armée ennemie avaient été ensevelie sous les micro-avalanches déclenchées dans la vallée grâce aux armes de siège. Mais un gros contingent était toujours en marche. L’espoir se lisait tout de même à nouveau sur les visages.


C’est alors qu’il était apparu. Ils entendirent d’abord un rugissement terrifiant provenant des cieux, puis un feu rouge vif ravageait l’un des trébuchets. Une lueur mauvaise brillait dans les yeux du dragon pourpre. La bête amorçait une nouvelle approche, volant au ras du sol, balayant les soldats sur son passage. « Retraite ! » hurla Mithraël. Les soldats ne se le firent pas dire deux fois. Que pouvaient-ils contre un Archidémon ? Ils se ruèrent à l’intérieur du village, courant vers la Chantrie. C’était le seul bâtiment qui pouvait résister aux flammes du monstre. La jeune femme vérifia qu’ils ne laissaient personne en arrière et ferma les portes avec l’aide de Bull et Blackwall avant de gagner à leur tour l’édifice religieux.

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen26


« Je ne l’aime pas. Il est très en colère contre elle, elle lui a pris ses mages » déclara Cole d’un ton calme et lointain alors qu’il soutenait le Chancelier Roderick. L’homme était très mal en point, il avait voulu s’interposer entre un Venatori et un réfugié et avait hérité de vilaines blessures.

« Vous ne l’aimez pas » s’étrangla Cullen, incrédule. Messagère ! Il accouru vers elle en la voyant entrer. « Nous sommes en mauvaise posture, ce dragon nous a fait perdre tout le temps que vous aviez pu gagner. Il va ravager le village »

« Ce n'est pas Darse qu'il veut, c'est elle annonça Cole de son ton toujours particulier en pointant la jeune femme du doigt. Ses grands yeux pâles fixaient Mithraël, mais elle ne savait décrire l’expression qu’arborait le visage du jeune garçon.

- Si des vies peuvent être épargnées, il peut m’avoir ». Elle n’avait pas hésité une seule seconde. Une vie contre des centaines d’autres ? Il n’y avait pas matière à réflexion.

- Cela ne sauvera personne, il détruit tout sur son passage. Il ne s'arrêtera pas à vous. répondit l’étrange jeune homme.

- Messagère, il n’y a plus de stratégie à présent. La seule façon d’arrêter cette armée et d’utiliser le trébuchet encore en état de fonctionnement pour déclencher une énorme avalanche et tout ensevelir, intervint Cullen.

- Et enterrer Darse et tous ceux qui s’y trouvent ?

- Il n’y a pas d’issue, nous mourrons de toute façon, mais nous pouvons au moins choisir comment et porter un dernier coup fatal à l’ennemi… Cullen semblait résigné.

- Le Chancelier connaît un chemin, les coupa Cole, il connait un chemin à travers la montagne.

- C’est … un vieux passage que plus personne n’empruntait. Avec la mort de tous les hauts représentants religieux au Conclave, je dois être la seule personne encore au courant de son existence ». Il marqua une pause, sa voix était très faible, on voyait qu’il puisait dans ses dernières forces pour parler « Elle a dû me le montrer, Andrasté a dû me le montrer afin que je puisse vous aider ». « Si ce seul souvenir peut tous les sauver, cela ne peut être un accident … Vous devez être plus qu’un accident … ». Mithraël se tourna vers le Commandant :

« Allez-y, je vais… le distraire

- Et l’avalanche ? Comment allez-vous nous suivre ? ».

La jeune femme resta silencieuse et adressa un sourire à Cullen, ce dernier comprit :

« Messagère… Vous n’êtes pas forcée…

- Cullen, elle ne l’avait jamais appelé par son prénom avant, si c’est notre seule chance pour que les survivants à l’attaque en réchappent, alors il faut la saisir ».

Il était désarmé. Elle avait raison, il le savait, mais il ne le voulait pas. Il ne voulait pas l’envoyer seule comme appât, cela lui était intolérable. Il fit un pas dans sa direction mais elle l’arrêta :

« Ma décision est prise Commandant, quoique vous puissiez dire

- Si c’est ainsi que cela doit se terminer, alors je prierai pour vous » lui dit le Chancelier. Elle s’inclina en guise de remerciement. La jeune femme se dirigea alors vers les portes alors que Cullen ordonnait à tout le monde de suivre Roderick, soutenu par Cole. Le Commandant la rattrapa avant qu’elle ne franchisse la porte :

« Le reste de son armée est trop loin pour atteindre Darse, la voie devrait être libre jusqu’au trébuchet mais c’est sans compter le dragon … Distrayez-le jusqu’à ce qu’on vous envoie le signal, une flèche enflammée, provoquez l’avalanche et… Et revenez-nous ». Il essayait de se convaincre lui-même qu’elle puisse en réchapper, il voulait réellement y croire. « Cela ne devait pas se passer comme ça… ». Maintenant que la Brèche était fermée, il avait l’impression de se débarrasser d’elle comme d’une épée qui n’avait que trop servi. La jeune femme mit fin à ses sombres pensées :


«  Si cette chose me veut, elle devrait me mériter » rétorqua la jeune femme dans un sourire avant de franchir les portes. Elle se ravisa, retourna vers le Commandant, décrocha son bâton de mage de son dos et lui tendit : « Gardez le pour moi, il ne me sera d’aucune aide là-bas, vous me le rendrez une fois tout cela terminé ». Et elle partit. Mithraël ne croyait pas particulièrement en sa survie. Elle espérait seulement qu’un peu d’optimisme allait convaincre Cullen.


En réalité elle était terrifiée. Complètement terrifiée. Mais elle n’avait pas le droit d’abandonner maintenant. Elle se fit une raison « Une vie pour des centaines d’autres » se répétait-elle. N’était-ce pas ce pourquoi elle voulait œuvrer ? N’était-ce pas ce pourquoi elle avait pris le symbole de Mythal, la protectrice ? Alors qu’elle avançait à travers le village en flammes, sur ses gardes, ses pensées allèrent vers ses parents. Elle se demandait comment auraient-ils réagi à tout cela, à ce qu’elle était devenue. L’elfe murmura ensuite à l’adresse de Falon’Din, l’ami des morts : « Ma ghilana mir din’an ». Puis elle se ressaisit, ce n’était pas encore fini. Elle avait une dernière mission à accomplir. Ne voyant pas de Venatori à l’horizon, elle accéléra sa course vers le trébuchet. Une fois aux côté de l’engin de siège, elle se stoppa net. « C’est trop facile » murmura-t-elle pour elle-même. Le sol trembla. Elle fit volte-face et encocha une flèche. Venu d’elle ne savait où, un immense templier lui faisait face. Enfin un templier… C’était plutôt un monstre qui n’avait plus rien d’humain. La chose ressemblait plus à un amas de cristaux de lyrium rouge qu’à un homme. Il faisait au moins deux fois la taille de la jeune femme, une énergie malsaine se dégageait de tout son « corps ». Elle était partagée entre horreur et incompréhension, comment pouvait-on en arriver là ? Mais elle n’eut pas le loisir de réfléchir plus avant.

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Denam_10

Mithraël s’éloigna le plus possible du trébuchet, c’était la seule chance de salut des membres de l’Inquisition, elle ne pouvait pas permettre qu’il soit détruit. Le monstre était à une bonne trentaine de pas, ce qui permit à la jeune femme de lui décocher plusieurs traits avant qu’il ne soit sur elle. Cependant les flèches ne semblaient pas l’impacter outre mesure, rebondissant sur les cristaux de lyrium pour la plupart. Il se stoppa à distance respectable, la jeune femme allait envoyer un nouveau trait lorsqu’elle fut projetée en arrière. Un cristal de lyrium rouge venait de surgir du sol sous ses pieds, l’envoyant voler plus loin. Elle atterrit lourdement sur le dos. Une douleur intense irradiait de son épaule à sa hanche gauches, qui avaient été percutées de plein fouet par le cristal. Mais Mihtraël se releva tant bien que mal car la chose lui fonçait dessus à présent. La jeune femme lâcha son arc, prit appui sur le sol et bondit à la rencontre du templier en dégainant ses dagues. Elle avait pris le temps de s’en équiper, sachant que la magie ne lui serait probablement d’aucune aide. Mais elle n’avait pas un entraînement d’assassin. Elle n’était pas assez rapide. Le monstre la balaya d’un revers de son bras, elle put seulement enfoncer une dague juste au-dessus de son plastron avant d’être violement repoussée. L’elfe parvint à atterrir à peu près correctement malgré le coup qui la faisait néanmoins souffrir. La chose semblait avoir été blessée par la dague car elle poussa un hurlement de rage.


La douleur semblait se propager dans tout son corps mais l’adrénaline du combat lui permettait de passer outre, pour le moment. Elle savait cependant qu’elle ne tiendrait pas longtemps dans ces conditions. Sans sa magie, elle n’avait pas l’entraînement nécessaire pour soutenir le combat avec des armes conventionnelles. D’autant plus qu’elle avait laissé son arc à plusieurs pas de sa position, inaccessible, et qu’il ne lui restait qu’une malheureuse dague. « Réfléchis Mithraël, réfléchis » s’ordonna-t-elle. Puis elle sourit. Mais quelle idiote de ne pas y avoir pensé avant ! Elle tâta sa ceinture, elles étaient bien là : ses grenades. Elle remercia silencieusement Sera et Adam pour les lui avoir préparées « Faut pas faire n’importe quoi avec ces choses-là vous savez » l’avait prévenue l’archère, « Mais ça peut vous sortir de situations foutrement désespérées ! ». Justement, c’était une situation désespérée. Mithraël ne les avaient jamais essayées auparavant de peur de blesser un compagnon, mais à présent elle était seule. Elle espérait seulement qu’elle réussirait à atteindre sa cible. La jeune femme dégagea deux flacons de poix de sa ceinture et les lança de toutes ses forces. Ils allèrent s’exploser contre la tête et le plastron du monstre. Ce dernier se stoppa, comme s’il était surpris. La jeune femme en profita pour lancer un flacon rougeâtre, le « Feu Antivan », et le résultat ne se fit pas prier. L’explosion fut telle que Mithraël dut battre en retraite à quelques pas de là. Des fragments de cristaux s’étaient arrachés du monstre qui était à présent la proie des flammes grâce à la poix qui le recouvrait. Il hurlait, grognait, mais était toujours debout et regardait l’elfe d’un œil dément. Lentement, il se remit debout et commença à avancer vers elle. N’ayant plus de grenades, elle balaya du regard la zone et ses yeux s’arrêtèrent sur les balistes derrière elle. L’une d’entre elle était armée et parfaitement orientée. L’elfe ne réfléchit pas deux fois, profitant de la faiblesse de son adversaire, elle s’élança vers les engins, prit une épée sur le cadavre d’un soldat et trancha la corde. Le trait traversa le monstre de part en part et la puissance de tir le fit reculer sur plusieurs pas. Il sembla d’abord tenir bon, mais, après un dernier grognement, il s’effondra enfin. La jeune femme était épuisée, mais elle trouva la force de se traîner vers le trébuchet et au prix des véhémentes protestations de tous ses muscles. Elle parvint à tourner la manivelle afin de l’orienter vers une des plus hautes montagnes des Dorsales. Une épaisse couche de neige recouvrait le pic, elle espérait que cela allait être suffisant pour ensevelir l’armée en marche. Par chance, le trébuchet était lui aussi armé. Elle se doutait néanmoins qu’il fallait plus de temps aux autres afin de sortir de Darse. Les survivants étaient nombreux et organiser leur fuite ne devait pas être aisé.


Un cri glaçant déchira les cieux. L’Archidémon revenait sur elle. La jeune femme s’éloigna de l’arme de siège afin que les jets de flammes rouges ne l’atteignent pas. Les templiers étant encore à bonne distance, elle put utiliser sa magie et envoya de maigres boules de feu vers le dragon pour détourner son attention du trébuchet. Ses réserves étaient presque épuisées avec la fatigue. Heureusement il lui restait une potion de lyrium qu’elle avala rapidement avant de courir en direction de la forêt afin de se mettre à couvert sous les arbres. Seulement la bête enflamma la lisière des bois, lui coupant toute retraite. Elle allait faire demi-tour mais l’Archidémon atterrit devant elle. La jeune femme savait qu’elle n’avait aucune chance contre la bête, surtout après le combat qu’elle venait de mener. Elle était résolue, mais elle ne faillirait pas. L’elfe se redressa avec défi et soutint le regard du dragon. Elle ne bougea pas d’un pouce lorsqu’il hurla, approchant sa gueule comme s’il allait la dévorer. La jeune femme puisa dans ses réserves afin de former une barrière de protection autour d’elle. Il fallait qu’elle gagne du temps. Mais une voix retentit derrière elle :


« Assez »


Le dragon recula instantanément et ne montra plus aucun signe d’hostilité. Mithraël se retourna. Il était grand, peut être deux fois sa taille également. Son visage était émacié et des cristaux de lyrium semblaient sortir de sa joue gauche. Ses yeux étaient sombres et cruels. Son torse… enfin ce qui semblait être un torse car il s’agissait de lambeaux de chair recouvrant des cristaux de lyrium en réalité, n’était pas couvert. Il portait une sorte de pagne autour de sa taille. L’Ancien avançait vers elle, et elle était comme pétrifiée :

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« Vous jouez avec des forces qui dépassent votre entendement, cela a assez duré » sa voix était profonde, grave et lointaine. La même que dans la vision qu’elle avait eue au Saint temple cinéraire. La jeune femme se ressaisit, « Gagne du temps » s’intima-t-elle, et demanda d’un ton de défi :


« Pourquoi faites-vous cela ? Qui êtes-vous ?

- Les mortels aspirent à une vérité qui les dépassent, elle va bien au-delà de ce que vous êtes, de ce que j’étais. Apprenez à me connaître, à connaître ce que vous faites semblant d’être. Louez l’Ancien, Corypheus, l’incarnation même de la volonté. Et vous vous agenouillerez »

La jeune femme garda son sang-froid :

« Je ne cèderai pas !

- Vous résisterez toujours, ça n’a pas d’importance, dit-il d’un ton las, je suis là pour l’Ancre. Que le processus d’extraction commence ! »

Il tenait une orbe dans sa main aux longs doigts crochus. Une puissante magie s’en dégageait, Mithraël pouvait la sentir jusqu’au plus profond d’elle-même. Sa marque se mit à crépiter comme lorsqu’elle était près d’une faille. Puis des détonations suivirent. Et la douleur… Elle se retint de crier. Elle ne lui laisserait pas ce plaisir.

« C’est de votre faute Messagère, vous avez interrompu un rituel prévu depuis des lustres. Et au lieu de mourir, vous l’avez détourné de son but. J’ignore comment vous avez survécu, mais cette marque que vous portez, celle qui vous utilisez pour fermer les failles, je l’avais initialement créée pour attaquer les cieux ». Nouvelle détonation, Mithraël grimaça de douleur mais ne laissa aucun son sortir de sa bouche. Elle tomba néanmoins à genoux. Et Corypheus continuait sa litanie :

« Vous avez saboté mon travail, petite effrontée ! »

La jeune femme serra les dents « Bien, un arrogant avide de pouvoir, je suis sûre qu’il va se faire un plaisir de m’expliquer en quoi il est si puissant et comment il va conquérir le monde ». Elle répliqua alors, toujours soucieuse de fournir tout le temps nécessaire aux survivants : « Donc la Divine est morte pour cela ? Pour ce chaos ?

- Ce chaos comme vous dites, va renforcer mon pouvoir. Nous n’aurons plus jamais à implorer le néant ».

Il s’avança vers elle, la saisit par le bras et la souleva de terre comme si elle n’était qu’un vulgaire bébé cochard. A cause des chocs précédents, elle crut que son épaule ne tiendrait pas. C’était une véritable torture, son esprit commençait à s’engourdir alors que Corypheus continuait son monologue :

« J’ai déjà percé l’Immatériel au nom de quelqu’un d’autre, pour servir les anciens dieux de l’Empire en personne. Je n’ai trouvé que chaos et corruption, j’ai passé un millier d’années dans la confusion totale. C’est à présent terminé ». Il marqua une pause et approcha son hideux visage de l’elfe avant de continuer :

« J’ai trouvé la volonté d’y retourner en mon propre nom, pour servir un Empire tévintide affaibli et redresser ce monde vicié. Priez pour ma réussite, car j’ai vu le trône des dieux, et il est vide ! »

La marque demeurait sur la paume de la jeune femme. Voyant cela, il la projeta contre le trébuchet sans plus de cérémonie avant d’ajouter : « L’Ancre est inaltérable, permanente et vous l’avez ruinée. Ainsi soit-il, je recommencerai à zéro. Je trouverai un moyen de donner à ce monde la nation et le dieu qu’il demande ».

C’est là qu’elle le vit, le signal. Une flèche enflammée tirée du fin fond des montagnes. « Ils ont réussi » pensa-t-elle soulagée. Il était temps d’en finir. Elle n’avait pas le loisir de réfléchir aux révélations de l’Ancien. Ce dernier avait l’air d’en avoir assez de perdre son temps à lui expliquer pourquoi le monde avait besoin de lui. Il termina par : Quant à vous, je ne saurais tolérer une quelconque rivale, aussi ignorante soit-elle, vous devez mourir ».


Vite, il fallait envoyer le projectile pour déclencher l’avalanche. Heureusement, elle avait gardé l’épée qu’elle avait trouvée sur un cadavre, elle dégaina. Corypheus partit dans un grand rire. Il lui faisait face avec un dragon à ses côtés, et elle persistait à vouloir se battre. La jeune femme lui sourit et répliqua d’un ton sarcastique : « Votre arrogance et votre orgueil vous perdront, Ancien, vous parlez trop ».

L’elfe n’avait aucune idée de comment elle avait pu se relever et soulever l’épée. La volonté ? L’instinct de survie ? Elle brisa le mécanisme d’un coup, envoyant le projectile droit sur le pic. La réaction ne se fit pas attendre, des coulées de neige dévalèrent les pans de la montagne en emportant tout sur leur passage, ensevelissant une bonne partie de l’armée de Corypheus. La rage déformait les traits de son visage alors qu’il regardait le spectacle, ce qui donna l’opportunité à Mithraël de fuir. Elle savait que c’était désespéré, mais elle n’allait pas attendre sagement que l’avalanche ne l’ensevelisse à son tour. L’Ancien ne remarqua que trop tard la fuite de la jeune femme, son dragon l’emporta alors que les coulées de neige gagnaient leur position.
Mithraël continua sa course, elle ne sut comment, ni pourquoi, mais elle se retrouva à faire une chute de plusieurs mètres. Elle perdit connaissance en atterrissant.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptySam 14 Fév - 18:40

Chapitre 6 : Le périple


Cullen


Cullen était finalement parvenu à rassembler les survivants et à former de petits groupes, chacun mené par un des compagnons de la Messagère. Dennet avait pu amener les montures et bêtes de somme qui n’avaient pas fui pendant que Lavellan et ses compagnons maîtrisaient l’affrontement. Threnn et quelques soldats avaient également remplis les charriots de vivres et de matériel. Le reste de l’armée ennemie étant loin, cela leur avait laissé le temps de s’organiser un minimum. Les plus faibles et les blessés étaient placés dans une grande roulotte, sous l’œil bienveillant de Mère Giselle et des sœurs rescapées. Le Commandant avait envoyé Harding et quelques hommes en éclaireur afin de s’assurer que le passage était bien libre et sans danger. Grâce aux instructions précises du Chancelier Roderick, ils ne se perdraient pas. Le chemin était assez étroit, c’est pourquoi il leur fallait progresser par petits groupes et par conséquent ils étaient lents. Cullen espérait que Messagère allait pouvoir leur procurer tout le temps nécessaire. Un silence de plomb régnait parmi les rangs, tous étaient au courant de la décision de Lavellan.


Blackwall avait protesté avec véhémence, témoignant de son habituelle attitude chevaleresque : « Et vous l’avez laissée partir seule ? Sans prévenir personne ? Je l’aurais accompagnée ! »

Ce à quoi Dorian avait répondu : « Elle n’aurait laissé personne l’accompagner, elle a constamment besoin de prouver son implication. Je pense qu’elle a vu là l’occasion idéale ». Son ton était morne et son regard vide.

Sera était folle : « Mais, mais c’est la Messagère ! On ne peut pas la laisser mourir ! Andrasté ne peut pas la laisser mourir pas vrai ? »

Et ça avait continué jusqu’à ce que Cullen ne les affecte à un groupe de réfugiés ou de soldats. Il s’en voulait terriblement même s’il savait que c’était la seule solution s’ils voulaient avoir une chance de s’en sortir. Léliana, Joséphine et Cassandra avaient approuvé avec gravité, mais n’avaient pas caché leur tristesse. Lavellan était l’une des leurs à présent, l’idée de la perdre était un déchirement. Cela serait également un coup dur pour l’Inquisition. Les croyants allaient finir par se détourner, voyant que la prophétesse n’avait même pas protégé sa Messagère. Cependant, l’heure n’était pas à penser à l’après. Pour le moment, il fallait mener ces gens en lieu sûr.


Il fermait la marche avec un petit groupe de soldats, chargés de s’assurer qu’ils n’étaient pas suivis et de protéger au mieux les autres si c’était le cas. Le Commandant n’avait pas pu garder le bâton de la mage. Il lui rappelait trop sa culpabilité, sans compter qu’il n’en avait pas encore terminé avec son passé. Être en contact avec un artéfact magique était au-dessus de ses forces. Il l’avait confié à Dorian, sachant le mage assez proche de Lavellan. Le tévintide l’avait accroché dans son dos, formant une croix avec le sien. Ils progressaient lentement, mais sûrement. D’après ce qu’on lui rapportait, les éclaireurs n’avaient noté aucune présence en avant, la voie était libre. Cullen les affecta alors à l’arrière, autant être prévenus avec un minimum d’avance de la présence d’éventuels poursuivants.


La plupart des groupes avaient passé le col. Ne restaient que la Charge de Bull et son propre détachement. Une fois tout le monde de l’autre côté, Cullen ordonna à la procession de descendre plus bas vers la vallée et s’arrêter en attendant le retour des éclaireurs. Ces derniers ne tardèrent pas. Harding chevauchait en tête, sa monture peinait à avancer dans la neige. Elle annonça en mettant ses mains en porte-voix afin de couvrir le souffle du vent qui se levait : « Personne à nos trousses Commandant, le dragon a atterri mais je n’ai rien pu voir d’autre ». La mine de Cullen s’assombrit, il n’osait pas imaginer la jeune femme affrontant seule ce monstre. Il ne voulait pourtant pas croire à sa mort :

« Envoyez le signal, Harding ». La naine tira une flèche enflammée dans les airs.

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen27

Ils attendirent côte à côte. Du col, ils pouvaient voir la partie des Dorsales surplombant Darse et deviner le village lui-même : avec la nuit ils ne distinguaient pas grand-chose. Rien ne se produisit. Le Commandant ordonna aux hommes restés à ses côtés de remettre tout le monde en route, l’armée allait les prendre en chasse. Il ne fallait pas traîner. Ainsi elle était morte … Il ne voulait pas y penser, il fallait s’assurer de la sécurité des autres à présent, des vivants. Il se détourna quand un grondement sourd se fit entendre :

« Commandant » appela Harding qui était restée observer « Elle a réussi ! ».

Il courut à ses côtés afin de s’en rendre compte par lui-même. Mais leur sourire s’estompa vite. L’avalanche avait certes enseveli l’armée Venatori, mais Darse également. Aucune chance pour qu’elle n’en réchappe. Cullen restait silencieux. Il pensait à ce qu’il avait dit à l’elfe quelques temps auparavant, aux accusations infondées qu’il avait proférées. Il s’était excusé, mais il doutait que cela ait été suffisant. Les paroles de Dorian résonnaient dans sa tête : « Elle a constamment besoin de prouver son implication. Je pense qu’elle a vu là l’occasion idéale ». C’était en partie sa faute, il en était persuadé. Harding interrompit ses pensées :

« C’était quelqu’un de bien, murmura-t-elle alors que les larmes lui montaient aux yeux. Toujours un mot réconfortant, une plaisanterie, mais toujours sérieuse quand il le fallait. Elle… elle va me manquer.

- Elle va nous manquer à tous » répondit le Commandant d’un ton grave.

Ils rejoignirent les autres. Cassandra vint à leur rencontre, le regard interrogateur. Cullen ne put lui dire que : « L’armée a été ensevelie… tout comme Darse » avant de reprendre « Il faut continuer notre route, nous ne pouvons établir le camp ici, le dragon est toujours là et toute l’armée n’a pas dû périr. Il lui reste sûrement des hommes qu’il n’a pas envoyés dans la vallée.

- La nuit tombe Cullen, voulut lui faire remarquer Cassandra.

- Avançons encore un peu, il faut mettre le plus de distance possible entre ce monstre et nous.

- Bien Commandant ». Elle ne fit pas d’autre remarque, et ne parla pas de Lavellan.

Ils allèrent donner les directives au groupe des survivants et tout le monde se remit en route. Le vent s’intensifiait, laissant présager un blizzard. Les fuyards ne pouvaient décidément pas s’éterniser à cet endroit. Les charriot peinaient déjà à rouler à cause de la légère couche de neige recouvrant le sol, Cullen ne préférait pas imaginer ce que cela donnerait au milieu d’une tempête de neige.

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Mithraël


Elle ne savait pas depuis combien de temps elle gisait là. Son corps n’était que souffrances. Mithraël avait atterri dans une sorte de passage souterrain qui devait jouxter avec les cellules de la Chantrie. Elle nota que la potion de lyrium faisait encore effet, cela ne devait donc pas faire longtemps qu’elle avait perdu connaissance. La jeune femme resta encore un moment sous le choc. La Brèche était peut être fermée, mais tant que cet Ancien, ce Corypheus, était dans la nature, personne ne serait en sécurité. Les souvenirs de son voyage dans le temps revinrent la hanter. « Il faut que je les rattrape » s’intima-t-elle, « Il faut que je les mette au courant ». Mais elle était faible, elle avait mal. L’elfe concentra ses forces magiques, puisant dans le lyrium, afin de mettre au point un sort de régénération. Elle oubliait parfois qu’avant de maîtriser le feu, elle maîtrisait les soins. Une douce chaleur enveloppa son corps, la débarrassant de la plupart des douleurs. Heureusement, elle n’avait pas de plaie grave qui saignait abondamment. Au prix de nombreux efforts, elle se leva et se mit en marche. Elle n’avait aucune idée du chemin à prendre, aussi elle se fia à son instinct. « D’abord, sortir de là, ensuite on avisera ».


La jeune femme marcha un long moment dans les souterrains. Elle n’avait rencontré personne. Elle progressait lentement, économisant ses forces. Des bandages ensanglantés, pièces d’armures pliées, morceaux de nourriture, … jonchaient le sol çà et là. « Ils ont dû passer par là également pour sortir de Darse », elle n’avait qu’à suivre la piste. Elle marcha encore un certain temps, elle avait dû stopper le sort de régénération afin de conserver suffisamment de mana par précaution. Néanmoins, son corps semblait avoir quelque peu récupéré. Le passage finit par déboucher sur la montagne. Par chance leur piste était toujours bien visible. Elle pourrait ainsi emprunter comme eux le sentier de Roderick. La nuit tombait à présent, elle fit apparaître une petite flamme de feu voilé dans le creux de sa main afin d’y voir clair.

***


Elle gagna finalement le col, et c’est ici que les choses se compliquèrent pour la jeune femme. Un blizzard s’installait, rendant sa progression difficile sans parler des traces qui disparaissaient au fur et à mesure qu’elle avançait. Toutefois, elle croisait régulièrement tantôt un essieu de charriot brisé, tantôt des débris d’armes. Elle gardait espoir, les objets n’étaient pas encore ensevelis sous la neige donc ils n’avaient que quelques heures d’avance sur elle tout au plus. Néanmoins la tempête finit par s’intensifier et elle eût toutes les peines du monde pour continuer. Puisant dans ses réserves de mana, elle matérialisa une sphère de protection autour d’elle. La jeune femme était consciente qu’elle ne pourrait pas maintenir le sort indéfiniment, mais elle allait s’en servir pour raccourcir le plus possible la distance entre le groupe et elle. La neige n’étant plus une entrave et grâce à une volonté de fer, elle accéléra le pas.


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Cullen


Ils avaient fini par établir un grand campement dans une cuvette. Le blizzard s’était levé mais ne les avait pas suivis jusque-là. Ils pouvaient enfin souffler après leur marche forcée. Cela faisait deux bonnes heures qu’ils s’étaient arrêtés. Le silence du camp n’était troublé que par des murmures, des gémissements de blessés voire par les bêtes qui s’ébrouaient. Les mines étaient lasses et tristes.

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Léliana et Joséphine finirent par se retirer dans leur pavillon, épuisées. Cassandra supervisait l’installation des dernières tentes des recrues et Mère Giselle s’occupait toujours des blessés. Les compagnons de la Messagère participaient également aux derniers préparatifs. Blackwall aidait Dennet avec les bêtes, les mages allumaient des feux et assistaient les sœurs avec les blessés. Varric racontait des histoires aux recrues et réfugiés autour du feu. Il fallait bien que quelqu’un leur change les esprits. Sera buvait ses paroles, la tête posée sur ses genoux qu’elle encerclait de ses bras. Cole errait çà et là, murmurant des paroles tantôt aux blessés, tantôt aux soldats. Cullen ne parvenait à cerner l’étrange garçon, ni ce qu’il était. Il ne lui faisait pas confiance donc il le tenait à l’œil. Cassandra partageait sa réticence. Le calme fut rompu par un juron proféré par Blackwall, un des destriers venaient de se faire la malle :

« Foutue bourrique ! »  grommela-t-il alors qu’il s’apprêtait à enfourcher un cheval afin de se lancer à la poursuite du fuyard. Ils n’avaient que peu de montures, ils ne pouvaient se permettre d’en perdre. Le Commandant l’arrêta :

« Laissez Blackwall, je m’en occupe ».

Il désirait s’évader un moment. Plus personne n’avait besoin de lui à présent. Tout le monde aspirait à un peu de repos. Maintenant qu’il n’avait plus rien pour lui occuper l’esprit, sa culpabilité refaisait surface. S’il s’en voulait pour Lavellan, il s’en voulait également de ne pas avoir prévu l’éventualité d’une attaque d’une telle ampleur. C’était son devoir, et il n’avait pas été à la hauteur. Il se mit en selle et poursuivit le cheval en fuite. Il se doutait que ce dernier n’irait pas loin avec la tempête qui faisait rage non loin du camp. Sa monture et lui s’enfoncèrent néanmoins dans l’obscurité, éclairés par la seule lumière de la torche de feu voilé que lui avait donnée Solas.

***


A bout de forces, Mithraël s’effondra. Avant que le mana ne quitte totalement son corps, elle concentra les restes dans l’élaboration d’une sphère de feu qu’elle suspendit plusieurs mètres au-dessus de sa tête. C’était son dernier espoir, être vue. Elle sourit ironiquement. Survivre à l’explosion du Conclave, à sa rencontre avec un monstre, un dragon, et une des premières engeances, pour finir par mourir épuisée dans une tempête de neige. « Le destin et ses facéties… ». Mais elle était en paix, elle avait pu leur donner le temps dont ils avaient besoin. La jeune femme regrettait seulement ne pas avoir pu tout leur dire concernant Corypheus. Elle avait beau essayer, son corps ne lui obéissait plus. Elle sombra dans l’inconscience et la sphère s’éteignit.

***



Il avait d’abord cru que son imagination lui jouait des tours. Il venait d’accrocher le fuyard à la selle de son destrier quand il avait aperçu une sorte de boule de feu  non loin de là. Il y avait peu de chance que l’ennemi ne signale sa position, aussi il décida d’aller voir de lui-même de quoi il en retournait. La sphère s’éteignit mais il maintint le cap. Il descendit de cheval afin de pouvoir éclairer plus avant le chemin. Cullen aperçut alors une forme recroquevillée sur le sol enneigé. Une fine pellicule de neige commençait à la recouvrir. Les flocons parsemaient ses cheveux ébène. La peau de son visage et de ses mains était beaucoup plus pâle que d’habitude, si cela était possible. Ses yeux étaient clos. Le Commandant crut encore à une hallucination. Il lâcha les rênes de son cheval. Celui-ci resta de marbre, la discipline enseignée par Dennet était ancrée chez celui-ci, contrairement à son semblable. Le chef des armées s’agenouilla auprès de la jeune femme : « Mithraël ? » appela-t-il pour couvrir le bruit du vent. Pas de réponse. Il se rapprocha, collant son oreille contre la bouche de la jeune femme et guettant de potentiels mouvements de sa cage thoracique. Le temps semblait suspendu alors qu’il épiait le moindre signe de vie. A cause du vent, il ne pouvait sentir son souffle. Mais il le vit, presque imperceptible, un mouvement lent et saccadé. Elle respirait. « Elle est vivante ». Elle avait essayé de les rattraper et ils étaient persuadés de sa mort. Ils n’avaient même pas envoyé un détachement au cas où elle aurait pu en réchapper. Cullen chassa ces pensées, il aurait tout le loisir de se blâmer quand il l’aurait ramenée à l’abri.


Elle était gelée, bien entendu, et trempée. Gêné, il entreprit de lui ôter la première couche de son armure de mage avant de l’envelopper dans son manteau. Au moins cette maudite fourrure allait servir à quelque chose ! Il accrocha l’armure sur la bête qui avait fui et se hissa sur sa monture, la jeune femme sur son épaule. Elle était tellement légère, tellement frêle qu’il avait peur de la briser. Cullen l’installa ensuite devant lui afin de pouvoir la maintenir tout en menant son cheval. Il retourna vers le camp, ne réalisant pas vraiment qu’il avait retrouvé la Messagère en vie. Son esprit était confus, partagé entre la culpabilité et le soulagement. Le Commandant resserra son étreinte inconsciemment, comme s’il craignait de la perdre à nouveau.

***


Le ballotement de la marche du cheval réveilla ses douleurs et la tira de son inconscience. Persuadée qu’elle entamait son voyage vers le monde par-delà le voile avec Falon’Din, elle se força à entrouvrir les yeux. Elle voulait voir à quoi ressemblait l’Ami des Morts. La jeune femme aperçut seulement des gants de cuir épais surmontés de brassards d’acier. Son esprit était embrumé, elle n’avait même pas remarqué qu’elle était emmitouflée dans la cape du Commandant. Elle tourna légèrement la tête, la fourrure lui chatouilla le nez mais elle n’y prêta pas attention. Son regard croisa celui de Cullen, surpris de la voir reprendre connaissance. Mithraël afficha un léger sourire, persuadée qu’elle se rendait dans l’au-delà : « Falon’Din est bien aimable de me faire quitter ce monde en prenant l’aspect du beau Commandant » murmura-t-elle avant de re-sombrer. Les joues de Cullen virèrent au rouge vif, elle était en plein délire, assurément, pensait-il. Il se demandait néanmoins qui pouvait être ce Falon quelque chose quand le campement fut en vue.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptySam 21 Fév - 11:55

Chapitre 7 : Une journée à Fort Céleste




Mithraël



Les moments de calme étaient rares pour l’Inquisitrice. L’installation à Fort Céleste n’avait pas été de tout repos. Ses gens avaient été exténués après leur marche à travers les étendues enneigées. Aussi, il avait fallu assigner des quartiers à tout le monde au plus vite et commencer à restaurer le bastion. D’autant plus que les réfugiés et nouvelles recrues affluaient encore des semaines après la découverte du  Fort. Tout le monde devait être logé, et dans de bonnes conditions ! Des rondes et des expéditions dans les alentours avaient été menées afin d’explorer et sécuriser au maximum la zone. La destruction de Darse était encore dans tous les esprits, ils avaient perdus des soldats, des ouvriers, des frères, pères, mères, sœurs, amis, … Cela ne devait pas se reproduire. Si Corypheus tentait une nouvelle attaque, ils devaient être prêts à le recevoir. A peine remise physiquement du long périple, Mithraël avait été nommée Inquisitrice. Elle n’arrivait toujours pas à se faire à ce titre. Une elfe, mage qui plus est, à la tête de l’Inquisition ? Et toutes ces personnes qui étaient à présent plus que convaincues qu’elle était la Messagère d’Andrasté … que c’était cette dernière qui l’avait sauvée de l’avalanche.


Elle avait beau faire son possible pour temporiser ces rumeurs, les gens voulaient y croire. De son point de vue, Mithraël avait simplement eu de la chance, ou Mythal la protectrice avait eu pitié d’elle. Toujours est-il qu’elle ne parvenait pas à se familiariser avec son nouveau titre. De plus, ses compagnons ne l’appelaient plus par son nom ou prénom mais lui donnait du « Inquisitrice » à tout bout de champ, creusant un fossé autour d’elle. Elle ne voulait pas de ça. Elle endosserait son rôle et ses responsabilités, puisqu’il en fût décidé ainsi, mais elle ne permettrait pas que l’on élève à un rang supérieur sous prétexte qu’elle avait une chance inouïe, ou la « poisse divine » comme dirait Varric.


Heureusement, certains de ses proches comme Dorian la traitaient toujours de la même façon. Certes il l’appelait « Inquisitrice » comme le voulaient les convenances, mais ne gardaient pas cette attitude protocolaire sous prétexte qu’elle était dans les environs. Elle lui en était reconnaissante. D’ailleurs, c’est en sa compagnie qu’elle savourait un moment de calme, loin du tumulte des baraquements et des débats de l’état-major. Elle songeait d’ailleurs sérieusement à faire descendre son lit dans la salle de réunion du Conseil au vu du peu de temps qu’elle passait dans ses quartiers. Cette idée l’amusa, elle imaginait Joséphine lui résumant divers traités à la lumière d’une chandelle pendant qu’elle-même sombrait dans un profond sommeil sous la douce musique de l’accent antivan de l’ambassadrice. Ou encore Léliana lui murmurant à l’oreille quelque complot découvert par ses espions tout en lui souhaitant une bonne nuit. Et Cullen… elle chassa cette pensée dans sa tête, non sans sourire.


« Vous comptez jouer avant la tombée de la nuit Inquisitrice ? Non pas que je m’ennuie, loin de moi cette idée, mais si au moins vous pourriez converser avec moi plutôt qu’avec vous-même. En plus ça avait l’air d’être drôle au vu de votre sourire ! Faites-moi partager je vous prie ». Après sa tirade, Dorian se réinstalla confortablement au fond de son fauteuil et encouragea Mithraël du regard avec un sourire charmeur dont lui seul avait le secret. Elle s’excusa de son égarement et raconta ses divagations à Dorian, qui rit de bon cœur mais nota tout de même :

« Et le Commandant ? Qu’aurait-il fait ? s’enquit-il d’un ton moqueur. La jeune femme lui lança un regard noir alors qu’il ricanait dans sa moustache. Elle ne lui avouerait jamais directement, pas question, il serait bien trop heureux et en deviendrait insupportable. Cependant son moustachu préféré avait bien remarqué la façon dont elle regardait le chef des armées. L’elfe savait néanmoins que Cullen ne l’autoriserait jamais à être plus que son amie, et elle s’en contentait. La jeune femme chipa un fou à son adversaire avec une moue satisfaite :

« Vous feriez mieux de vous concentrer sur le jeu plutôt que sur mes états d’âmes mon cher Dorian, vos défenses s’amenuisent, je vous ai connu plus talentueux !

- Il faut bien que je vous laisser caresse l’espoir de l’emporter, ma victoire n’en sera que plus délectable ! rétorqua le mage, bien qu’il se trouvait en effet en mauvaise posture. Il déplaça un cavalier afin de protéger sa dernière tour.

- Avez-vous des nouvelles de votre père ? demanda Mithraël tout en lui prenant ledit cavalier.

Dorian grimaça :
« Inquisitrice, on s’est réconcilié, mais ce n’est pas une raison pour que je lui écrive toutes les semaines !

- Dorian, …

- Oui, je l’admets, il va bien, et ma mère aussi et ils me prient de rentrer au plus vite, comme toujours. Et je vais sérieusement y réfléchir si vous me posez encore la question ! répliqua-t-il.

- Je suis contente pour vous, réellement, répondit le jeune femme en ignorant la prétendue menace et en mettant le roi de Dorian en échec. Ayant été séparée jeune de ses propres parents, voir une famille se rabibocher lui faisait chaud au cœur.

- Vous n’y êtes pas pour rien dans cette affaire Inquisitrice, je vous remercie grandement pour ce que vous avez fait. Vous auriez pu m’emmener à La Mouette sans me dire ce qui m’y attendait, comme le suggérait Mère Giselle, mais vous m’avez laissé choisir. Pour ça, vous avez toute ma gratitude » dit humblement Dorian, humblement oui, c’était assez rare pour être noté. Il fronça les sourcils au vu de la situation et déplaça son roi :

« Qui serais-je pour prendre ce genre de décision à votre place ? Il ne m’appartient pas de gérer votre vie ». Mithraël rapprocha dangereusement sa deuxième tour du roi adverse.

« Vous n’étiez pas non plus obligée de m’accompagner, mais vous êtes venue, en personne » Son roi allait être bloqué sur un bord de l’échiquier, ça ne faisait aucun doute, mais Dorian continuait de le déplacer, mine de rien.

« C’est ce que les amis font non ?  dit l’Inquisitrice dans un sourire. La dernière tour de son adversaire tomba.

- On va arrêter ici les épanchements, les larmes m’enlaidissent, si une telle chose est possible ! » Mais le regard de Dorian ne trompait pas, il était réellement touché. Dommage pour lui, cela ne l’empêcherait pas de perdre ! « Echec et mat ! » annonça-t-elle d’un ton théâtral avec une expression d’intense satisfaction sur le visage.


« Un instant et j’aurais pu croire que ma petite sœur était à Fort Céleste » dit une voix amusée.

Mithraël sursauta et regarda par-dessus l’épaule de Dorian. Non, elle n’avait pas rêvé, c’était bien le Commandant. Le Commandant qui venait de la surprendre en pleine jubilation puérile, coup dur pour sa crédibilité. Dorian retint un fou rire en voyant la mine déconfite de l’Inquisitrice,  mais n’intervint pas. Aussi, elle demanda d’un ton qui se voulait naturel :

« Oh, vous avez des frères et sœurs Commandant ?

- Deux sœurs et un frère, Inquisitrice, et Mia avait cette fâcheuse habitude de toujours gagner aux échecs, non sans nous épargner sa moue satisfaite. Un peu comme celle que je viens de voir sur votre visage d’ailleurs. Mais assez parlé, je dois vous enlever l’Inquisitrice Dorian, dit Cullen en se tournant vers ce dernier, vous aurez votre revanche plus tard.

- C’est contre vous que je souhaiterais jouer la prochaine fois Commandant » susurra Dorian en se levant de son fauteuil. Mithraël lui jeta un regard assassin pendant que Cullen semblait soudain absorbé par la contemplation de ses bottes. Une fois le mage éloigné, elle relança Cullen, les affaires reprenaient apparemment :

« Pour quelle raison vouliez-vous me voir Commandant ? »

Cullen lui fit alors un rapport sur les possibilités de déployer les soldats au Palais d’hiver sans attirer l’attention.

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen29

La tâche ne serait pas aisée, mais grâce aux espions de Léliana, ils pourraient faire entrer les militaires par petits groupes au cas où les choses tourneraient mal. Mithraël se demandait si cela était réellement nécessaire car s’ils étaient découverts, on pourrait croire que l’Inquisition cherche à renverser le pouvoir en place pour son propre compte. Si cela devait se faire, c’était par le Jeu, et non par les forces armées. Cullen l’arrêta tout de suite, la sécurité avant tout. De plus, Gaspard de Châlon aurait certainement des hommes sur place. Mithraël réfléchit. Le Commandant n’avait pas tort sur ce point, il fallait être paré à toute éventualité. Cependant elle insista sur le fait que la présence de leurs troupes devait rester secrète. Tant qu’ils le pourraient, autant se battre avec les armes des nobles. D’autant plus qu’au Palais tous les yeux seraient rivés sur eux, épiant, détaillant, interprétant le moindre de leurs faits et gestes. Joséphine et Léliana l’avaient déjà assez mise en garde sur ce sujet, il fallait d’ailleurs qu’elle leur demande de lui enseigner les codes du Jeu, les danses,… Sa culture elfique ne lui serait d’aucune aide là-bas et en tant qu’Inquisitrice, elle se devait de faire la meilleure impression possible. Ses pensées furent interrompues par le chef de l’armée :

« Je ne peux pas me permettre de répéter Darse » dit-il, le regard perdu dans le lointain. Il se portait toujours comme seul responsable de la destruction du village : en tant que chef des armées, il aurait dû prévoir n’importe quelle attaque. Même si celle-ci impliquait la présence d’un Archidémon contrôlé par un des Magisters ayant pénétré dans la Cité d’or.

- Vous n’êtes pas le seul à blâmer Cullen, nous avons tous été pris au dépourvu. Elle posa une main compatissante sur le brassard d’acier du Commandant. Il ne réagit pas.

- Il aurait fallu l’envisager, être préparés, ne serait-ce que pour évacuer tous les habitants à temps et … Il serra les poings … et vous êtes restée en arrière. Nous vous avons crue morte, alors que vous tentiez de nous rattraper ». Il se retourna et son regard croisa celui de la jeune femme. Il semblait las, elle remarqua également de sombres cernes sous ses yeux.

- Ca m’apprendra à voler son pouvoir à un Magister qui n’a pas eu assez d’un séjour dans l’Immatériel et qui possède un Archidémon comme animal de compagnie », répondit Mithraël afin de détendre l’atmosphère. Mais Cullen l’ignora :

« Je ne laisserai jamais ça se produire à nouveau Inquisitrice » et il se détourna et partit vers son bureau, laissant Mithraël indécise.


Depuis Darse, il semblait usé et à bout de nerfs. Il ne l’avouerait jamais bien entendu, et la jeune elfe ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter. Elle soupira et se dirigea vers l’étude de Joséphine afin de parler plus amplement de ce « maudit bal masqué ». Ensuite elle irait préparer son départ pour Boscret, prévu le lendemain aux premières lueurs de l’aube. Mithraël devait y rencontrer un Garde des Ombres avec Ciri Hawke. Cette dernière était arrivée il y a deux jours à Fort Céleste. Le Héraut de Kirkwall avait finalement fait son apparition, ce qui avait ré-ouvert les hostilités entre Cassandra et Varric. Si Mithraël n’était pas intervenue, la guerrière aurait certainement passé le conteur au fil de l’épée. Elle ne blâmait pas le nain, Hawke avait ses raisons pour ne pas s’être montrée plus tôt, l’essentiel est qu’elle était là à présent. L’elfe espérait simplement que la Chercheuse et l’arbalétrier allaient pouvoir se faire confiance, ils devaient former un bloc contre l’ennemi.


Elle traversa la cour puis gagna le hall de Fort Céleste, toujours en réaménagement. Une partie avait néanmoins été restaurée afin de pouvoir recevoir les dignitaires, ambassadeurs et autres nobles curieux voulant traiter avec l’Inquisition. Même après Darse, ils étaient de plus en plus nombreux à déambuler dans la citadelle. L’Inquisition était encore jeune, mais plusieurs grandes familles de la noblesse orlésienne s’étaient déclarées ouvertement leurs alliés. C’était encourageant.  Joséphine faisait un travail remarquable, Mithraël se demandait comment elle faisait pour gérer et connaître tout ce monde ! Venant d’un petit clan dalatien, cela l’avait toujours impressionnée.


Elle échangea des civilités avec les quelques nobles présents et s’éclipsa rapidement dans le couloir menant au bureau de l’ambassadrice. Elle frappa doucement à la porte :

« Entrez, dit la diplomate sans lever le nez de sa paperasse

- Bonjour Joséphine, puis-je accaparer un peu de votre temps ? demanda Mithraël


Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen31


-Oh, dame Inquisitrice ! Pardonnez-moi, j’aurais dû voir que c’était vous. Bien sûr que j’ai du temps pour vous, venez, asseyez-vous je vous en prie, répondit Joséphine dans tous ses états. Elle tentait précipitamment de mettre de l’ordre sur son bureau qui débordait de documents et livres de toutes sortes.

- Du calme Joséphine, la temporisa l’elfe d’un ton bienveillant. Et je vous rappelle que vous avez le droit de continuer à m’appeler Mithraël.

-Votre modestie vous honore Inquisitrice, mais nous nous devons de montrer l’exemple n’est-ce pas ? » répondit Joséphine avec un large sourire.

Mithraël soupira : « Si vous le dite, dame Ambassadrice. J’ai un service à vous demander, à propos de ce bal masqué au Palais d’hiver, j’imagine qu’il me faudra danser …

- Oh oui ma dame, la danse fait partie intégrante du Jeu, si vous saviez tout ce qui peut se dire durant une simple valse ! Mais quel est le problème, si j’ose me permettre ?

- Ne prenez pas de gants avec moi Joséphine, vous savez très bien où je veux en venir : je n’ai jamais appris à danser à l’orlésienne. Je doute qu’une danse elfique fasse grande impression au Palais ».


Joséphine sourit largement. Elle était rassurée que Lavellan prenne le Jeu au sérieux, ils ne pouvaient se permettre la moindre erreur. Il ne suffisait pas d’aller voir l’Impératrice en la mettant en garde contre la présence d’un assassin potentiel. D’abord elle s’en doutait sûrement, ensuite rien ne pouvait être dit de façon directe à Orlaïs, du moins sans preuves irréfutables. Et mener l’enquête tout en s’attirant les bonnes grâces de personnages importants tels que les membres du Conseil des Messagers allait demander beaucoup de finesse et de doigté : « Je peux vous apprendre Inquisitrice, ce sera avec plaisir, nous pouvons même commencer tout de suite si cela vous convient ».

Mithraël lui rendit son sourire : « Merci Joséphine, je vous préviens, je pars de zéro !

- Alors commençons sans tarder ! J’endosserai le rôle du cavalier pour commencer, puis on échangera afin qui vous appreniez également à mener. Vous pourriez être amenée à danser avec des femmes, voire avec des hommes souhaitant inverser les rôles, vous devez donc connaître les pas du meneur également ».


Joséphine et Mithraël firent un peu de place dans l’étude de l’Ambassadrice, repoussant les lourds fauteuils du petit salon afin de former une petite piste de danse devant la cheminée. L’antivane s’inclina ensuite devant Mithraël en lui tendant la main, cette dernière ploya légèrement les genoux en une petite révérence et accepta l’invitation. Joséphine l’entraîna ensuite dans une valse lente, ponctuée d’anecdotes sur les nobles orlésiens et leurs frasques : untel s’était retrouvé la tête dans une soupe de crevettes après avoir danser trop près du buffet, un autre avait vu son pantalon tomber en bas des jambes après avoir croisé le fer avec un cousin en plein milieu de la piste de danse, etc … Les jeunes femmes riaient de bon cœur tout en virevoltant à travers le salon, Mithraël commençait à se familiariser avec les pas et prenait de l’assurance. Elle se surprit même à prendre plaisir à danser ! Il faut dire que la bonne humeur de l’ambassadrice était communicatrice. Mais elle faisait encore des fautes, Joséphine la reprenait sans ménagement : « Il faut que vous soyez parfaite Inquisitrice ! » répétait-elle. Et c’était reparti pour un nouveau mouvement. Après avoir passé une bonne heure et demie à danser, Joséphine déclara la séance close pour aujourd’hui tout en riant encore de la bêtise qu’avait eue le Marquis de la Chênaie d’amener une hyène en laisse à un bal donné par le duc Bastien :


« Vous auriez dû voir la tête des convives quand l’animal s’est rué sur le rôti de Druffle ! Heureusement, personne n’a été blessé.

- L’imagination des nobles est sans borne à ce que je constate, répondit Mithraël, merci beaucoup Joséphine.

- C’est le moins que je puisse faire Inquisitrice, je dois dire que j’ai passé un agréable moment, merci de m’avoir écoutée. Je tâcherai d’être moins bavarde la prochaine fois, s’excusa l’ambassadrice.

- Au contraire Joséphine, j’adore les histoires et j’ai hâte d’être à ma prochaine leçon. Je ne compte pas me ridiculiser comme Dame du Val avec sa chute magistrale durant la danse d’entrée ».

Joséphine pouffa : « Quelle idée d’accrocher des queues d’écureuils à ses chaussures ! ».

Leurs gloussements furent interrompus par un messager qui fit irruption dans la pièce, il s’inclina devant les deux femmes :

« Inquisitrice, Ambassadrice Montylet ». Son regard revint vers Mithraël : «  la Chercheuse Pentaghast vous demande au plus vite. Elle vous attend dans vos quartiers.

- Entendu, merci de m’avoir prévenue, je la rejoins tout de suite » répondit la jeune femme en souriant aimablement au messager. Elle se tourna ensuite vers la diplomate : « Merci encore Joséphine, passez un agréable après-midi ».

- C’est toujours un plaisir Inquisitrice, vous de même ».

L’ambassadrice retourna à sa paperasse tandis que Mithraël se dirigeait au pas de course vers ses quartiers. Ce n’était pas dans les habitudes de Cassandra de la mander de la sorte, elle venait toujours elle-même. L’Inquisitrice espérait que rien de grave ne s’était produit et c’est inquiète qu’elle gravit les escaliers menant à son salon privé. Inquiète pour Varric !

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Zevran



Après de nombreux tours et détours, ils étaient parvenus à trouver l’entrée du tunnel. Ce dernier était un passage oublié passant au travers les Hunterhorns, permettant de continuer plus loin vers l’ouest. La découverte d’un tel chemin avait valu des semaines de recherches dans la bibliothèque royale de Dénérim. Cette dernière regorgeait de cartes et croquis en tout genre pour un œil averti, et l’Héroïne de Férelden n’avait pas besoin de justification pour s’y rendre. Personne n’avait remarqué la disparition de certains documents, le temps qu’elle en fasse des copies. Les cartes décrivant les régions hors de Thédas étaient rares et anciennes, mais elles existaient et heureusement d’ailleurs car il n’aurait pas été aisé de retrouver leur homme sans cela.


Heureusement pour eux, le passage était assez large pour qu’ils puissent emmener leurs montures. De plus, il ne semblait pas être connecté aux Tréfonds. Il ne manquait plus qu’ils aient affaire à des engeances !


La compagnie avait ensuite erré une semaine durant dans la vallée jusqu’à atteindre une petite bourgade aux abords d’une série de lacs, les lacs de Soufre comme ils l’apprirent plus tard. Ils campaient à présent à distance respectable du village, ne sachant pas comment les autochtones traitaient les étrangers. L’air était lourd et chargé de poussière. Zevran et Milva mangeaient en silence pendant qu’Hatchi se reposait, lové à côté du feu de camp. L’assassin lança un regard discret vers l’Héroïne, elle semblait tourmentée :

« Quelque chose vous chiffonne ? » lui demanda l’antivan.

Elle sursauta légèrement avant de répondre d’un ton soucieux : « Il est temps de se décider à aller à la rencontre de ces gens, nous perdons trop de temps.

- J’irai demain, promis Zevran. Je me soustrairai à leur vue et en profiterai pour observer leur façon d’être.

- Je pourrais m’en charger, répliqua la dalatienne

L’assassin rit doucement : Vous n’êtes pas un Corbeau Milva, il vous reste beaucoup à apprendre. Laissez-moi faire, je reviendrai vite ». Elle obtempéra, replongeant son regard dans les flammes. Zevran vint s’assoir à ses côtés :

« Etes-vous sûre que tout va bien ? Vous êtes très silencieuse depuis quelques jours.

- J’aimerais savoir si tout va bien pour Alistair » avoua-t-elle.


L’ancien Corbeau se renfrogna imperceptiblement. Lui-même ne saurait expliquer pourquoi il avait réagi ainsi en entendant le prénom du Garde. Il aurait dû comprendre ce que ressentait son amie. Il le comprenait en réalité, lui-même c’était souvent demandé ce qu’il était advenu d’elle durant toutes ces années. Mais ce n’était pas pareil, bien-entendu, elle parlait de l’homme qu’elle aimait alors que dans son cas il s’agissait d’une amie. Seulement d’une amie. Il passa un bras compatissant autour des épaules de Milva qui se laissa aller contre lui. La sentir si proche refoula ses pensées ronchonnes. Il lui répondit alors :

« Il va bien, j’en suis persuadé ».



***



Milva



Elle ne tenait plus en place, communiquant son impatience aux montures. Hatchi frottait sa tête contre ses jambes, comme s’il tentait de la calmer. Mais rien n’y faisait. Cela fait plusieurs heures que Zevran avait gagné le village et il n’était toujours pas reparut. Milva était inquiète. Elle espérait que rien n’était arrivé à l’assassin. La jeune femme finit par s’assoir en tailleur et prit une profonde inspiration. « Il va bien » se persuada-t-elle, « Il va bientôt revenir ». Les aboiements d’Hatchi la tirèrent de ses pensées. Elle bondit sur ses pieds, scrutant l’horizon. Le paysage alentours était plat, vide si on oubliait les nuages de poussière qui stagnaient çà et là et les lacs. Elle l’aperçut enfin au loin, la silhouette solitaire de l’assassin avançait vers le campement. Ne voulant pas attendre plus longtemps, elle sauta sur le dos de sa monture et galopa à sa rencontre. Une fois à sa hauteur, elle l'invectiva :

« J’étais inquiète ! lui reprocha-t-elle. Vous êtes parti il y a des heures ! ».

Zevran sourit avant de répondre : « Il fallait que je prenne le maximum d’informations »

- Et alors ? s’enquit l’Héroïne. Est-ce sûr ?

- Je pense, répondit l’assassin d’un ton sérieux. J’ai surtout vu des humains à la peau hâlée comme à Antiva mais j’ai croisé quelques elfes. Ce qui est étonnant, mais plaisant, c’est que les deux races semblent vivre en parfaite harmonie, d’égal à égal.

- Cela ne nous renseigne pas sur la façon dont ils réagiraient à notre présence, le coupa Milva.

- J’y viens, continua Zevra d’un ton calme. Me sentant en sécurité, je suis allé dans la taverne afin de rencontrer les autochtones… »


Il lui raconta comment tous les regards s’étaient tournés vers lui, mais sans signe d’animosité, seulement de la curiosité. Après une longue discussion avec le tavernier, il en avait appris plus sur la région mais pas seulement. Il avait peut-être une piste pour retrouver le scientifique. Apparemment les visites d’étrangers étaient assez rares pour être notées et retenues ici. Un homme en cavale avait fait halte dans la bourgade il y a deux ans de cela, peut-être trois. L’aubergiste lui avait appris qu’il était poursuivi par une organisation dont il avait oublié le nom, ce qui avait interpelé l’elfe. L’homme avait dit qu’il continuerait sa route vers l’ouest afin de mettre le plus de distance possible entre ses poursuivants et lui-même. Il était néanmoins demeuré quelques jours au village afin d’offrir ses talents de guérisseur. Zevran était également curieux de savoir pourquoi les gens d’ici n’avaient jamais tenté de pénétrer en Thédas : « Des monstres n’ayant d’humain que la silhouette sortent parfois du passage que vous avez dû emprunter, les fous qui ont osé s’y rendre ne sont pas revenus… ». S’agissait-il d’engeances ? Ils n’en avaient pas croisées pourtant.


« Un guérisseur… » murmura Milva pour elle-même alors qu’ils regagnaient le campement. Elle continua d’un ton plus haut, afin que Zevran puisse l’entendre : « Il pourrait en effet s’agir de notre homme, mais qui le poursuivait ? J’étais persuadée qu’il s’était enfoncé si loin à l’ouest car il avait découvert quelque chose, non pas pour échapper à quelqu’un.

- Votre source a dû omettre ce passage, répondit Zevran d’un ton ironique.

- C’est étrange, admit Milva la mine contrariée.

- J’ai promis à l’aubergiste que nous irions passer la nuit chez lui, annonça Zevran pour changer de sujet. J’ai pensé que cela pourrait être une façon de le remercier pour ces informations.

- Est-ce bien raisonnable ? demanda la jeune femme. Passer la nuit entourée d’inconnus ne l’enchantait guère.

- Tant que nous payons, je ne pense pas qu’il en aura après nous, répondit l’ancien Corbeaux en riant. De plus, il nous faut changer de montures. Celles-ci sont épuisées, nous allons finir par les tuer. Il nous faut également remplir nos réserves de vivres ou nous ne pourrons aller plus loin. Je doute que ces terres regorgent de gibier ». Il marqua une pause et ajouta : « Et même si quelqu’un nous voudrait du mal, un regard vers Hatchi suffirait à le dissuader ».


Il avait raison, aussi Milva céda. Ils plièrent bagage et se dirigèrent vers le village. Finalement, un repas et un lit digne de ce nom n’étaient pas de refus après tout ce temps passé sur les routes ! Ce n’était pas sans rappeler le Cinquième Enclin à l’Héroïne. Elle sourit pour elle-même, heureuse de partager ce voyage avec son assassin préféré.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptySam 28 Fév - 21:18

Chapitre 8 : « Imbécile »


Cassandra/Mithraël


Cassandra faisait les cents pas devant le foyer. Elle était contrariée : « Et après on dit que je suis l’entêtée de la troupe ! ». C’était consternant, elle comprenait que l’on puisse douter de soi-même, « personne n’est infaillible », mais avoir une aussi pauvre estime de soi alors que ça n’avait pas lieu d’être… Cela avait le don de l’agacer au plus haut point ! A quoi bon lui demander de superviser s’il ne prenait pas son avis en compte ensuite ? Démissionner … Elle n’avait pas pu lui ôter cette idée de la tête. La seule solution qu’elle voyait à présent était d’impliquer l’Inquisitrice, oh il n’allait certainement par apprécier ! Mais si cela pouvait faire changer d’avis à cette tête de mule, il fallait essayer ! Elle s’arrêta et plongea son regard dans les flammes qui dansaient dans l’âtre : « Je ne suis même pas sûre de savoir qui pourrait le remplacer » mais elle s’interdit cette pensée, l’Inquisitrice allait le raisonner. Il le fallait.


La porte du salon privé s’ouvrit alors, laissant paraître Mithraël. A la mine refrognée de Cassandra, elle se doutait que ce que la Chercheuse allait lui dire ne lui plairait pas.

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Elle salua cette dernière et l’invita à prendre place sur un des gros fauteuils matelassés. L’Inquisitrice s’assit en face d’elle :


« Je suis rassurée, je m’attendais à voir un cadavre de nain ! Je vous écoute Cassandra, que se passe-t-il ? demanda Lavellan

- Je dois vous parler du Commandant » répondit la Chercheuse sans relever l’allusion à Varric.

« Du Commandant ? », ainsi donc il se tramait bien quelque chose à son sujet. Si Mithraël était inquiète, elle n’en laissa rien paraître et enjoignit la guerrière de continuer :

« Vous êtes au courant de son passé de Templier ?

- Oui, il m’en a parlé, il a des informations sur les Templiers rouges que nous avons vus à Darse ? s’enquit Mithraël.
- Non, le problème est … personnel.

- Personnel ? s’étonna l’Inquisitrice. Que Cullen ait pu parler à quiconque de problèmes personnels était une surprise.

- Que savez-vous des Templiers, Inquisitrice ? questionna la Chercheuse

- Leur Ordre a été créé par la Chantrie pour veiller à la sécurité des mages dans les Cercles. Ils supervisent les Confrontations, pourchassent les Apostats, emmènent les jeunes mages aux Cercles afin qu’ils apprennent à canaliser leurs pouvoir, …

- Savez-vous pourquoi sont-ils capables de superviser les mages ? la coupa Cassandra

- La prise régulière de lyrium leur permet de démultiplier leurs pouvoirs, ainsi ils sont capables d’entraver toute attaque ou énergie magique autour d’eux, répondit l’Inquisitrice sans se formaliser d’avoir été interrompue, mais qu’est-ce que cela a à voir avec le Commandant ?

- Le lyrium crée une puissante dépendance. Les doses que s’administrent les templiers sont colossales comparées à ce que prennent les mages. Le manque peut les rendre fous, les affaiblir physiquement, voire même les tuer, répondit gravement la Chercheuse. Lorsque je suis allée à Kirkwall afin de proposer à Cullen de prendre la tête des armées de l’Inquisition, il m’a fait part de son souhait de se sevrer de cette substance et m’a demandé de superviser. En tant que Chercheuse, je suis capable d’évaluer les risques. S’il devenait trop faible ou manquait à ses devoirs, je devais lui trouver un remplaçant ».


Cassandra fit une pause afin de laisser l’Inquisitrice digérer la nouvelle. La mine grave et les sourcils froncés, cette dernière demanda :

« Et c’est pour cela que vous êtes venue Cassandra ? Il faut lui trouver un remplaçant ?

- Non ! s’exclama la Chercheuse. Il peut gérer le sevrage, je le sais, c’est très difficile, tant mentalement que physiquement mais il a la force nécessaire pour y arriver. Le souci et qu’il ne croit pas en lui, et qu’il souhaite démissionner ». Elle soupira, la mine renfrognée. « Inquisitrice, il faut que vous lui parliez.

- Le choix lui revient non ? rétorqua Mithraël

- Lyrium ou pas, il ne faillira pas à son devoir, il n’est pas nécessaire qu’il démissionne. Si le choix lui appartient d’arrêter ou non son sevrage, il faut qu’il reste à la tête de notre armée. Nous n’avons pas d’autre personne aussi capable que lui, sans compter que ça le détruirait. Il les a menés si loin… il ne peut pas les abandonner maintenant, et je suis persuadée qu’il ne le veut pas ».

Mithraël réfléchit longuement, le sujet n’était pas à prendre à la légère. « Le manque peut les tuer », cette phrase tournait en boucle dans sa tête, ainsi il vivait avec cette menace sans n’avoir rien dit à personne mis à part Cassandra. Cela n’étonnait pas l’Inquisitrice outre-mesure, le Commandant n’était pas du genre à s’épancher sur ses états d’âme. Mais s’imaginer que l’on vienne lui annoncer un beau matin que l’on avait retrouvé Cullen mort dans son bureau, cela lui était intolérable. « Imbécile, se dit-elle, s’il en avait parlé au moins au Conseil nous aurions pu le soutenir, peut-être même qu’avec l’influence de l’Inquistion nous aurions pu trouver quelqu’un capable de l’aider». Voyant la mine contrariée de Lavellan, Cassandra lui assura :

« S’il ne vous en a pas parlé, c’est qu’il ne voulait pas risquer votre déception.

- Ma déception ? Si cette tête de mule avait daigné m’en parler j’aurais pu au moins lui assurer mon soutien », maugréa Mithraël.

Cassandra sourit, elle était rassurée que l’Inquisitrice prenne le sujet à cœur et qu’elle lui fasse confiance quant à l’évaluation de la situation. Elle lui proposa donc une dernière fois :

« Il n’est pas trop tard pour cela Inquisitrice, il doit être dans son bureau en train de rassembler ses affaires et de se persuader que c’est la meilleure chose à faire.

- Soit, je vais lui parler, mais quant au lyrium je ne prendrai pas de décision à sa place Cassandra. Pouvez-vous me certifier qu’avec ou sans, il puisse rester à la tête de l’armée sans porter préjudice à lui-même ou à l’Inquisition ? ». Elle ne voulait pas qu’il parte, mais elle ne pouvait tous les mettre en danger. Il fallait qu’elle soit sûre. La jeune femme ne pouvait s’en remettre qu’à la guerrière et elle savait que cette dernière ne ferait jamais une chose qui puisse nuire à l’Inquisition :

« Je le peux, répondit la Chercheuse d’un ton catégorique.

- Merci de m’avoir prévenue.

- Il n’approuvera pas, mais je ne voyais pas d’autre solution pour lui ouvrir les yeux. Sans compter qu’en tant qu’Inquisitrice, vous deviez être au courant ».


Sur ces mots, la Chercheuse salua Mithraël et la laissa méditer ses paroles. Mais à peine la guerrière avait-elle passé la porte que la jeune femme lui emboîtait le pas et se dirigeait vers le bureau du Commandant.


L’après-midi touchait à sa fin et avec la préparation de l’expédition du lendemain encore reportée, la nuit allait être courte. Heureusement, elle avait pu s’entretenir avec Sera, Blackwall et Dorian plus tôt dans la matinée afin qu’ils se tiennent prêts à partir demain dès l’aube. Elle ne voulait pas faire attendre Harding plus longtemps, d’autant plus que ses rapports n’étaient pas rassurants : des morts-vivants harcelaient les villageois de Boscret et personne n’était encore intervenu pour les aider. De plus, les troupes de leur éclaireur n’étaient pas de taille pour affronter cette menace si les cadavres parvenaient au campement. Hawke était partie en avance avec deux espions de Léliana afin de discrètement se frayer un chemin vers le point de rendez-vous. Il fallait également s’assurer que le Garde était toujours en vie. L’Inquisitrice secoua la tête : « Un problème à la fois, je ne peux pas partir en laissant Fort Céleste sans Commandant ».


***

Cullen


Il tenait le kit dans ses mains, immobile, le regard absorbé par le coffret en bois de hêtre. La tentation était vive, surtout depuis que les effets du manque se faisaient de plus en plus ressentir. Les vertiges et nausées s’étaient ajoutés aux cauchemars. Il avait mal, son esprit était sans cesse harcelé de visions horribles. Cullen ne pouvait pas rester à la tête de l’armée de l’Inquisition dans cet état : « Cela permettrait de reprendre des forces » pensait-il en faisant tourner le coffret entre ses mains. Il était las. Le Commandant ouvrit la boîte, dévoilant le broyeur servant à réduire le lyrium brut en poudre, les ustensiles destinés à ne pas manipuler ce dernier directement et enfin, la petite outre renfermant la mixture permettant de rendre une telle quantité de lyrium absorbable. Il restait également plusieurs petits contenants cylindriques, renfermant chacun une dose du produit.

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen34


« Tellement facile » murmurait une voix dans sa tête. Effectivement, il pourrait exécuter les gestes les yeux fermés, pour les avoir réalisés des années durant. Il effleura de sa main un des petits cylindres mais referma alors la boîte d’un coup sec. « Non ! » s’ordonna-t-il d’un ton dur.


***


Cullen/Mithraël


La porte du bureau était entrouverte, Mithraël allait entrer pour s’annoncer lorsqu’elle évita de justesse un projectile qui alla s’exploser contre le mur de pierres. Si la situation n’était pas si grave, elle aurait certainement rit en voyant l’expression effarée sur le visage de Cullen. Elle ne peut néanmoins s’empêcher de glisser un : « Joli tir Commandant, mais la prochaine fois laissez-moi au moins vous saluer avant de me jeter des objets à la figure !

- Par le Créateur, je ne voulais pas …  pardonnez-moi Inquisitrice. Je vous assure, cela ne vous était pas destiné ». Il voulut s’avancer vers elle mais il sembla pris de vertige et trébucha. Mithraël n’osa pas intervenir, nul doute qu’il aurait rejeté son aide. Le voir si faible… Cela l’ébranlait. Elle tenta de le rassurer :

« Je vous crois Commandant, dit-elle d’un ton doux.

- Pour ce que vaut ma parole, soupira Cullen en baissant les yeux, je suis incapable d’honorer mon serment ». Il se doutait que la Chercheuse lui avait envoyée l’Inquisitrice afin de le convaincre de rester. Il ne la blâmait pas, leur chef devait savoir et il se sentait coupable de le lui avoir caché. Un autre regret à ajouter à sa liste. Il croisa le regard de l’elfe, nul mépris ou colère dans ses grands yeux d’un bleu si pâle qu’il paraissait gris. Son regard était chaleureux, bien qu’il ait décelé une pointe d’inquiétude. Il ne voulait pas de cela, bien d’autres responsabilités pesaient déjà sur les frêles épaules de la jeune femme pour en ajouter une autre. C’est la raison pour laquelle il voulait partir. Il allait d’ailleurs le lui dire mais elle le devança :

« Expliquez-moi, Commandant » l’encouragea-t-elle d’un ton bienveillant en croisant les bras sur sa poitrine.


Alors il lui raconta. Il lui raconta le Cercle de Férelden aux mains des mages du sang et abominations, il lui raconta le massacre de ses amis Templiers, comment les maléficiens ont tenté de briser son esprit et que sans l’héroïne de Férelden il ne serait certainement pas là. Il lui raconta qu’il avait nourrit une haine envers les mages, il ne voyait en eux que de potentielles abominations. Il avait alors rejoint le Cercle de Kirkwall, connu pour être un des plus répressifs. Il lui raconta comment le chevalier-capitaine Méredith avait sombré dans la folie et du massacre qui s’en était suivit dans les rues de la ville : « Pouvez-vous comprendre que je ne veuille plus être impliqué dans tout cela ? ». Il faisait allusion à son sevrage, qui le libérerait entièrement de son passé de templier.
Mithraël était restée impassible lorsqu’il avait évoqué sa haine aveugle envers les mages. Tout ceci expliquait finalement sa réaction après qu’elle ait proposé une alliance à la grande enchanteresse Fiona. Il s’était excusé mais avait-il pour autant revu son jugement quant aux mages ? Seulement elle voulait l’aider, il semblait si perdu, désemparé. Alors elle répondit d’un ton hésitant : « Bien sûr que je comprends, je…

- Vous ne deviez pas répondre cela, vous deviez me blâmer pour ce que j’ai fait » la coupa l’ancien templier.


Il venait de dire qu’il ne voyait qu’abominations dans les mages, à elle, l’Inquisitrice, qui en était une. Il venait de dire qu’il s’était enrôlé dans un Cercle répressif afin de pouvoir les contrôler au mieux. Et elle n’avait pas cillé, n’avait montré aucune signe d’animosité, pire elle comprenait. Sans parler des atrocités qu’il avait dites après les évènements de Golefalois. Cullen aurait préféré qu’elle le traite d’imbécile et se mette dans tous ces états. Il ne méritait pas une telle compassion. Il aborda alors le sujet du lyrium :

« Je pensais que je pouvais m’en défaire, reprendre ma vie en main… »

Il faisait les cents pas derrière son bureau, se prenait la tête dans ses mains « Mais ces cauchemars ne me quittent pas et maintenant la douleur devient physique » nouvel aller-retour, il frappa du poing son bureau :

« Tant de vies dépendent de notre victoire, je me suis dévoué à cette cause, je ne donnerais pas moins à l’Inquisition que ce que j’ai donné à la Chantrie ».

Nouveau coup de poing, dans l’étagère cette fois, des livres allèrent s’écraser au sol : «Il faut que j’en reprenne, je dois en reprendre ». Il resta appuyé contre l’étagère, les yeux fermés, en proie à un réel dilemme.


Mithraël ne l’avait pas interrompu. Elle ressentait au plus profond d’elle-même la détresse du Commandant et cela l’affectait. Cet homme était un roc, un pilier qui se dévouait corps et âme pour son devoir, jamais il n’avait flanché. La jeune femme se remémora leur promenade nocturne à Darse. Cela remontait presque à un an à présent, sa seule présence l’avait calmée. Cet homme l’avait également ramenée dans le monde des vivants après l’avalanche. Par chance, certes. C’était à son tour de lui apporter son aide à présent. Elle ne lui demanderait jamais de mettre sa vie en péril pour l’Inquisition, tout comme elle ne lui demanderait jamais de briser le serment qu’il s’était fait à lui-même. La décision lui appartenait, et quel que soit ce qu’il déciderait, il aurait tout son soutien :

« Est-ce réellement ce que vous voulez vous ?  Laissons l’Inquisition de côté pour le moment ».

Il se retourna, elle lui faisait face à quelques pas de là, les bras toujours croisés, attendant sa réponse. Son regard demeurait chaleureux, elle esquissait même un sourire encourageant. Il n’en revenait pas, Lavellan avait une montagne d’autres soucis en tête mais elle trouvait le temps d’écouter les siens. Elle lui laissait le choix, comme elle avait laissé le choix à Dorian, comme elle avait laissé le bénéfice du doute à Varric. Était-ce cette sollicitude qui conduisit le Commandant à la voir différemment ? A voir autre chose qu’une potentielle abomination ? Bien qu’il éprouvait un profond respect pour l’Inquisitrice et même après les moments qu’ils avaient pu passer ensemble, ses anciennes peurs ne l’avaient jamais quitté jusqu’à présent. « Quel imbécile j’ai pu être  » réalisait-il. Il avait été aveuglé, il ne permettrait pas que cela se reproduise. Il fallait qu’il brise le lien avec son passé de templier, il fallait qu’il brise le lien avec cette … drogue. Cullen soupira :

« Non… Mais les souvenirs sont si vifs, si jamais je ne pouvais pas faire face… »

Mithraël se remémora des paroles de la Chercheuse « Il peut gérer le sevrage, ça sera difficile, tant mentalement que physiquement mais il a la force nécessaire pour y arriver ». L’Inquisitrice supprima la distance qui la séparait du Commandant, prit ses mains dans les siennes et le serra. Le contact était agréable mais l’elfe n’avait aucune arrière-pensée. Tout ce qu’elle voulait, c’était faire comprendre à Cullen qu’elle le soutiendrait et qu’il était capable de faire front. Elle voulait lui insuffler la force nécessaire afin qu’il croit en lui :

« Vous pouvez » fut tout ce qu’elle répondit, plantant son regard dans les yeux ambre du chef des armées avec toute la conviction possible. Cullen ferma ses paupières et soupira une nouvelle fois, il ne s’était même pas rendu compte que c’était lui à présent qui serrait les mains de l’Inquisitrice :

« Très bien » répondit-il, presque à contrecœur.

Mithraël se dégagea doucement, lui adressa un dernier sourire bienveillant et tourna les talons.


Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen35


L’histoire du Commandant l’avait bouleversée, mais c’est Boscret qui nécessitait son attention à présent. Elle s’en voulait presque d’avoir accordé une partie d’échecs à Dorian plus tôt, il y avait tant d’autres choses à faire… Alors qu’elle passait la porte, elle entendit Cullen lui dire doucement : « Soyez prudente là-bas ». Elle s’arrêta, posa une main sur l’encadrement de la porte, l’attention la toucha mais elle ne voulait pas se faire d’illusions. Elle répondit donc sans se retourner : « Je le suis toujours, Commandant » et reprit sa route en oubliant de refermer derrière elle. L’ancien templier s’avança afin d’aller fermer la porte et il ne la quitta pas du regard alors qu’elle se dirigeait vers les écuries, ses cheveux d’ébène flottant derrière elle. Elle ne les lâchait que lorsqu’elle était dans le fort, en mission elle les nouait en une queue de cheval. La jeune femme gardait également son armure de mage elfique, boudant sa tenue d’Inquisitrice qu’elle avait dû endosser une ou deux fois seulement depuis sa nomination. Cullen se surprit lui-même d’avoir noté ces détails.

_______________________________________________________________________________________

Milva


Ils avaient donc continué leur route vers l’ouest, sur les maigres indications du tavernier qui leur avait tout de même signifié : « Il n’y a rien par là-bas durant des lieues et des lieues, c’est un véritable désert. On l’appelle la Mer de Cendres à cause de ces geysers qui projettent continuellement des vapeurs de soufre. Votre homme n’est peut-être pas parvenu à le traverser ! ». L’homme affable leur avait également dit qu’une grande cité fortifiée se dressait sur la côte, Wyzima et qu’il faudrait également de longs jours de chevauchée avant de l’atteindre. Que choisir ? Milva avait opté pour l’ouest, après tout c’était ce qu’avait annoncé le scientifique à l’aubergiste. La compagnie avait donc échangé leurs montures avec d’autres en pleine forme et avaient fait le plein de vivres. Seulement, après une semaine à travers le désert et les vapeurs irrespirables de soufre, leur moral n’était pas au beau fixe :


« Faites-nous passer une fois de plus aux abords de ces geysers et je rends l’âme, ronchonna Zevran

- C’est bon à savoir, cela m’éviterait vos jérémiades » répliqua Milva sans se retourner. Elle chevauchait en tête, Hatchi trottinant à ses côtés, et Zevran était à l’arrière. La réaction de l’assassin ne se fit pas attendre :

« Jérémiades ? N’importe qui deviendrait fou après avoir passé une seule journée dans cet endroit ! » rétorqua-t-il.

Milva se tut. Elle ne voulait pas envenimer la situation. Elle-même en avait assez de ces étendues arides et inhospitalières mais elle ne le montrait pas, c’était sa décision de prendre cette direction et elle était trop fière pour admettre qu’elle avait pu se tromper. Il était en effet peu probable qu’un homme seul et sans entraînement au combat ait pu survivre ici. Ils avaient rencontré différentes créatures hostiles sur leur chemin. Rien d’insurmontable, des Phoenix et Varghests pour la plupart, mais ils étaient trois et savaient se battre. C’est d’ailleurs dans ces occasions que l’Héroïne se rendait compte à quel point les mages étaient utiles en combat. Il pouvait entraver leurs ennemis, protéger leurs alliés, … Wynne et Morrigan avaient été d’une aide précieuse durant leurs périples dix ans auparavant. Tout comme leurs autres compagnons, ils formaient une véritable équipe. Milva chassait ces pensées nostalgiques alors qu’Hatchi se mit à aboyer bruyamment. Cela ne présageait rien de bon. Elle échangea un regard entendu avec Zevran et ils mirent pied à terre, ils ne pouvaient prendre le risque de blesser leurs montures.


Hatchi avait foncé vers une petite dune de sable et grondait tout en restant à distance respectable. Les deux elfes laissèrent les chevaux et s’approchèrent précautionneusement. Ces derniers semblaient avoir reçu une éducation de destrier. Ils ne bougeaient pas d’un pouce bien que leurs oreilles étaient pointées en direction du mabari et que la peur pouvait se lire dans leurs grands yeux ronds. La dune parut alors grossir et grossir jusqu’à laisser paraître un Varghest. Celui-ci était plus imposant que ceux qu’ils avaient déjà rencontrés. Ces sales bêtes se tapissaient dans le sable, attendant qu’une proie potentielle approche avant de se jeter dessus afin de la prendre par surprise. Heureusement qu’Hatchi avait l’odorat fin, la bête avait ainsi perdu l’avantage de l’embuscade. Elle n’en restait pourtant pas moins redoutable avec sa longue mâchoire et ses griffes acérées. D’imposantes écailles recouvraient tout son corps, la protégeant de la plupart des coups et des flèches. La tête et le ventre du monstre étaient ses seuls points faibles. Il ressemblait à une Wyverne, mais était beaucoup plus court sur pattes et trapu.


Le Varghest chargea Hatchi. Le mabari semblait avoir anticipé le mouvement de son ennemi et bondit sur le côté avant de tenter de le renverser en s’attaquant à ses pattes. Mais la bête était beaucoup plus massive que les précédentes. Le canidé paraissait ridicule à côté et il ne parvint pas à la faire basculer. Zevran plongea le champ de bataille dans une brume opaque et se fondit à l’intérieur, une dague dans chaque main. Le Varghest s’extirpa du nuage formé par l’assassin mais avait perdu de vue ce dernier et le mabari. Milva en profita pour tenter de planter une série de flèches dans sa tête et son cou. Cependant, il était trop mobile et rapide. Sa manœuvre attira néanmoins l’attention sur elle et la bête s’élança à sa rencontre, sa mâchoire claquant de façon menaçante. L’Héroïne eût seulement le temps de décocher une dernière flèche qui atteignit le monstre au cou avant d’esquisser un saut périlleux sur le côté pour se dégager de son chemin. Zevran jaillit alors de la brume et bondit alors sur le dos du reptilien en plantant ses deux dagues dans sa large encolure. Le monstre se roula alors sur le dos afin d’écraser l’assassin. Mais l’ancien Corbeau était rapide et avait sauté avant que la bête n’atteigne le sol. Cependant, la large queue écaillée le percuta de plein fouet, l’envoyant voler quelques mètres plus loin.


« Zevran ! » hurla Milva en courant vers l’assassin afin de le protéger. Mais le monstre lui barra la route. Hatchi fit alors une nouvelle tentative de faire basculer le Varghest. Le mabari avait pris de l’élan cette fois et il réussit à ébranler la bête qui vacilla. Raccrochant son arc dans son dos, la jeune femme profita de cette occasion pour se faufiler sous la créature et planter ses deux dagues dans un de ses membres d’appui. Privé de son support et sous les charges du mabari, le Varghest finit par tomber. Hatchi lui sauta alors à la gorge, enfonçant ses crocs acérés dans le cuir fin de la bête. Dégageant ses armes, Milva lacéra son ventre. Le mabari et sa maîtresse s’écartèrent ensuite. La créature se vidait de son sang mais continuait de les regarder d’un œil mauvais. L’Héroïne reprit son arc et, sans quitter des yeux la bête, encocha une flèche. Hatchi alla se positionner aux côtés de Zevran afin de le protéger d’un éventuel coup. Le Varghest esquissa un mouvement comme pour tenter de se relever et la jeune femme laissa aussitôt partir son trait qui alla se ficher entre les deux yeux du monstre. Ce dernier s’effondra alors pour de bon dans un râle caverneux.


Elle resta un moment immobile, la respiration rapide. Tout s’était déroulé très vite et elle se sentit soudain épuisée. « Zevran » se remémora-t-elle avant de rejoindre l’assassin. Ce dernier tentait péniblement de se redresser. Les écailles caudales  du Varghest n’étaient pas plaquées contre sa queue mais hérissées et aussi tranchantes que ses griffes. L’ancien Corbeau était blessé à l’abdomen. Cependant, les entailles ne semblaient pas profondes. Milva en remercia Mythal silencieusement et intima à Zevran :


« Restez tranquille, lui murmura-t-elle en aidant l’assassin à ôter le haut de son armure de cuir afin de regarder de plus près ses plaies.

- Etonnement, il ne me prend pas l’envie d’aller galoper à travers le désert là, tout de suite » répliqua l’assassin.

Son ton était ironique, mais pas agressif comme auparavant. Il adressa même un sourire à son amie qui le lui rendit. Après son inspection, cette dernière ordonna à Hatchi de rester aux côtés de Zevran pendant qu’elle irait chercher les montures. L’ancien Corbeau ne pourrait chevaucher longtemps, mais il fallait néanmoins s’éloigner de la carcasse du monstre qui allait attirer les charognards. A son retour, Milva entreprit d’allumer rapidement un feu afin de faire bouillir des linges propres pour préparer un cataplasme curatif. Elle sortit également des herbes médicinales d’une sacoche accrochée à la selle de sa monture et les broya dans un petit mortier. La jeune femme était absorbée par sa tâche mais elle surprit le regard de l’assassin qui ne se détourna pas pour autant. Bien qu’il la regardait de sa manière habituelle à présent, l’œil rieur et charmeur, ce que Milva avait surpris juste avant semblait différent. C’était plus… doux, attendri. L’elfe chassa ces pensées de son esprit « Tu hallucines ma fille » murmura une voix dans sa tête. Oui, elle avait dû halluciner. D’ailleurs elle le souhaitait. « Ahhh Alistair, pourquoi êtes-vous si loin ? » déplora-t-elle en songe tout en pansant les blessures de Zevran. Ce dernier caressait le mabari : « Bon boulot mon vieux ». Hatchi répondit par un aboiement joyeux.


Après avoir aidé l’ancien Corbeau à se mettre en selle, ils chevauchèrent deux heures avant de choisir un endroit pour établir leur campement pour la nuit. Alors qu’il dormait près du feu, le mabari à ses côtés, Milva avait pris le premier tour de garde et était perdue dans ses pensées. « Il faut que l’on quitte cet endroit » songea-t-elle inquiète. Même si la blessure de Zevran ne paraissait pas grave, ils ne pouvaient prendre de risques. La seule option restante était alors Wyzima, en espérant que leur scientifique/guérisseur s’y trouve.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptySam 7 Mar - 9:43

Chapitre 9 : Expédition à Boscret



Mithraël



Elle dévala les escaliers la séparant de l’écurie et alla retrouver Blackwall qui sélectionnait et s’occupait des chevaux en vue de leur expédition. Dennet étant parti réceptionner un convoi de nouvelles montures pour l’Inquisition, c’était le Garde des Ombres qui le remplaçait. Le maître palefrenier était parti surexcité. Mithraël lui avait demandé : « Mais qu’ont de particulier ces chevaux pour que vous soyez tant impatient Dennet ? ». Et il lui avait répondu en riant : « Des chevaux ! Ce ne sont pas des chevaux que je vais chercher ! Ni des hahls » avait-il rajouté en voyant le regard plein d’espoir de l’elfe. « Vous verrez par vous-même Inquisitrice ». Elle ne savait pas si elle devait avoir hâte de voir de quoi il en retournait ou si elle devait être inquiète. Dennet avait tout de même réussi à dénicher des cochards géants …


La jeune femme s’approcha du Garde. Ce dernier aimait la présence des destriers et leur calme à toute épreuve. Les chevaux le lui rendaient bien. Par contre il n’arrivait à rien avec la bête de l’Inquisitrice, ce hahl fier qui refusait tout contact avec les humains. Seul Dennet semblait être rentré dans ses bonnes grâces. Elle se souvenait  parfaitement du jour où il le lui avait présenté. La jeune femme avait dû fermer les yeux, guidée par Dorian, et avait marché jusqu’à l’écurie. Elle n’en avait pas cru ses yeux. Le clan dalatien qu’ils avaient aidé dans les Plaines Exaltées avait voulu laisser une participation à l’Inquisition, en plus d’avoir laissé partir Loranil. Le hahl était plus grand que la plupart des chevaux, la jeune femme paraissait ridiculement petite et fluette à côté. L’envergure de ses bois brun sombre dépassait la taille d’un homme. Sa robe se parait d’un violet pastel, plus foncé au niveau des zébrures de ses membres. Des larmes avaient perlé aux coins des yeux de l’Inquisitrice et elle s’était jetée dans les bras du maître palefrenier. Ce dernier lui avait rappelé en riant : « Je vous avais bien dit que j’en verrais un un jour ! Content que cela vous plaise Inquisitrice ». Il lui avait tapoté maladroitement l’épaule. La jeune femme sourit en se remémorant ces instants. Elle faillit même rire quand elle revit la tête incrédule de Cullen alors qu’elle était juchée sur la bête.

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen37
Je sais, ça ne colle pas trop avec le texte, mais elle est trop badass sur ce screen


Lorsque Blackwall vit Mithraël arriver, il lui lança :


« J’ai voulu prendre de l’avance et panser les bêtes pour demain Inquisitrice, mais votre diable de hahl refuse toujours que je l’approche ! » grommela-t-il. La jeune femme s’approcha dudit hahl et lui flatta l’encolure. Ce dernier souffla doucement dans les cheveux de sa cavalière.

« Ne vous en formalisez pas Blackwall, les hahls montés sont de fières créatures, mon peuple a mis des décennies avant de pouvoir les chevaucher. Je suis désolée qu’il vous cause des soucis néanmoins.

- Bah, tant qu’il n’essaie pas de m’embrocher avec ses bois… répondit-il en soupirant.

- Il ne ferait jamais rien de tel, sauf si je lui demande » répliqua l’Inquisitrice d’un ton espiègle.


Le Garde ricana dans sa barbe et se remis à panser le grand bai qu’il avait sorti avant que l’elfe n’arrive. Cette dernière entra dans le box de Falon, Ami dans la langue commune. Ce n’était pas par « orgueil elfique », comme elle avait pu l’entendre, qu’elle préférait le hahl aux chevaux. Il représentait simplement un petit fragment de sa culture au milieu de ce monde d’humains. Aussi idiot que cela puisse paraître, il l’a rassurait et la rassérénait. Ses grands yeux sombres fixaient sa cavalière avec bienveillance. Elle s’employa à brosser Falon et vérifia qu’il ne manquait de rien avant de le quitter : « Dareth shiral, Falcon » et le halh s’ébroua comme pour lui répondre. L’Inquisitrice salua Blackwall en sortant des écuries et se dirigea à présent vers la salle du Conseil de Guerre pour une dernière réunion avant l’expédition de Boscret.


Elle arriva la première, aussi elle en profita pour se servir une coupe de vin et le siroter en observant le paysage au travers les grandes fenêtres. Elle ne connaissait pas cette boisson avant de venir ici, et elle devait avouer qu’elle l’appréciait. Le soleil entamait sa descente et serait bientôt masqué par les montages, teintant le ciel et ces dernières d’une lueur orangée. Mithraël n’alluma pas tout de suite les chandelles et torches de la salle, elle voulait profiter de ce moment de calme. Qui aurait pu croire que tous étaient menacés en cet instant de quiétude ? Elle ferma les yeux et fit le vide dans son esprit. Des bruits de pas ainsi que les voix de deux femmes parvinrent à ses oreilles : Joséphine et Léliana. L’elfe alluma alors les torches et plaça des chandelles aux coins de la table afin que la carte soit lisible. Elle termina son verre, le reposa et attendit ses conseillères. Elle se doutait que le Commandant ne viendrait pas au vu de son état. Léliana entra la première et la salua, Joséphine suivit. L’Inquisitrice commença alors :


« A-t-on du nouveau quant à la situation à Boscret ?  demanda-t-elle au Rossignol

- Hawke et mes espions sont arrivés sur place et essaient de progresser jusqu’au point de rendez-vous. La situation est assez critique. Des morts vivants assaillissent le village, ils semblent venir d’une faille située au milieu du lac. Pour le moment ils n’ont pas encore découvert Harding et ses hommes, mais je crains que cela ne soit plus qu’une question de temps. Plus vite vous arriverez, mieux ce sera, répondit Léliana.

- Ne devrions-nous pas attendre le Commandant avant de commencer ? » suggéra l’Ambassadrice.

Mithraël leur expliqua alors le combat personnel que livrait Cullen quant au lyrium, sans entrer dans les détails qu’il lui avait confiés. Elles devaient néanmoins savoir. Elle leur assura également qu’il était tout à fait apte à rester à la tête de l’armée, Cassandra s’en portant garante. Les deux femmes ne firent pas de commentaires, mis à part Léliana qui lâcha un « Imbécile » à mi-voix. L’Inquisitrice reporta alors leur attention sur Boscret :

« Nous devons nous déplacer rapidement, aussi je ne veux pas prendre trop de monde avec moi. Blackwall, Sera et Dorian m’accompagneront ainsi qu’un détachement de cinq soldats.

- C’est trop peu Inquisitrice, commenta Joséphine

- Elle a raison, trancha Léliana en faveur de Mithraël, ils attireront moins l’attention sur la position du campement en groupe restreint.

- Je suis prêt à approuver à une seule condition, laissez-moi nommer les cinq qui vous accompagneront » Cullen fit irruption dans la pièce. Il avait toujours l’air affaibli, mais semblait avoir meilleure mine qu’auparavant. Avant qu’un silence lourd ne s’installe, Mithraël lui répondit comme si de rien était, non sans sourire :

« Bien Commandant ».

Léliana et Cullen reprirent ensuite avec elle l’itinéraire pendant que Joséphine retournait à sa paperasse, leur trouver un passe-droit pour le Palais d’hiver n’était pas de tout repos ! Une fois les dernières directives décidées, ils se séparèrent. La nuit était tombée, Fort Céleste était devenu calme. La maître espionne retourna à ses corbeaux, le Commandant alla prévenir les heureux élus et Mithraël gagna ses quartiers afin de préparer ses affaires pour la chevauchée du lendemain. Elle s’effondra ensuite sur son lit, vaincue par la fatigue, profitant de quelques heures de repos avant cette nouvelle mission.

***


La jeune femme et ses compagnons de voyage finissaient de harnacher et fixer leurs paquets sur le dos de leurs montures alors que l’aube commençait à éclairer la cour. L’Inquisitrice enfourcha ensuite son grand hahl et salua ses Conseillers qui avaient tenu à être là pour leur départ avant de tourner bride et de lancer son petit groupe au trot. Deux jours de chevauchée les séparaient de Boscret s’ils maintenaient une allure soutenue.

***

Ils campèrent non loin du lac Calenhad qu’ils longeaient à distance respectable depuis le début de l’après-midi. Harry, Jory, deux des soldats de Cullen, et Sera étaient partis sécuriser la zone pendant que Blackwall s’occupait du feu et du ragoût de bélier, abattu plus tôt par l’archère. Lysette la templière et Dorian étudiaient les cartes avec l’Inquisitrice. Enfin, Daniel et Brulin, un surfacien, avaient pris le premier tour de garde. Seuls des murmures brisaient le silence du campement, jusqu’à l’arrivée de Sera :

«Personne aux alentours Inquisitrice, Coryphallus nous laissera peut être en paix ce soir ! » annonça l’archère en jetant deux lapins aux pieds de Blackwall.

Ce dernier répliqua : « Eh demi-portion, je ne suis pas ta cuisinière ! ». Sera gloussa et alla s’assoir à distance respectable du Garde :

« Heureusement ! Si je mange encore un de tes plats et on risque de me retrouver crevée la gueule ouverte ! ».

Le tutoiement était venu naturellement entre le Garde des Ombres et l’elfe rebelle. En dépit de leurs joutes verbales, ils s’appréciaient beaucoup. L’archère évita une pierre envoyée par Blackwall et les deux rirent de bon cœur.

Mithraël souriait. La bonne humeur de ses compagnons lui donnait du baume au cœur. Mais il ne fallait pas pour autant oublier ce pourquoi ils étaient là. Après avoir décidé de la route du lendemain, ils rejoignirent les autres autour du feu afin de se restaurer. Jory alla apporter leurs rations aux soldats en faction, ils purent entendre le nain d’ici :

« T’as oublié ma bière Jory ! Comment veux-tu que j’ingurgite quelque chose de solide sans un liquide pour faire passer le tout ?

- Tu bois tellement que ton sang doit être en majeure partie fait de bière, le nain, répliqua Daniel

- Par les couilles de Bhelen,  tu dois avoir raison ! » répondit Brulin avant de partir dans un grand rire, imité par ses collègues.

Le reste de la soirée se déroula dans le calme, ponctué par des attaques lancées par Sera tantôt à Dorian, tantôt à Blackwall. Puis tous allèrent dormir, mis à part les sentinelles. Mithraël alla voir du côté des montures afin de vérifier qu’elles ne manquaient de rien. Après une dernière caresse à Falon, elle rejoignit sa tente. La proximité du lac lui remémora les paroles de Cullen quant aux évènements de la tour du Cercle de mages de Férelden. Elle espérait sincèrement que le Commandant arriverait à se défaire de ses cauchemars… et de son aversion pour les mages.

***

Ils arrivèrent aux abords de Boscret la nuit suivante. La troupe était silencieuse et la tension palpable. Ils devaient se faire les plus discrets possibles afin de ne pas être suivis jusqu’au campement des éclaireurs de Harding. Le camp avait été dressé sur une hauteur surplombant le lac, masqué par le relief de la zone et les quelques arbres avoisinants. L’obscurité de la nuit était interrompue par le clair de lune et la lumière verte jaillissant d’une faille située non au-dessus mais vraisemblablement en dessous du lac. La chef des éclaireurs alla à la rencontre de l’Inquisitrice et lui fit un rapport de la situation qui n’avait pas véritablement changé depuis les dernières nouvelles.


Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen38


Elle termina cependant par :


« Hawke campe non loin du point de rassemblement, ils n’ont pas encore pénétré dans la grotte car ils préfèrent quadriller la zone au cas où des espions de Corypheus se tapiraient dans le coin.

- Merci Harding, nous iront faire une incursion au village demain afin de voir s’ils connaissent un moyen pour atteindre la faille. Hawke a besoin de temps pour ses investigations, profitons-en pour aider les habitants. Je laisserai deux des soldats qui ont fait le voyage avec moi ici pour grossir vos rangs en cas d’attaque.

- Je suis d’accord, ils ne tiendront pas longtemps face à ses cadavres ambulants. J’aurais tant voulu les aider avant votre arrivée…

- Vous n’étiez pas assez nombreux Harding, lui répondit Mithraël, nous ne les abandonneront pas ». L’Inquisitrice congédia ensuite l’éclaireur en chef et alla superviser l’installation de la compagnie.

***

Ils se frayaient un chemin parmi les vagues de cadavres qui surgissaient des eaux du lac. Malgré son dégout non dissimulé et sa peur, Sera décochait ses flèches à une vitesse soutenue pendant que Mithraël et Dorian jetaient sorts de feu et de foudre tout en protégeant les guerriers dans la mêlée. Blackwall semblait être enfoncé dans le sol tant il ne bougeait pas d’un pouce de sa position, encaissant les coups grâce à son bouclier et ripostant de son épée. Brulin avait créé une zone de sécurité acceptable autour de lui, les attaques latérales de sa hache de guerre tenaient en respect les cadavres. Lysette se battait également avec acharnement et barrait la route à quiconque voulait approcher les archers et les mages. Enfin, Jory était aux côtés de Sera, faisant également pleuvoir une nuée de flèche sur les morts-vivants. Ils atteignirent enfin le village, les cadavres semblaient préférer le lac à leurs lames pour le moment. Les habitants les remercièrent chaleureusement et menèrent l’Inquisitrice à leur maire. Cette dernière apprit alors que le seul moyen d’atteindre la faille était de vider le lac, et que les commandes du barrage n’étaient accessibles que par le Fort de Caer Bronach, aux mains de bandits. Selon le maire, les commandes avaient été détruites par les engeances lors du Cinquième Enclin, engloutissant le Vieux Boscret sous les eaux. L’Inquisitrice espérait qu’il était possible de les réparer.


Après avoir accordé un moment de repos à sa troupe, Mithraël les mena au bastion afin de déloger les hors-la-loi. L’affrontement fut rude, mais ils s’en sortirent victorieux et la jeune femme hissa le drapeau de l’Inquisition. Ils pourraient utiliser cette nouvelle place forte pour affirmer leur position en Férelden. Elle fit chercher Harding et sa troupe afin de les mettre à l’abri des murs et d’avoir assez de monde pour explorer le Fort et le sécuriser. Elle envoya ensuite un corbeau à ses Conseillers afin qu’un détachement plus important soit envoyé pour tenir la place. Bien qu’elle souhaitait se mettre en route dès maintenant pour vider le lac et fermer la faille, elle ne pouvait en demander tant à ses compagnons, ni à elle-même d'ailleurs. Ils passèrent donc le reste de la journée à se remettre de leurs combats et à explorer Caer Bronach. Le vieux Fort était vaste et sa position sur la route principale était idéale pour le commerce mais aussi pour l’espionnage car les routes étaient également empruntées par les messagers. Mithraël observait le lac, aucun cadavre ne venait troubler la surface des eaux. Elle affecta néanmoins quelqu’un à la surveillance des rives afin d’intervenir en cas de nouvelle attaque contre le village. Mais la nuit fut calme.

Sans forcément s'en rendre compte, elle prenait de plus en plus d'assurance au fil des réunions du Conseil et des expéditions. Lavellan avait pris conscience que son rôle impliquait certes un dévouement total, mais aussi qu'elle se forge une carapace d'acier afin de ne pas laisser ses sentiments personnels influencer son jugement. Ses responsabilités étaient telles qu'elle ne pouvait se le permettre. Petit à petit, la jeune elfe dalatienne entrait dans la peau de l'Inquisitrice.

***

Le lendemain, la jeune femme partit avec ses trois compagnons pour les grottes inondées. Curieusement, les vannes étaient intactes, mais ils avaient autre chose en tête pour tergiverser sur le sujet. Elle avait laissé les cinq soldats au village sous le commandement de Lysette, en cas de nouvelle attaque. Ils traversèrent les ruines du Vieux-Boscret : des maisons en bois pourri recouvertes d’algues, et des cadavres,…Mithraël était mal à l’aise, indubitablement, les cadavres qu’ils affrontaient depuis leur arrivée étaient ceux des habitants du village englouti. Sera comprit à son tour et eut un haut le cœur, Blackwall posa une main sur son épaule. Ils continuèrent leur progression dans un silence de plomb. De façon surprenante, les grottes menaient à de très anciennes ruines naines. Une fois la faille localisée ils engagèrent le combat. Au prix de nombreux efforts, ils parvinrent à renvoyer les démons dans l’Immatériel, non sans de nombreux jurons proférés par Sera suite à une blessure à l’épaule : « Crevures de démons ! Allez tous pourrir dans l’Immatériel ! ». Blackwall l’aida à marcher et la ramena au Fort pendant que Mithraël et Dorian allèrent annoncer la bonne nouvelle à Boscret. Quelle ne fût pas leur surprise quand ils ne trouvèrent qu’une lettre dans la maison du maire :

« Inquisitrice,

Ce ne sont pas les engeances qui ont ouvert le barrage et inondé le Vieux-Boscret il y a dix ans. C’était moi, en secret, la nuit où elles nous ont pris d’assaut. Les morts vivants que vous avre affrontés sont des gens que j’ai tués de mes propres mains.
Nous avions accueilli des réfugiés fuyant l’Enclin. Beaucoup étaient malades. Nous avions installé des personnes souffrantes dans la partie inférieure de Boscret et le reste dans les grottes afin d’empêcher la maladie de se propager. Peine perdue. L’un d’eux a dit qu’il avait déjà vu la maladie de l’Enclin et qu’elle était irrémédiablement fatale. Quand les engeances ont attaqué, j’ai su que le seul moyen d’assurer la survie du village était de noyer les malades en même temps que les monstres. Je ne peux pas supporter la vue du Vieux-Boscret, maintenant que l’eau s’est retirée. Je ne peux pas rester.

Je suis désolé.

Maire Grégory Dedrick
»


Dorian jura en tévintide. Mithraël plia soigneusement la lettre et la rangea à l’intérieur de son armure de mage : « Les espions de Léliana le retrouveront » fut tout ce qu’elle dit, la mine sévère. Ils reprirent le chemin du Fort où Harding attendait l’Inquisitrice pour un nouveau rapport :

« Vos conseillers ont envoyé un contingent prendre possession du Fort, composé de soldats, d’espions et de marchands sous le commandement du lieutenant Charter. Ils devraient arriver d’ici quelques jours. Hawke n’a noté aucune menace Venatori dans les environs, elle vous attend non loin du point de rendez-vous. Elle nous assure que le Garde est toujours présent.

- Merci Harding » elle sortit la lettre de son armure et la montra au chef de ses éclaireurs. « Envoyez un corbeau à sœur Léliana avec ceci. Précisez-lui que je le veux vivant cette fois. Nul ne doit fuir les conséquences de ses actes.

- Bien Inquisitrice » s’inclina Harding avant de quitter Mithraël.

Cette dernière alla retrouver Blackwall. En tant que Garde des Ombres, elle souhaitait qu’il l’accompagne pour son entretien avec le contact du héraut de Kirkwall. Dorian voulut les accompagner également mais elle lui demanda de rester auprès de Sera. L’Inquisitrice et le Garde chevauchèrent côte à côté jusqu’à la grotte et retrouvèrent Ciri Hawke.


Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen39
Sorti également de son contexte, mais cette phrase m'avait tellement fait rire


La jeune femme aux cheveux blancs comme neige les attendait à l’entrée. Elle les avait vus depuis son campement et avait décidé d’aller les attendre devant la caverne afin de ne pas perdre plus de temps. Alistair devenait fou à attendre dans cet endroit. Les espions du Rossignol attendaient en retrait. Une fois le groupe rassemblé, ils se saluèrent et pénétrèrent dans l’antre. Au vu des peintures et des inscriptions, il semblerait que l’endroit servait autrefois de planque à contrebandiers. Mithraël pénétra la première dans le vaste espace aménagé sommairement : quelques torches éclairaient faiblement la salle ainsi qu’un feu. Une carte était posée sur un rocher et un couchage était étendu non loin de là. Mais nulle trace du Garde, jusqu’à ce qu’il la menace de la pointe de son épée :


« Qui êtes-vous ? demanda-t-il d’un ton soupçonneux.

- Du calme Alistair, c’est seulement nous, j’ai amené l’Inquisitrice » intervint Hawke en entrant à son tour avec Blackwall. Alistair reconnu son armure immédiatement :

« Un autre Garde des Ombres ? s’étonna-t-il, non sans sourire

- Garde Blackwall, c’est un honneur, répondit ce dernier en s’inclinant.

- C’est un honneur pour moi de tous vous rencontrer, dommage que cela ne soit pas dans de meilleures circonstances, déclara Alistair.

- Donc vous êtes Alistair, le Alistair qui combattit l’Archidémon du Cinquième Enclin aux côtés de l’Héroïne de Férelden ? demanda Mithraël.

- Il faut que je change de nom, soupira-t-il, oui, cet Alistair, Archidémon, engeances, trahison, guerre, une réelle partie de plaisir ! Mais c’était il y a 10 ans, je suis à présent, officiellement -il adressa un clin d’œil à Lavellan-, sous le commandement du Commandeur-Garde Clarel.

- Il semblerait que les Gardes des Ombres aient des problèmes. Ces ennuis sont-ils liés à Corypheus ?

La mine grave, Alistair lui rapporta ce qu’il savait. Corypheus faisait résonner l’Appel dans les esprits de tous les Gardes des Ombres d’Orlaïs. Le même Appel qu’un Garde entend au terme de sa vie, le signal pour se rendre dans les Tréfonds afin de combattre les engeances sur leur terrain pour une mort honorable. L’ingestion de sang d’engeance lors du rituel de l’Union lie les Gardes à ces monstres, leur permettant de sentir leur présence. Mais cela les empoisonne également et, après un certain moment, cauchemars et visions s’immiscent dans l’esprit des Gardes et ils commencent à entendre sa musique, l’Appel. Ainsi tous les Gardes de l’empire pensaient à présent qu’ils étaient sur le point de mourir. Dans une tentative désespérée de combattre un potentiel Enclin, le Commandeur-Garde Clarel avait proposé d’utiliser la magie du sang. Alistair s’y était vivement opposé et ils lui donnèrent la chasse, le considérant à présent comme un traître. Il savait néanmoins qu’un rassemblement allait avoir lieu à la Porte du Ponant, et proposait de s’y rendre afin d’en savoir plus. Mithraël demanda si Clarel pouvait servir Corypheus directement, mais Alistair démentit sans l’ombre d’un doute :

« Elle ne servirait jamais quoique ce soit se rapprochant d’une engeance, elle est manipulée, comme les autres.

- Et l’Héroïne de Férelden ? Dans quel camp est-elle ?

- Elle a un nom vous savez… Milva mène sa propre quête. Elle est partie bien avant que tout cela ne commence, elle cherche un moyen de nous libérer de l’Appel ». Il marqua une pause, parler de la femme qu’il aimait lui rappelait à quel point elle était loin de lui à présent. Elle lui manquait énormément. Il reprit ses esprit et continua : « Nous avons trouvé une piste qui menait très loin vers l’ouest, un de nous deux devait partir alors que l’autre devait enquêter sur les rumeurs concernant Corypheus, bien que nous ne sachions pas qui était impliqué à ce moment ». Nouvelle pause, son regard se fit plus déterminé : « Quand tout cela sera terminé, je la rejoindrai. Et pour toujours cette fois ».

Mithraël lui sourit avec bienveillance et posa sa main sur son l’épaule : « Je vous le souhaite, Alistair ». Il la remercia tacitement avant d’ajouter : « Ainsi c’est une autre elfe dalatienne qui se trouve à la tête d’une armée ! Est-ce un complot visant à annihiler l’humanité ? dit-il d’un ton moqueur.

- Les humains ne semblent pas à même de régler leurs propres problèmes, il faut bien que quelqu’un leur montre comment faire » répliqua l’elfe sur le même ton. Alistair rit, l’Inquisitrice ne semblait pas avoir sa langue dans sa poche et de ce point de vue, elle ressemblait à Milva.

Ils quittèrent la grotte ensemble et chevauchèrent vers Caer Bronach. Ils y restèrent en attendant la venue du contingent de l’Inquisition afin que Mithraël puisse donner ses directives puis ils reprirent la route vers Fort Céleste.


***


L’Inquisitrice et sa compagnie venaient de quitter les rives du lac pour s’enfoncer dans la forêt lorsque Jory revint plein galop et s’arrêta à hauteur de Mithraël. Il était parti loin en tête afin de s’assurer que la voix était libre :

« Des Venatori ! Ils arrivent ! Ils ne sont que six mais d’autres sont sûrement à couvert, nous devrions … argh ».

Une flèche venait de lui transpercer la gorge et jet de sang vint éclabousser le visage de la jeune femme. Jory s’effondra, mort, et son cheval parti dans les profondeurs des bois, terrorisé : «Embuscade ! » hurla-t-elle avant de lancer une barrière magique sur l’ensemble de la troupe. Elle se tourna dans la direction d’où venait le trait et enflamma l’archer responsable. Les hurlements de l’homme étaient atroces alors qu’il brûlait vif. Blackwall et Lysette lancèrent leurs montures au galop afin d’intercepter les guerriers ennemis qui arrivaient sur eux. Brulin les suivit alors que Daniel et Harry restèrent protéger Sera et Dorian. Ces derniers tentaient de déloger les archers tapis dans les arbres. Mithraël voulu lancer une nouvelle barrière pour protéger les guerriers partis en première ligne quand une douleur aigüe transperça le bas de son dos. Un assassin. Heureusement, les quelques renforts de l’armure légère de la mage firent riper la lame avant que celle-ci ne la lacère de part et d’autre. L’homme avait sauté sur la croupe de Falon et avait seulement eût le temps de porter son coup avant que le hahl ne l’envoie voler plus loin, l’Inquisitrice avec. La surprise et la douleur étaient telles qu’elle n’avait pu rester en selle. Le contact avec le sol la fit perdre connaissance. Elle n’entendit pas Falon pousser un long cri strident avant de charger l’assassin Venatori, l’empalant sur ses bois. Elle ne vit pas Harry tomber sous un nouveau trait. Ni Sera régler son compte à l’archer responsable dans un hurlement de rage, ignorant la douleur irradiant de son épaule. Elle ne vit pas Dorian paralyser d’un coup de tonnerre les derniers guerriers debouts afin que Blackwall, Lysette et Brulin finissent le travail. Elle ne vit pas les larmes de Daniel, pleurant la mort de son ami une fois l’affrontement fini ni Dorian courir vers elle en hurlant son prénom.


Mithraël émergea seulement quelques heures après. La douleur s’était réveillée à cause des ballotements du chariot chargé de divers matériaux, plantes et tissus qu’ils ramenaient de Caer Bronach. Elle tenta de se redresser mais sa blessure lui arracha un grognement. Ils n’étaient pas partis avec Harding, Hawke et Alistair, préférant deux petites unités mobiles à un grand rassemblement. Leurs précautions ne leur avaient apparemment pas permis de passer au travers les mailles du réseau d’espions Venatori. Blackwall se tenait près d’elle et lui dit doucement :

« Restez tranquille Inquisitrice, c’est une salle blessure que vous avez là. Nous sommes chanceux d’être à proximité de Fort Céleste. Dorian a fait un travail remarquable, mais la magie ne peut supplanter la science. Vous devez voir un guérisseur.

- Blackwall .. a-t-on… a-t-on perdu d’autres compagnons ? demanda-t-elle d’une voix faible, la fièvre allait la terrasser, mais elle voulait des réponses.

- Jory et Harry répondit le Garde, la mine sombre, mais cela aurait pu être pire si vous ne nous aviez pas protégés de vos barrières. Seulement pensez à vous aussi la prochaine fois, lui reprocha-t-il, même si votre bête de malheur est un sacré garde du corps, ce coup aurait pu vous être fatal.


Mithraël esquissa un demi-sourire malgré son désarroi suite à la perte des deux soldats. Elle ne les connaissait que depuis le début de leur mission, mais c’étaient ses hommes. Elle aurait dû les protéger. : « Je suis responsable de vous tous, qui serais-je pour me protéger au détriment de votre vie ? » Elle arrêta d’un geste le Garde qui voulait répliquer : « Mais je ferai plus attention, promis » continua-t-elle dans le seul but de le rassurer. Elle posa sa main sur le bras de Blackwall afin d’appuyer ses dires, mais ce dernier n’était pas dupe :

« Je vous respecte Inquisitrice. Mais négligez votre protection encore une fois et je demande à Dorian de vous enfermer dans une de vos boules magiques de mages au prochain affrontement » dit-il d’un ton plus que sérieux. Mithraël commença à rire, mais la douleur la rabroua. Le Garde lui donna une légère tape sur le bras avant de sauter hors du chariot. Fort Céleste était tout proche. Elle essaya de lutter une dernière fois contre la fièvre qui la harcelait mais finit par sombrer à nouveau.


***


Elle se réveilla dans son lit cette fois, un bandage propre lui ceignait l’abdomen. On avait dû lui administrer quelque remède contre la douleur car elle se sentait confuse. La fièvre était néanmoins toujours présente, bien que moins forte. On l’avait lavée et passé sa robe légère pour dormir. Elle n’en avait aucun souvenir comme elle n’avait aucune idée de la date de ce jour. Elle se redressa, la douleur était supportable cette fois. La nuit allait tomber sur la forteresse car, hormis la lueur des torches, la chambre était dans la pénombre. Elle balaya la pièce du regard et aperçu un homme qui regarderait par la fenêtre, impassible, une main sur le pommeau de son épée comme à son habitude. Le Commandant Cullen se tourna vers elle, il l’avait entendue bouger :

« Ainsi c’est cela que vous appelez prudence Inquisitrice, son ton se voulait lourd de reproches mais la jeune femme décelait une pointe de … soulagement ?

- Ma vie serait trop calme et platonique sans une blessure mortelle, répliqua-t-elle dans un sourire.

- Vous devriez prendre ça plus au sérieux, vous auriez pu y rester si vous étiez plus éloignée de Fort Céleste. Pourquoi n’avez-vous pas voyagé en un seul groupe ? Vous auriez été mieux protégée ». Il s’était rapproché et s’assit dans un fauteuil à hauteur de son lit. « M’a-t-il veillée ? » se demanda l’elfe.

« J’ai gagné Boscret en petit nombre sans encombres. De plus, je ne voulais pas prendre le risque de voir Hawke et Alistair pris dans une embuscade contre l’Inquisition. Ils attiraient moins l’intention en voyageant avec Harding qu’avec moi, expliqua l’elfe.

- Mh, ça se tient, admit Cullen, nous avons gardé la nouvelle de votre blessure la plus secrète possible. Joséphine pensait que ça pouvait nuire à votre image de Messagère d’Andrasté, que ça vous rendait plus vulnérable. Elle trouvera bien une explication au fait que vous allez devoir rester alitée un moment ».

Mithraël se refrogna : « C’était pourtant une chance de faire taire ces rumeurs… Je ne veux pas que l’on me prenne pour quelqu’un que je ne suis pas !

- Laissez les autres y croire pour vous Inquisitrice, ils en ont besoin, lui répondit-il doucement.

- Que me vaut l’honneur d’être veillée par le Commandant lui-même ? » demanda Mithraël afin de changer de sujet.

Les joues de Cullen se teintèrent de rose, mais l’elfe ne put le voir à la seule lumière des torches. Il s’éclaircit la gorge avait de répondre, le regard soudain absorbé par le mur opposé de la pièce :

« J’étais inquiet.

- Pour une mage ? » ironisa Mithraël. Ce n’était pas très juste de la part de la jeune femme. Cullen ne lui en tint pas rigueur, elle venait de lui donner une occasion de lui montrer qu’il n’était plus cet homme-là :

«  Pour une personne dont l’état de santé me tiens à cœur » répondit-il simplement avant de se lever. Il se tourna ensuite vers elle, plongeant un instant son regard ambre dans les yeux pâles de l’Inquisitrice. Une décharge avait envahi cette dernière lorsqu’elle avait entendu la réponse du Commandant, suivie de fourmillements au niveau de son estomac. Elle sentit l’influx sanguin lui monter aux joues quand il la regarda mais elle l’ignora, concentrant toute son attention sur ces yeux dorés. Avait-elle rêvé où venait-il de dire qu’il tenait à elle ? La jeune femme ne sut que répondre, elle ne s’attendait pas à cela. Elle allait néanmoins parler lorsqu’il rompit le silence :

« Reposez-vous à présent » dit-il avant de tourner les talons, laissant Mithraël interdite, finis les fourmillements.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptySam 14 Mar - 14:06

Chapitre 10 : Son meilleur ami


Joséphine


Le soleil se levait à peine lorsque l’ambassadrice s’étira de tout son long et se frotta les yeux afin de les débarrasser de leurs dernières traces de sommeil. Elle se dirigea vers la cuvette posée sur sa commode avec la démarche de quelqu’un qui n’a pas encore émergé. Mais une fois l’eau fraîche entrant en contact avec son visage, tout sembla plus clair ! Joséphine quitta ses habits de nuit pour sa tenue habituelle dorée et violette et accrocha à son cou son lourd collier d’or serti de rubis. Elle arrangea ses cheveux, maquilla ses yeux et se rendit vers les cuisines afin de prendre son petit déjeuner. Un nouveau jour démarrait à Fort Céleste, la citadelle semblait aussi s’éveiller après une courte nuit de sommeil, en douceur. Josie faisait partie des lèves-tôt, tout comme l’Inquisitrice, Cullen, Léliana et Cassandra. Néanmoins elle se doutait qu’elle ne croiserait personne aux cuisines ce matin : la maître espionne et la Chercheuse déjeunaient la plupart du temps de leur côté, Lavellan avait interdiction formelle de quitter son lit afin de ne pas rompre ses sutures et le Commandant sautait souvent le premier repas de la journée. La diplomate fut donc surprise de le trouver attablé alors qu’elle pénétrait dans la pièce après avoir salué le cuisinier et ses commis. Ses traits étaient tirés, mais il semblait en forme. Elle le salua chaleureusement :


« Bonjour Commandant ! dit-elle d’un ton enjoué. Il y a bien longtemps que je ne vous ai pas vu prendre le temps de déjeuner !

- Dame Ambassadrice, répondit-il en inclinant le chef. C’est vrai, mais ce sera rapide ne vous en faites pas, beaucoup de travail m’attend, reprit-il d’un ton sérieux.

- Allons Cullen, je plaisantais ! Vous noterez vous-même que l’on est beaucoup plus efficace le ventre plein, déclara-t-elle en se servant un morceau de fromage sur une tranche de pain.

- Si vous le dites »

Ils mangèrent en silence un moment, puis Josie réengagea la conversation :

« Comment vous sentez-vous ? demanda-t-elle. Elle faisait allusion à son sevrage.

- Bien, ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai seulement quelques migraines ». Il sourit, essayant de donner du crédit à ses propos. En réalité il avait encore passé une horrible nuit emplie de cauchemars. Il s’était réveillé nauséeux et tremblant. Mais les symptômes du manque semblaient lui accorder un instant de répit alors qu’il déjeunait. Il était donc aisé au Commandant de mentir afin de n’inquiéter personne. Cullen continua, changeant de sujet :

« Vous devriez vous inquiéter pour Lavellan, elle va finir par sauter à la gorge de quelqu’un si elle reste un jour de plus coincée au lit ».


Joséphine pouffa, il disait vrai. L’Inquisitrice était comme un lion en cage, elle détestait l’inaction. Pourtant ils organisaient les réunions du Conseil à son chevet, mais rien n’y faisait. Elle voulait parcourir le Fort, s’assurer elle-même que tout était en ordre, préparer leur venue au Palais d’hiver, … Finalement ce repos forcé était une bonne chose. L’ambassadrice craignait que Lavellan ne se surmène trop, on ne pouvait être sur tous les fronts à la fois. Elle le lui avait répété maintes fois mais c’était peine perdue. L’antivane demanda :

« Etes-vous allé la voir récemment ? ».

Cullen failli s’étouffer avec son morceau de pain. Après avoir lutté quelques instants pour l’avaler, il répondit d’un ton soupçonneux :

« Pas en dehors des réunions, pourquoi cette question ?

- Vous aviez tellement insisté pour assurer sa protection le jour de son arrivée, je pensais… Laissez tomber, ce ne sont pas mes affaires ».

«Effectivement » acquiesça-t-il. Il n’y avait aucune animosité ou agacement dans le ton du Commandant, il avait répondu en souriant et de façon courtoise. Il appréciait Joséphine et ne voulait pas la froisser. Mais l’ambassadrice avait raison, ce n’était absolument pas ses affaires ! Il termina son repas et prit congé de la diplomate en lui souhaitant une agréable journée. Ils se reverraient certainement.

Joséphine souriait largement après le départ du Commandant. Il n’avait pas nié catégoriquement comme les fois précédentes où Léliana et elle le taquinaient à propose de l’Inquisitrice – pourtant, il y avait des regards qui ne trompaient pas-. Il n’avait pas nié et était resté parfaitement calme. L’ambassadrice avait beau être une acharnée du travail, une négociatrice hors pair et impitoyable, c’était aussi une grande romantique. La simple idée qu’un amour pouvait naître en ces temps troublés lui donnait du baume au cœur. Elle débarrassa la table comme à son habitude et se rendit à son bureau. Une montagne de paperasse l’attendait mais son attention fut retenue par une missive : Gaspard de Châlons leur proposait une entrée pour le Palais d’hiver.

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Mithraël



L’Inquisitrice lisait un rapport du Commandant sur les Lames d’Hessarian de la Côte orageuse tout en sirotant son thé. Il faudra qu’elle envoie quelqu’un le chercher afin qu’ils en discutent plus avant. Ils ne s’étaient pas retrouvés seuls après ce fameux soir. Ils se comportaient comme si rien ne s’était produit. La jeune femme s’était donc faite une raison, il devait sans doute s’agir d’amitié. Mithraël reprit sa lecture puis posa les documents sur sa table de chevet en soupirant : « Deux jours …encore deux jours et je retrouverai ma liberté ! ». Non pas qu’elle se pensait indispensable quant au bon fonctionnement de l’Inquisition, mais elle détestait au plus haut point rester clouée au lit alors que tout le monde travaillait. De plus, ses conseillers ne venaient la voir qu’en cas d’urgence afin de « la laisser se reposer ». La jeune femme pestait en elfique alors que Dorian pénétrait dans sa chambre :


« Attention Lavellan, bientôt je saurais ce que cela signifie et vous ne pourrez plus grommeler tranquillement ! » menaça-t-il d’un ton moqueur. Il avait demandé à l’Inquisitrice de lui apprendre quelques termes elfiques pour « briller en société » mais surtout pour occuper son amie dont l’humeur devenait de plus en plus exécrable à mesure que le temps passé clouée au lit s’allongeait. Le tévintide savait très bien que le langage elfique se perdait depuis que l’Empire avait envahi les cités des premiers elfes. Mais les dalatiens avaient conservé quelques expressions, et l’homme était de nature curieuse.

« Bonjour à vous aussi » répliqua-t-elle d’un ton boudeur, mais tout sourire.

Sans plus de cérémonie, Dorian prit place à côté d’elle dans le lit et sortit plusieurs feuilles de parchemin où il avait commencé à rédiger des termes elfiques et leur traduction. Voir le mot écrit l’aidait à la prononciation. Il arrangea sa paperasse sur la fine planche qui lui servait de support d’écriture, déposa un encrier et une plume sur la table de chevet et se tourna vers Mithraël :


« On pourrait passer aux insultes distinguées maintenant ? C’est ce qui me sera le plus utile je pense. Imaginez la scène, - il ferma les yeux, ouvrit ses bras comme pour planter le décor- moi insultant mon voisin de table à un dîner mondain, et lui me regardant en souriant courtoisement alors que je viens de lui annoncer qu’il n’était qu’un « reliquat de matières fécales de cochard ».

Mithraël leva les yeux au ciel et pris une mine faussement outrée : « Je me propose de partager avec vous ma culture, mes racines, et tout ce qui vous intéresse c’est de pouvoir dire ces inepties ! »

- Ce ne sont pas des inepties ! J’ai réfléchi toute la nuit avant de sortir pareille merveille ! s’offusqua faussement Dorian.

- Alors votre cas est bien plus désespéré que je ne le pensais, soupira Mithraël.

- Trêve de plaisanterie, le mage semblait redevenir sérieux, vous allez m’apprendre à le dire oui ou non ?

- Je ne connais pas de termes pour cela, il faudrait demander à Solas » dit-elle en riant.

Dorian l’imita « Je le lui demanderai, rien que pour voir l’expression de son visage !

- Len'alas lath'din ! répliqua Mithraël

- Ce qui veut dire ?

- Sale gamin détesté de tous, répondit la jeune femme toute fière.

-Vendu ! répondit le tévintide, vous me l’épelez ? »


Ils continuèrent la petite leçon pendant environ une heure. Dorian avait ensuite ouvert un livre portant sur les arcanes nécromanciennes. Il ne perdait jamais une occasion pour perfectionner son art. Mithraël lisait distraitement par-dessus son épaule. Elle avait préféré se spécialiser dans la magie des failles. La fatigue menaçait de la faire sombrer à nouveau. Elle posa sa tête contre le bras de son ami, qui se tassa un peu plus dans le lit afin qu’elle repose sur son épaule. La jeune femme se doutait qu’il savait parfaitement qu’elle n’allait pas aussi bien qu’elle ne voulait le faire paraître. Mais il n’en faisait pas allusion, c’était un accord tacite : Chacun savait qu’il pouvait compter sur l’autre et c’est tout ce qui importait. Il continua sa lecture au rythme de la respiration apaisée de Mithraël. Néanmoins le repos de cette dernière fut de courte durée.

Une tornade rouge et or fit irruption dans la pièce, courut jusqu’à eux et atterrit sur ses appuis au bout du lit après un magnifique saut périlleux. Sera affichait un large sourire, pas gênée le moins du monde de troubler le repos de l’Inquisitrice :


« Ben alors Dorian, on a changé de bord ? ricana-t-elle

- Elle dormait ! rétorqua le tévintide en lançant un regard noir à l’archère.

- Laissez, dit Mithraël avec une voix ensommeillée, un problème Sera ? s’enquit-elle

- Non non Inquisitrice, cessez de vous faire du souci pour rien ! réplique-t-elle. Je venais seulement prendre de vos nouvelles ». Plus aucun air malicieux ni blague vaseuse, la voleuse était réellement anxieuse.

- Je vais bien, dans deux jours je sors de ce maudit lit ! répondit l’elfe.

- Génial ! s’exclama Sera. Non parce-que … la Messagère d’Andrasté tuée par un simple assassin … c’est pas possible hein ? »

Dorian et Mithraël se turent. Le premier était andrastien, bien qu’il réprouvait la Chantrie, mais croyait l’elfe quand elle disait qu’elle n’était en aucun cas la Messagère. Ce n’était pas le cas de Sera et de nombreux autres. Il avait été vain de la convaincre. Ne voulant pas l’ébranler plus que mesure, ni rentrer une fois de plus dans un dialogue de sourds, l’Inquisitrice reprit :

«  Ne vous en faites pas, je suis guérie, la rassura-t-elle

- Génial, répéta Sera, je savais bien qu’ils se faisaient tous du souci pour rien ! Vous êtes une dure à cuire Inquisitrice. Bon, c’est pas que j’m’ennuie, mais j’préfère l’ambiance de la taverne, y a trop de sérieux dans cette pièce » dit-elle en jetant un œil au livre de Dorian. Et elle partit comme elle était venue.

«  Parfois je pense avoir saisi le personnage… et puis je réalise que non finalement, nota Dorian d’un ton pensif.

- Sera a un bon fond, c’est une râleuse qui jure comme un charretier mais on peut compter sur elle. Du moment qu’on ne lui dit pas qu’elle a quoique ce soit à voir avec les elfes, répondit Mithraël, amusée.

- Je n’en doute pas Lavellan, mais avouez que c’est un curieux personnage !

- Une dalatienne que l’on appelle « Messagère d’Andrasté », un mage tévintide paria arrogant, un esprit qui se prend pour un humain, un espion Qunari qui saute sur tout ce qui bouge, un nain conteur d’histoire qui parle à son arbalète comme si c’était une véritable personne, un mage elfe qui passe plus de temps dans l’Immatériel que dans le monde réel, une guerrière qui lit des romans à l’eau de rose, une Grande Enchanteresse orlésienne dont on ignore les motivations, un Garde des Ombres qui ne sait rien sur les activités de son ordre… et seule Sera serait un curieux personnage ? énonça Mithraël en souriant

- Je ne suis pas arrogant ! répliqua Dorian d’un ton boudeur.

- Non, vous êtes bien pire que ça !

- Len'alas lath'din, répondit fièrement le mage.

- Petit misérable » ! rétorqua Mithraël, faussement outrée, en écrasant un de ses oreillers sur le visage de son ami.

Ils rirent de bon cœur puis finirent par se calmer. Dorian reprit sa lecture et Mithraël sa sieste, la tête reposant toujours sur l’épaule du mage.

_______________________________________________________________________________________


Zevran



Ils étaient finalement arrivés à destination. Se tenant côte à côte, juchés sur leurs montures, Milva et Zevran contemplaient Wyzima. Les murs de la cité fortifiée avaient certainement été d’un blanc éclatant autrefois, aujourd’hui terni par la couleur jaunâtre des poussières de soufre. Le soleil s’y réfléchissait et n’en éblouissait pourtant pas moins les voyageurs. Si elle était imposante, la ville ne semblait pas particulièrement étendue. Il fallait avouer qu’une certaine volonté était nécessaire pour s’établir dans ces plaines perdues. Sans parler de ce soufre… A l’ouest courait un fleuve qui se jetait certainement dans la Mer fendue. Un port de taille respectable se dressait sur la berge. La proximité du cours d’eau permettait la culture de diverses céréales et légumes, dont certains qui étaient totalement inconnus aux deux elfes. De larges bandes de tissus épais étaient repliées à côté des plantations, sûrement pour protéger les récoltes des dépôts de soufre en cas de besoin. On pouvait également entendre au loin les bêlements d’un élevage de moutons. De nombreuses petites maisonnettes de paysans  se dressaient çà et là au milieu de la steppe. Un navire était à quais, un bâtiment marchand au vu de l’activité qui grouillait au niveau du port. La voie nautique semblait être privilégiée pour le commerce dans cette zone reculée. En effet, on ne pouvait appeler route le chemin sur lequel voyageait la petite troupe.


Les pensées de Zevran étaient confuses. Il ne savait dire si cela était le fait de la chaleur ou de la fièvre, ou de la chaleur de la fièvre. Sa blessure n’était pas profonde mais elle peinait à cicatriser. Cette bête de malheur produisait peut-être du venin. Milva lui jeta un rapide regard inquiet puis enjoignit sa monture à avancer. Le cheval de l’assassin, suivi de près par Hatchi, lui emboîta le pas. Ils n’avaient pas beaucoup échangé ces derniers jours. Lui était trop embrumé pour tenir longtemps une conversation sensée et elle était trop anxieuse à l’idée de ne jamais trouver cette ville de malheur, sous cette chaleur de malheur tout en respirant ce soufre de malheur. Zevran soupira. Il haïssait son état. Etre faible et devenir un fardeau pour l’Héroïne lui faisait horreur. Il devait également admettre qu’il en était blessé dans son amour propre. Le canidé aboya doucement comme pour le sortir de ses sombres pensées. L’ancien Corbeau releva la tête. Les portes de la ville étaient en vue, protégées par une lourde herse et gardées par deux sentinelles. C’était sans compter les archers postés sur les remparts. « Cela fait beaucoup de protection pour une ville de cette taille » pensa Zevran. Allaient-ils seulement les laisser entrer ? Rien n’était moins sûr.


La jeune femme se présenta la première aux gardes. Zevran ne perçut que des bribes de leur conversation. Les mots « simples voyageurs », « besoin d’un guérisseurs » et « argent » furent les seuls qu’il put comprendre. Il entendit également le nom de la petite bourgade dans laquelle ils avaient fait étape des jours et des jours auparavant. Un des gardes disparut alors par la poterne. Un silence de plomb s’installa. L’assassin pouvait deviner que Milva se faisait violence pour rester calme mais ses poings serrés et ses sourcils froncés témoignaient de son impatience. Elle jetait également régulièrement des regards anxieux à son ami. Le mabari était resté en retrait, aux côté de l’ancien Corbeau. Le garde restant demeurait de marbre. Après quelques minutes, son collègue revint vers eux. Il échangea quelques mots avec  l’Héroïne en désignant Zevran puis fit signe de lever la herse et ouvrir les portes. La compagnie s’engagea alors.

Si les maisons des paysans étaient principalement faites de bois, du bois certainement importé étant donné qu’il n’y avait pas l’ombre d’une forêt à des kilomètres à la ronde, les habitations citadines aux toits plats semblaient constituées de la même pierre que les remparts. Par réflexe, Zevran réfléchissait déjà à un moyen d’entrer et sortir sans être vu. Ces toits plats étaient une aubaine pour se déplacer, mais c’était sans compter sur les archers et arbalétriers qui patrouillaient sur les murs. Alors qu’ils avançaient vers ce qui semblait être une auberge, seulement quelques regards curieux se retournaient sur leur passage. Les habitants semblaient plus accoutumés aux voyageurs et étrangers que dans le petit village où ils s’étaient arrêtés en premier lieu. Ils croisèrent également des hommes vêtus de longues étoffes amples qui les couvraient jusqu’à la tête. « Pratique pour parcourir ces terres nues sans respirer la poussière de soufre » nota l’assassin. Il parvenait rassembler peu à peu ses esprits, la découverte d’un nouveau lieu mettait tous ses sens en éveil. L’ancien Corbeau étudiait l’endroit, les cherchait les différentes issues, jaugeait les gens, … Son regard s’attarda sur le dos de Milva. L’elfe revêtait une cape d’un tissu assez fin pour ne pas lui tenir trop chaud mais assez épais pour la préserver des rayons lumineux. Ses cheveux rouges flamboyants tranchaient réellement avec le reste de sa tenue dont les tons étaient beige à vert. Elle aussi paraissait aux aguets, il devinait qu’elle jetait des regards furtifs autour d’elle. Si l’Héroïne était tendue, elle faisait son maximum pour le cacher, en témoignait le calme dont faisait preuve sa monture. Hatchi trottinait aux côté de l’assassin, même le mabari semblait plus que sérieux.


Laissant leurs chevaux à l’un des hommes travaillant pour l’auberge, ils entrèrent dans cette dernière. La matinée n’était pas encore très avancée, aussi la salle principale était vide. Les trois compagnons s’avancèrent en direction du comptoir où un homme imposant essuyait une chope. Il les laissa approcher avant de s’adresser à eux d’un ton enjoué :


« Bienvenue voyageurs ! Que puis-je pour vous ? Il est encore un peu tôt pour le service du déjeuner mais je dois avoir des restes du ragoût de mouton de la veille. Je sers également une très bonne bière qui me vient de Palanthe ».

Le tavernier se tut et attendit la réponse de ses invités. Un air jovial se peignait sur son visage et ses petits yeux noisette étaient chaleureux. Des cheveux brun mi- longs cascadaient jusqu’à ses épaules musculeuses. Il avait un teint hâlé, comme la plupart des gens ici. Si sa bedaine laissait deviner un certain goût pour les bonnes choses, il ne faisait aucun doute que cet homme avait passé une grande partie de sa vie à travailler aux champs, ou  sur les docks au vu de sa carrure. Zevran l’aurait parié. Interrompant l’étude approfondie que menait l’assassin sur leur hôte, Milva prit la parole :


« Avant toute chose, mon ami ici présent aurait grandement besoin de l’examen d’un guérisseur. Sauriez-vous si une telle personne se trouve entre ces murs ? » demanda-t-elle d’un ton un peu brusque qui trahissait son impatience.

Semblant se rendre compte de son manque de tact, elle ajouta précipitamment : « Bien sûr nous serions heureux de goûter cette délicieuse bière ensuite ». Un sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme. Zevran faillit soupirer, ce n’était pas pour rien que c’était lui qui parlait d’habitude. Aller droit au but pouvait être une qualité, dans les circonstances qui convenaient. Or ils étaient seuls, dans un endroit inconnu, entourés de gens inconnus. Le colosse ne se formalisa pourtant pas du ton qu’avait pris l’Héroïne et répondit cordialement :

« Harred serait certainement l’homme de la situation, il habite non loin d’ici, proche de la place du Marché ». Il marqua une pause, sembla réfléchir, hésiter, puis se lança : « C’est étrange d’ailleurs, vous avez le même accent que lui ». Zevran décela la tension qui avait parcouru le corps de son amie à la suite de cette révélation. Il pria silencieusement qu’elle conserve son calme et ne dise pas d’âneries. Lui-même ne pouvait intervenir, cela semblerait trop soupçonneux. Hatchi demeurait de marbre, mais ses oreilles étaient dressées, alertes, comme s’il attendait le dénouement de cette situation. Néanmoins, Milva se dépêtra seule de la situation :

« Oh vraiment ? » s’exclama-t-elle avec une surprise feinte. Sa voix était un peu trop aigüe comparé à d’habitude mais l’aubergiste ne pouvait le savoir. « Je serais heureuse de rencontrer quelqu’un venant de ma propre patrie ! Cela fait un moment que je l’ai quittée à présent ». Elle afficha une mine triste et son regard se perdit dans le vague. Comprenant son manège, Zevran vint poser une main réconfortante sur son bras. L’Héroïne baissa la tête, fit semblant d’essuyer les coins de ses yeux et pris la main de l’assassin dans la sienne.

Un air désolé et embarrassé se dessina sur le faciès du tavernier. Il répondit d’un ton hésitant :

« Pardonnez-moi d’avoir éveillé de douloureux souvenirs ma dame. Venez, je vais vous mener chez Harred et à votre retour je vous servirai une pinte de cette délicieuse bière ! A propos, appelez-moi Qassim.

- Milva » répondit cette dernière en tendant une main amicale au tavernier. Ils échangèrent une vigoureuse poignée de main puis l’Héroïne présenta Zevran et Hatchi. Qassim demanda ensuite à l’un de ses employés de tenir le comptoir pendant qu’il menait les trois compagnons chez le guérisseur.


Une fois devant la porte de ce dernier, le colosse les laissa là et reparti vers son auberge. Les deux elfes échangèrent un regard. L’Héroïne semblait sur le point d’exploser. Après tant de chemin parcouru, de difficultés rencontrées, ils approchaient enfin du but. Pourtant elle hésita avant de frapper à la porte, suspendant son geste. L’assassin entoura alors la main de l’elfe avec la sienne et ils toquèrent ensemble. Zevran ne lâcha pas la jeune femme, il pouvait ressentir sa fébrilité. Il la serra plus fort, espérant parvenir à la calmer. Des bruits de pas se firent alors entendre. Un verrou céda et la porte commença à s’ouvrir. L’Héroïne retint son souffle.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyJeu 26 Mar - 20:19

Chapitre 11 : Coup monté


Mithraël



L’après-midi était déjà bien avancée à Fort Céleste. L’Inquisitrice avait gagné le droit de quitter son lit, mais pas le Fort. Elle profitait tout de même de sa liberté retrouvée et, comme à son habitude, avait couru partout afin de s’assurer que tout se déroulait pour le mieux. La population du bastion semblait soulagée d’avoir retrouvé sa Messagère. Les rumeurs étaient allées bon train quant au fait qu’elle ne sortait plus de ses quartiers. Certains même s’étaient risqués à dire qu’elle s’était enfuie et qu’on le leur cachait, que les Conseillers inventaient n’importe quel prétexte expliquant pourquoi Lavellan ne paraissait plus « en public ». Mais Mithraël mit fin à ses on-dit en une seule journée. Elle était d’abord allée voir leur intendant afin de s’assurer que personne ne manquait de rien. Puis elle avait enchaîné avec les soldats s’entraînant dans la cour aménagée pour, sous l’œil sévère, mais juste, de Cassandra. Voir la Messagère rehaussa le moral des troupes, et c’est avec une ardeur redoublée qu’ils reprirent leur entraînement après l’avoir aperçue. La Chercheuse adressa un sourire à l’elfe, visiblement heureuse de la voir remise.


Délaissant les soldats, Mithraël choisit de passer un moment avec ses confrères mages. Une tour entière avait pu être aménagée pour ces derniers. « Quelle ironie » pensa-t-elle amusée « Quitter une tour pour une autre ». Mais l’intérieur n’avait rien de semblable à une tour du Cercle. Nul templier ne patrouillait ici. Oh, il y en avait bien qui passaient, de temps à autres, mais leur présence n’était pas systématique. Aucun incident n’était à déplorer pour le moment. Mieux, les tensions semblaient s’apaiser entre les factions. Il est vrai que les débuts avaient été difficiles, surtout à Darse … La jeune femme chassa ses pensées. Elle ne voulait pas repenser à Darse, à tous ces morts, à ce monstre de lyrium, à ce dragon, à Corypheus, … Les Venatori à la solde de ce dernier semblaient peu à peu investir de nombreuses régions en Férelden et Orlaïs. L’Inquisition avait plus que tout besoin du soutien de l’Empire pour faire face. C’est pour cette raison que la réception à Halamshiral devait être une réussite. Et c’est pour cette raison que l’Inquisitrice quitta précipitamment les mages pour rejoindre ses quartiers : l’heure de sa leçon de danse et de Noble Jeu approchait dangereusement.


Elle dévala les escaliers de la tour et traversa à grands pas le petit jardin du Fort. Elle ne put s’empêcher de veiller à ce que les plantes ne manquent de rien. De nombreuses elfidées avaient été mises en culture de par leurs vertus curatives. Mais durant ses expéditions, Mithraël avait déniché de nombreux autres végétaux dont elle ramenait les graines afin de tenter de les faire pousser ici. L’herbe en fuseau et le lotus noir peinaient à prendre, l’endroit n’était certainement pas assez humide à leur goût. La jeune femme se dit qu’ils devraient essayer d’établir une petite mare pour ce genre de plante. Par contre, elle était parvenue à avoir de la Grâce cristalline qui entrait elle aussi dans la composition de cataplasmes de soin. Après avoir salué poliment Mère Giselle, l’Inquisitrice continua sa route.


Arrivée dans le hall, elle ne put se débarrasser rapidement des nobles présents. La première sortie de l’Inquisitrices depuis plusieurs jours était un évènement marquant ! Après avoir échangé des sourires forcés, formules de politesse et autres joyeusetés auxquelles l’elfe détestait se prêter, elle se faufila prestement jusqu’à la porte menant à ses quartiers.


***

Varric


Varric l’avait regardée, amusé. Si les banalités échangées avec les nobles dans le hall de Fort Céleste agaçaient Lavellan, elle ne serait pas au bout de ses peines durant le bal masqué ! Il aperçut ensuite l’ambassadrice. Joséphine était une Joueuse hors-pair, au même titre que Léliana. Elle ne resta pas plus longtemps que l’Inquisitrice, mais il n’était parvenu à déceler quelconque hâte ou impatience sur le visage de Josie. Heureusement que Fanfreluche était là pour enseigner les rudiments de cet art à Lavellan, dont le faciès se lisait comme un livre ouvert, sinon il ne donnait pas cher de la peau de l’Inquisition au Palais d’hiver !

Le nain stoppa là ses pensées. Le moment était venu. Il saisit l’occasion pour s’entretenir avec Dorian, étant sûr que Lavellan ne risquait pas de les interrompre. Il trouva le mage dans la bibliothèque, encore absorbé par l’un de ces ouvrages ennuyeux dont il semblait raffoler. Le voleur prit place à côté du tévintide :

« Nous avons un problème » dit-il d’un ton grave.

Dorian leva le nez de son livre et jeta un regard interrogateur à Varric : « Quel genre de problème ?

- La situation semble désespérée, il faut intervenir sans délais !  déclara le nain d’un ton faussement alarmé.

- Mais enfin, de quoi parlez-vous cher conteur ? répondit le mage en fronçant les sourcils. Dorian détestait ne pas saisir quelque chose, Varric le savait et il adorait en jouer.

- Deux personnes semblent avoir besoin qu’on leur ouvre les yeux sur certaines choses … » déclara le nain d’un ton énigmatique, non sans adresser un clin d’œil au tévintide.

Le mage sourit, il comprit enfin : « J’imagine que cela implique notre bien-aimée Inquisitrice et un certain Commandant,  répondit-il innocemment.

- Quelle perspicacité ! Vous m’impressionnez Etinceleur, se moqua doucement le nain

- Blabla, épargnez moi votre condescendance. J’imagine que vous avez déjà un fabuleux plan en tête ? supposa Dorian. Il avait refermé soigneusement son livre, à présent tout ouï.

- Bien entendu, et je vais avoir besoin de vous, ainsi que d’une voleuse hors pair… Sans parler d’un public !


***

Sera


Elle attendait le bon moment. L’archère n’avait pas pu se charger elle-même de duper le Commandant,  il ne lui aurait jamais fait confiance après les quelques facéties qu’elle avait pu lui faire comme saboter son bureau ou encore cacher ses bottes au sommet d’une des tours du bastion. C’était plus fort qu’elle, elle aimait trop ce genre de farces. Et le chef des armées était la cible idéale, toujours si sérieux, si propre sur lui … C’était d’ailleurs pour cela qu’il était sa cible préférée. La voleuse ricana doucement en pensant à la suite des évènements. Elle commençait néanmoins à s’impatienter, cela faisait dix bonnes minutes que Dorian était dans le bureau de Cullen !

***

Dorian



« Je vous assure Commandant, je n’ai absolument aucune idée de comment vous avez fait votre compte mais votre manteau est déchiré au niveau du dos ». Le mage se retint de rire en voyant Cullen se contorsionner pour essayer de mettre la main sur la déchirure imaginaire. Il s’en voulait presque d’être le seul à pouvoir assister à cela.

« Mais je n’ai rien senti ni entendu,  protesta Cullen.

- Donnez-le-moi, je vais vous montrer. Il faudra l’apporter au tailleur, le chef des armées ne peut se promener avec sa cape en lambeaux ! ». Le Commandant entreprit de détacher les lanières qui fixaient son pardessus à son armure. Dorian éternua alors bruyamment : « Je ne m’habituerais jamais aux températures de ces montagnes » s’indigna-t-il faussement.

***

Sera



Le signal ! Sera bondit du créneau où elle attendait et se rua dans le bureau du Commandant en hurlant : « Un cochard géant ! Venez vite ! ». Cullen fit volte-face, sa cape glissa sur ses épaules et tomba au sol. Ceci allait faciliter grandement le travail de l’elfe. Le chef des armées la regardait d’un air incrédule, devant certainement se demander quel nouveau coup elle lui préparait cette fois. Sans crier gare, la voleuse se rua alors sur le manteau et l’emporta sur les remparts en poussant des cris victorieux entrecoupés de rires bruyants. Le Commandant n’avait toujours pas bougé, il ne comprenait rien à la situation. Il regarda Dorian d’un air soupçonneux mais ce dernier haussa innocemment les épaules. Dans un profond soupir et levant les yeux au ciel, Cullen partit à la poursuite de l’archère.

***

Varric


Varric s’annonça et toqua à la porte des quartiers de l’Inquisitrice. Il attendit qu’on l’invite à entrer. C’est un accent antivan qui résonna dans la pièce « Entrez ». Le nain s'exécuta et sourit en voyant la scène : Fanfreluche et Tornade pouffant comme deux adolescentes, bras dessus brasse dessous, lancées dans une danse rythmée. Il se serait bien assis pour profiter du spectacle, ces moments étaient rares. Mais il avait un timing à respecter. Le voleur afficha une mine inquiète :

« Inquisitrice, je suis vraiment désolé d’interrompre un si beau moment de complicité mais Sera m’envoie. Elle vous attend dans la salle du Conseil, elle n’a pas l’air en forme ». Il s’en voulait presque de l’inquiéter pour rien, mais il le fallait. Mithraël ne posa pas de questions et fonça vers l’état-major. Varric n’aurait pu lui trouver meilleur surnom. Au regard interrogateur de Joséphine, il répondit par un clin d’œil.

***

Mithraël


Mithraël entra en trompe dans la salle du Conseil « Sera ? » appela-t-elle, inquiète. Un ricanement l’accueillit. Elle tourna la tête et vit la voleuse, luttant pour retenir son fou-rire, emmitouflée dans le manteau de Cullen. L’Inquisitrice l’invectiva : « Sera… j’ai eu peur ! Varric avait l’air tellement inquiet ».

- Désolée Inky, mais il fallait que vous veniez voir ça ! Vous auriez dû voir la tête du Commandant ! Tenez, essayer la ! ». Elle lui tendit la cape. Mithraël sourit :

« Pauvre Commandant, vous lui en faites voir ces derniers temps. Et arrêtez avec ce surnom ! On dirait un nom de chien !

- Il est trop sérieux Inky, j’essaie de le dérider un peu ! se justifia Sera avec un air malicieux. Essayez-le ! insistait-elle, il ne m’a pas suivie, promis ! » L’archère croisa néanmoins les doigts derrière son dos.  Elle ne releva pas les protestations de Lavellan, si « Inky » la dérangeait réellement, elle n’aurait pas hésité à le lui faire savoir de façon plus convaincante.


Mithraël hésita. Partagée entre la petite fille qui voulait faire une bêtise et l’Inquisitrice qui devait conserver son sérieux et une bonne image. La jeune femme analysa la situation : Elles étaient seules, l’archère était sûre que Cullen ne l’avait pas suivie … Au diable la crédibilité ! Avec un regard pétillant, elle enfila le manteau du Commandant et entreprit d’afficher un air très sérieux avant de déclarer d’une voix grave en fronçant les sourcils :

« Je n’en peux plus de vos enfantillages Sera ! Cessez de m’importuner ».

L’archère partit dans un grand rire. Non seulement l’imitation de l’Inquisitrice était parfaite, mais en plus Cullen se tenait à présent dans l’encadrement de la porte, appuyé négligemment contre un des montants. Lavellan lui tournait le dos, elle ne l’avait pas encore remarqué. Sera dépassa alors Lavellan prestement puis se glissa entre le Commandant et la porte avant de s’enfuir à toutes jambes en gloussant. Cullen déclara alors d’un ton amusé, avant que l’Inquisitrice ne remarque sa présence :

« J’ai vraiment cette voix-là ? »


La mage fit volte-face et rougit violement. Elle était pétrifiée. A cet instant, elle souhaitait plus que tout connaître l’art de la métamorphose et se transformer en petite souris afin de pouvoir s’échapper. L’elfe prit sa tête dans ses mains et grommela : « Je vais la tuer ». Ils ne s’étaient pas revus seuls depuis son retour de Boscret, depuis qu’il lui avait dit qu’il ... tenait à elle ? Et voilà qu’il la surprenait dans pareille situation !

« Il semblerait que l’on se soit joué de nous » déclara Cullen, affichant toujours un sourire amusé devant l’embarras de l’Inquisitrice.

Cette dernière releva la tête, une expression machiavélique sur le visage :

« Commandant, hurlez-moi dessus »

« Pardon ? » répondit Cullen, incrédule

« Hurlez-moi dessus, dites qu’en tant qu’Inquisitrice c’est indigne de ma part de m’abaisser à ces enfantillages, que vous avez mieux à faire. Improvisez ! ». Il sembla comprendre où elle voulait en venir :

« Par le Créateur, dans quoi suis-je en train de m’embarquer » soupira-t-il, en lui adressant néanmoins un léger sourire.

***


Varric, Dorian, Sera, Joséphine et Blackwall se dirigeaient discrètement vers la salle du Conseil afin de vérifier si le plan du nain avait fonctionné. Cependant, à la place des rires qu’ils attendaient, ils entendirent des cris. Ils s’arrêtèrent en plein milieu du couloir menant à la pièce :

« Puisque je vous dis que je n’y suis pour rien dans cette histoire ! » s’indigna Mithraël. Elle sortit en trombe de la salle, Cullen sur ses talons. Il tenait sa cape en boule sous son bras.

« Même prise sur le fait vous continuez à nier ! Vous êtes vraiment pitoyable, rétorqua Cullen d’un ton méprisant.

- Et vous vous êtes borné ! Vous devriez rire de temps en temps ! Si tant est que vous sachiez comment faire ! s’emporta la jeune femme.

- Je n’ai pas le temps pour ces enfantillages ! Et vous non plus. Vous avez une prestance, une image à conserver ! Je peux pardonner à Sera, mais ces frasques sont indignes de votre titre, répondit le Commandant d’un ton tranchant. Vous pensiez amadouer Célène avec ce genre de gamineries peut-être ?

- Alors quoi ? Je devrais afficher une mine maussade et renfrognée toute la journée ? Comme vous savez si bien le faire ? » répliqua Mithraël, ses yeux flamboyaient.

Ils se stoppèrent en voyant les spectateurs. Cullen continua son chemin en grommelant et Mithraël leur asséna un : « Vous n’avez rien de mieux à faire ? » Elle reprit plus fort, afin que Cullen l’entende : « Attention, c’est indigne de votre rang d’espionner les conversations d’autrui vous dirait le Commandant ! ».

Elle se retint de toutes ses forces d’éclater de rire en voyant la mine déconfite de ses amis. Elle sortit ensuite du couloir comme une furie, claquant la porte de l’étude de l’Ambassadrice derrière elle.

Varric croisa les bras sur son torse, la mine contrite : « Hum, ce n’est pas ce à quoi j’aspirais » déclara-t-il en se passant nerveusement la main dans les cheveux.

Sera renchérit en soupirant : « Ils sont irrécupérables ! ».

Dorian se sentait coupable : « Il faut leur dire la vérité, on ne peut les laisser comme ça ». Joséphine et Blackwall acquiesçaient silencieusement.

C’est alors que Cullen et Mithraël reparurent, cette dernière portait à nouveau la cape du Commandant sur les épaules. Elle annonça d’un ton théâtral :

« Tels furent pris qui croyaient prendre ! »

Les mines stupéfaites de leurs compagnons leur arracha un franc rire. Varric se reprit et applaudit, bientôt imité par tous les autres. Le nain s’inclina bien bas :

« Chapeau à notre duo Bouclettes et Tornade, j’y ai cru, avoua-t-il.

- Cullen, je ne vous savais pas de tels talents d’acteur ! renchérit Joséphine. Et vous non plus Inquisitrice, Halamshiral sera une bagatelle ! plaisanta-t-elle.

- J’avais une excellente partenaire, répondit le Commandant en souriant à Mithraël. « Mythal me vienne en aide, ce qu’il peut être rayonnant lorsqu’il sourit ainsi ».

- Blablabla, c’est vach’ment moins drôle d’être la bernée de l’histoire ! J’me vengerai Inky ! menaça Sera avant de quitter la pièce, suivie de près par Varric. Joséphine et Blackwall les imitèrent et partirent de leur côté. Dorian leur emboîta le pas, il adressa un clin d’œil à son amie avant de refermer la porte.


Cette dernière reporta son attention sur le Commandant, affichant toujours sa mine espiègle : « Vous jubilez, nota-il amusé.

- Bien sûr que je jubile ! C’était parfait ! » répondit Mithraël. Ses yeux pétillaient encore de satisfaction.

« Vous êtes tellement … surprenante ». Il avait du mal à croire que cette même jeune femme qui jubilait comme une enfant qui avait réussi son coup était aussi l’Inquisitrice, leur leader, leur inspiration. Elle était celle avec qui il devisait stratégie ou encore celle à qui il avait confié ce passé qui lui faisait honte. Mais elle était également la femme dont la volonté sans faille lui avait permis de survivre à une avalanche et à une marche forcée sous le blizzard. Au souvenir de ce douloureux épisode, son regard s’assombrit. Mithraël le remarqua. Elle se rapprocha du Commandant et posa une main sur son bras :


« Cullen ? Tout va bien ? » demanda-t-elle. Les spectre du lyrium planait toujours au-dessus du chef de l’armée, elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter de son état de santé.

Il regarda ses grands yeux pâles qui exprimaient son inquiétude. Ils firent voler la carapace du Commandant en éclats. Il sourit en la voyant drapée dans sa cape qui était beaucoup trop grande pour elle. Il savait qu’ils ne devaient pas, qu’ils ne pouvaient se le permettre. Mais, « Par le Créateur, qu’elle est belle » ! Cullen tendit la main et caressa la joue de la jeune femme, faisant courir ses doigts le long de sa cicatrice. Mithraël avait frissonné à son contact, c’était reparti pour les papillons dans l’estomac ! Elle n’osait pas bouger, ayant trop peur de le brusquer. La jeune femme ne put que lui adresser son plus beau sourire, l’inquiétude dans ses yeux avait fait place à une étincelle. Si elle ne disait rien, ses iris parlaient pour elle. Il ne tint plus. Il déposa délicatement ses lèvres sur celles de la jeune femme, enserrant sa taille de sa main libre et passant l’autre de sa joue à ses cheveux ébène. La jeune femme répondit à son baiser, passant ses bras autour du cou de Cullen afin de se rapprocher encore plus.


C’est alors qu’un « Yes ! » sonore retentit de derrière la porte de l’étude de l’ambassadrice qui s’ouvrit sur une Sera triomphante : « Je l’savais ! Je l’savais que d’une manière ou d’une autre on aurait réussi ! ». Cullen et Mithraël se séparèrent vivement. « Oh oh ne vous arrêtez pas pour moi ! Faut qu’j’aille annoncer la bonne nouvelle à Varric ! ». Sur ce, elle se précipita à la recherche du nain.


« Tant pis pour la discrétion » déclara Mithraël, amusée. Cullen pressa son front contre celui de la jeune femme. Les joues de cette dernière rosirent à ce contact. Et ce regard… Malicieux ? Espiègle ? Brûlant ? Elle ne savait le décrire, elle ne l’avait jamais vu, mais il la fit fondre instantanément. Son cœur battait la chamade « Un jour je parviendrai à maîtriser » se promit-elle. Il lui répondit doucement :

« Les rumeurs courent dans les baraquements depuis notre promenade nocturne à Darse vous savez »

Elle se recula légèrement, surprise : « Je n’en avais jamais entendu parler ! »

- Aucune recrue ne souhaitait s’attirer les foudres de la Messagère d’Andrasté, répondit-il d’un ton rieur.

- Mais personne ne craignait les représailles du Commandant ? Je vous pensais plus impressionnant que cela ! se moqua-t-elle

- Détrompez-vous, se défendit-il en fronçant les sourcils, j’ai seulement mes informateurs

- Cela veut-il signifier que depuis tout ce temps… demanda-t-elle, hésitante.

- Non, admit-il, j’étais encore aveuglé à ce moment. Quel imbécile j’ai pu être, surtout quand je repense à ma réaction lorsque vous aviez proposé une alliance à Fiona… Je ne mérite pas une seule seconde votre attention ». Il baissa la tête et fixa ses bottes.

Elle se rapprocha de lui et prit sa tête entre ses mains. Une barbe naissante s’étalait le long de sa mâchoire. Elle trouvait que ça lui allait à merveille. La jeune femme suivit le dessin de ses lèvres avec son pouce, rencontrant la cicatrice qui traversait celle du haut. Il fuyait son regard mais ne cherchait pas à se dégager. Elle le força doucement à la regarder dans les yeux :

« Peu importe ce que vous avez pu penser ou être par le passé, c’est l’homme que vous êtes à présent que j’admire » murmura-t-elle. « Celui qui derrière son masque de Commandant s’inquiète pour chacune de ses recrues, qui est capable d’organiser la fuite de toute un village dans le calme alors qu’un Archidémon les menace, qui se bat pour briser ses chaînes... Vous êtes un homme admirable Cullen, n’en doutez jamais…  ».

Elle ne put continuer. Il l’avait entraînée dans un nouveau baiser, plus profond et passionné que le précédent.

« Apprendre à maîtriser ? Peut-être pas finalement »
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyMar 7 Avr - 21:23

Chapitre 12 : Le scientifique


Milva


La porte s’ouvrit, laissant paraître un homme d’âge mûr et plutôt séduisant, selon l’Héroïne. Quelques rares mèches blanches parsemaient les cheveux ébène en bataille du dénommé Harred. Ses yeux étaient sombres, mais pas froids. Il ne semblait pas s’être rasé depuis quelques jours. Il avait le teint hâlé, sûrement suite à plusieurs années passées dans ces contrées arides. Dans l’ensemble, les traits de son visage étaient fins et harmonieux. Le guérisseur était de taille moyenne et mince et portait une tunique ample couleur sable qui lui arrivait jusqu’aux genoux. On pouvait apercevoir un bout de son pantalon brun, fait de tissu fin à première vue, et surmonté de bottes légères. Nul accessoire ou bijou, la tenue de l’homme était des plus sobres. Il ne parut pas surpris outre mesure en les voyant sur le pas de sa porte, nouvelle preuve que les voyageurs et marchands itinérants étaient monnaie courante à Wyzima. Harred les salua d’un ton courtois :


« Bonjours voyageurs. Que puis-je pour vous ?


Milva était tendue et fébrile. Cette rencontre devait signifier la fin de leur folle épopée à travers ces terres reculées. Elle devait être l’avènement de changements majeurs au sein de la Garde de Ombres, au sein de sa propre vie. L’Héroïne tritura nerveusement ses cheveux avant de répondre, sans pour autant décrocher son regard de celui de l’homme en lequel elle plaçait tant d’espoirs. Il lui brûlait les lèvres d’aller droit au but, de lui poser cette question qui la taraudait tant : « Avez-vous trouvé un remède à la souillure ? ». Mais elle se ressaisit. L’état de santé de Zevran primait. Elle répondit alors d’une voix peut être un peu trop aigüe :


- Nous sommes ici sur les conseils de Qassim, l’aubergiste ». Milva marqua une pause avant de reprendre d’un ton plus naturel : « Mon compagnon de voyage souffre d’une blessure infligée par la queue d’un Varghest … peu commun. Il était beaucoup plus grand que ceux que nous ayons pu croiser auparavant ».


Nouvelle pause. Elle jaugea alors son interlocuteur. Ce dernier semblait l’écouter avec attention mais non sans jouer machinalement avec sa courte barbiche, comme si quelque chose le préoccupait. Il avait légèrement écarquillé les yeux lorsqu’elle avait commencé à parler, sans compter les coups d’œil intempestifs qu’il jetait en direction du mabari. L’elfe se raidit, elle était perplexe, mais continua néanmoins en ignorant le malaise qui s’installait :


« La plaie peine à cicatriser, je me demande s’il n’y avait pas des glandes de venin sous les écailles de la bête. De plus ses pensées sont confuses et il souffre d’accès de fièvre ».


S’il faisait de son mieux afin d’agir naturellement, le guérisseur répondit d’un ton un peu trop abrupt et son sourire accueillant paraissait faux aux yeux de l’archère :


« Les Varghests n’ont pas de venin, même les Royaux. Entrez, je vais regarder cela de plus près ».


Joignant le geste à la parole, il les invita à le suivre. Zevran effleura alors discrètement le bras de Milva, lui signifiant qu’il était également sur ses gardes. L’Héroïne balaya l’endroit du regard. Il n’y avait qu’une pièce principale au rez-de-chaussée et les escaliers dans le coin au fond à droite de cette dernière laissaient penser que le scientifique habitait à l’étage. La partie clinique, si l’on pouvait l’appeler ainsi, était assez grande pour contenir cinq lits séparés de paravents couloir ivoire. Aucun patient n’était alité pour le moment. Deux étagères pleines à craquer de livres ornaient le mur à leur droite. Elle put lire quelques titres, principalement des bestiaires, herbiers et beaucoup de livres d’anatomie. Une armoire massive se dressait aux côtés des étagères, renfermant certainement des linges et bandages. Les lits occupaient l’espace à leur gauche, tandis qu’au fond trônait un foyer avec une grosse marmite en fonte.


Son regard acier s’arrêta sur le dos de Harred. Elle pouvait deviner que ce dernier couvrait également la pièce du regard, comme s’il cherchait quelque chose. Il marcha ensuite vers l’âtre, ce qui était étonnant. Milva aurait pensé qu’il aurait offert à l’assassin de s’allonger avant toute chose. Elle suivit néanmoins, échangeant un regard furtif avec ce dernier. Même Hatchi semblait ressentir la tension grandissante qui menaçait d’emplir la pièce.


Puis elle comprit. L’homme avait vraisemblablement les yeux rivés sur les tisonniers. « Qu’est-ce que c’est que ce cirque ?! » s’emporta-t-elle silencieusement. Le guérisseur eût seulement le temps d’esquisser le geste de tendre le bras vers les potentielles armes car passant outre la possibilité qu’il veuille seulement remuer les braises, Milva envoya Hatchi le plaquer au sol. L’homme eût un hoquet de surprise lorsque le mabari le percuta et il toucha lourdement la pierre. Il essaya de se débattre, mais c’était peine perdue face au molosse. L’Héroïne et Zevran s’approchèrent alors. Harred leur cracha ces mots au visage :


« Les Féreldiens n’ont pas changé à ce que je vois, toujours incapable de se débrouiller sans leurs cabots ». Son regard était flamboyant de colère à présent. Milva n’était guère surprise par ses dires, l’homme avait commencé à se comporter étrangement dès lors qu’elle avait parlé et qu’il avait vu Hatchi. L’accent Féreldien était facilement décelable dans la voix de la jeune femme, sans parler de la mascotte nationale que constituait le mabari. Elle répondit alors d’un ton acerbe :


« Et le guérisseurs de Wyzima ont une bien singulière façon d’accueillir leurs patients. Devons-nous craindre pour notre sécurité entre ces murs ?  »


L’homme partit alors dans un rire sarcastique.


« Les Gardes des Ombres ont le sens du l’humour maintenant ? »


L’elfe resta interdite. Comment savait-il ? Elle ne portait pas l’insigne et avait tout fait pour que son apparence ne la trahisse pas. Elle ne se démonta pas pour autant. Croisant ses bras sur sa poitrine, elle adressa un regard perçant à l’homme et déclara d’un ton glacial :


« Nous étions attendus à ce que je vois »


- Epargnez-moi votre comédie. Ainsi vous êtes parvenus à votre fin. Vous avez fini par me retrouver. Je ne pensais pas que vous vous donneriez tant de mal. Quelle ironie, vouloir la mort de quelqu’un qui espérait vous aider ».


Cette fois, Milva ne put cacher sa surprise. A son air étonné, Harred répondit avec une pointe d’énervement :


« Cessez cette hypocrisie, nous ne sommes pas en Orlaïs par le Créateur ! ».


Un grognement lâché par Zevran attira alors l’attention de l’archère. L’assassin se tenait l’abdomen et avait posé un genou à terre. Son état empirait. Avec tout ceci, elle en avait presque oublié la condition de l’antivan. Il se redressa maladroitement avec une expression consternée sur son visage. Visiblement, il se maudissait d’avoir montré tant de faiblesse. « Zevran et sa fierté… » maugréa silencieusement Milva, avant de se rappeler son propre comportement lorsqu’elle passait son temps à vomir par-dessus bord lors de leur voyage en mer. Il lui semblait qu’une éternité s’était écoulée depuis ce moment. Revenant dans la clinique et considérant l’état de l’ancien Corbeau, elle déclara d’un ton moins agressif :


« Je n’ai aucune idée de comment vous avez pu deviner que j’appartenais aux Gardes, mais je peux vous assurer une chose, scientifique, mon but n’est nullement de vous tuer ». La jeune femme s’approcha ensuite d’Harred et s’agenouilla aux côtés du canidé :

« Je vous propose un marché. Je rappelle mon mabari. De votre côté, vous vous occupez de mon compagnon et vous m’expliquez la raison de toute cette agitation.

- Je n’ai guère le choix, répliqua le guérisseur avec dédain.

- En effet, mais vous avez ma parole ». La voleuse intima à Hatchi de se décaler et tendit une main au scientifique afin de l’aider à se relever. Elle n’aimait pas le ton qu’il employait, mais elle voulait se montrer conciliante pour une fois, trop de choses dépendaient de cette rencontre. Harred sembla hésiter, puis accepta l’offre :

« Marché conclu ».


***


Harred s’affairait au chevet de Zevran, voyageant entre le lit du patient et ses réserves de plantes et autres ingrédient entrant dans la composition des cataplasmes et onguents. Il avait d’abord enfoncé une grosse aiguille dans la plaie qui avait commencé à cicatriser mais demeurait boursoufflée. Du pus s’était aussitôt écoulé. Le guérisseur s’était ensuite empressé d’en faire sortir le plus possible avant de rouvrir la blessure afin de la nettoyer plus en profondeur grâce à ses différents ustensiles, au préalable stérilisés.


Il avait bien sûr fait ingérer une puissante décoction analgésique à l’assassin afin d’atténuer au mieux la douleur. Mais en dépit de cela, les protestations étouffées par le morceau de bois que l’assassin serrait entre ses dents laissaient Milva désarmée. Elle maintenait la tête de son ami, ainsi que son mords, et tentait de l’apaiser avec des paroles calmes et réconfortantes. Cependant elle ne parvenait pas à maîtriser les tremblements de sa voix. Elle avait déjà vu des blessés, même des amis proches, surtout des amis proches à vrai dire. Néanmoins, même avec de vilaines plaies, Zevran avait toujours fait de son mieux pour cacher sa souffrance et tourner la situation en dérision. Or, aujourd’hui et depuis plusieurs jours, c’était un tout autre spectacle qu’il offrait à l’Héroïne. Et elle en était infiniment inquiète et culpabilisait, allant jusqu’à craindre pour les jours de l’elfe. « Non » se sermonna-t-elle « Il va s’en sortir ».


Elle jeta un regard suspicieux en direction d’Harred. Bien sûr, elle ne saurait dire s’il faisait tout ce qu’il pouvait pour l’assassin ou s’il aggravait son état… Elle n’avait pas le choix, elle devait lui faire confiance. Milva espérait néanmoins silencieusement que les dagues posées à ses côtés ainsi que la présence du mabari suffiraient à s’assurer que le guérisseur ne leur fausse pas compagnie.
Le silence lourd et l’ambiance d’inconfort qui emplissaient la pièce durent peser sur Harred qui tenta d’amorcer une conversation. Après avoir mis des linges propres à bouillir en vue de réaliser un bandage à l’elfe il demanda, sans pour autant relever la tête de la marmite :


« Avant toute chose, si ce n’est pas pour avoir ma tête, pourquoi avoir fait tout ce périple afin de me trouver ? ». Son ton demeurait sec malgré ses efforts pour paraître agréable.


Milva fut tirée de sa rêverie. Elle hésita un moment, ne sachant si elle pouvait tout dévoiler ou non. Voyant que Zevran semblait aller mieux, il dormait et ses traits n’était plus crispés de douleur, elle se dit qu’elle devait bien quelque explication au guérisseur. Après tout, leur entrée avait pour le moins été… Mouvementée. Elle répondit alors, mal à l’aise :


« J’ai eu vent de vos … activités de recherche, je pensais que vous auriez pu m’aider, nous aider. Les Gardes, j’entends. J’imaginais que vous aviez trouvé quelque chose dans ces terres reculées, cependant j’ai appris que vous fuyiez quelqu’un. Et maintenant j’apprends que ce quelqu’un n’est autre que l’Ordre. Je ne parviens pas à comprendre » avoua-t-elle, sincèrement déboussolée. « Répondre à une question par une question, hourra Milva, tu deviens la parfaite petite noblaillonne… ».


Harred releva la tête, visiblement le fait que quelqu’un s’intéresse à ses recherches sans le vouloir mort piquait sa curiosité. Il semblait néanmoins rester sur la défensive, entrant dans le jeu de l’Héroïne :


« Qui ?

- Fiona, répondit simplement cette dernière.

- Vraiment ? » s’étonna le guérisseur. « Elle m’avait pourtant assuré … ». Il s’interrompit et parut réfléchir un instant. « Pour qu’elle en vienne à vous dévoiler mon existence, vous ne pouvez être qu’une simple Garde ». Son regard redevint suspicieux et sondait la jeune femme.

Ignorant le fait d’être passée au crible, Milva joua la carte de la franchise cette fois. Il fallait avouer qu’elle était impatiente, impatiente d’en savoir plus sur ces recherches mais également de comprendre pourquoi la Garde des Ombres chercherait à attenter à la vie du scientifique :

«  Milva Mahariel, Commandeur-Garde de Férelden.

- Et Héroïne de Férelden, nota le scientifique, pensif. Celle-là même qui survécut au trépas de l’Archidémon, tout comme son collègue Garde, Alistair ». Son regard se perdit dans le vague, comme s’il tentait d’établir des connexions entre ces différentes révélations. Seulement, la jeune femme aussi voulait des réponses et son agacement commençait à se faire sentir :


« A vous maintenant, expliquez-moi en quoi les Gardes voudraient votre mort alors que vous souhaitez trouver un moyen de les guérir ». « D’une pierre deux coups ! »


Harred mit à sécher les bandages propres et examina une dernière fois Zevran avant d’entreprendre de recoudre sa plaie. L’assassin demeurait endormi, peut-être que les décoctions agissaient finalement. Hatchi regardait avec attention la scène, comme s’il était prêt à intervenir au moindre geste suspect de leur hôte. Après ces quelques minutes qui parurent une éternité à Milva, il répondit :

« Comment la Chantrie contrôlerait ses templiers s’il s’avérait qu’ils n’auraient plus besoin de lyrium ?

- Cessez de tourner autour du pot, grommela la voleuse qui en avait assez des devinettes.

- Nous sommes au cœur du sujet pourtant, répliqua l’homme en souriant tout en maniant avec dextérité l’aiguille et le fil. Imaginez que la rumeur qu’un remède à la souillure existe se répande parmi les Gardes, que va-t-il se produire à votre avis ?

- Ils seront heureux d’aspirer à un avenir autre que mourir seul dans les tréfonds, jeune. Ils pourront avoir des projets … Fonder une famille … » le regard de la jeune femme s’assombrit. Si elle éprouvait le plus profond respect pour l’Ordre et même si elle était totalement dévouée à sa cause, il fallait avouer que nombreux étaient les sacrifices que cela impliquait. Elle comprenait pourquoi l’Union, l’Appel, le sacrifice, étaient tus, même au sein des Gardes. Elle comprenait, mais cela ne voulait pas dire qu’elle approuvait. Combien de fois s’était-elle sentie trahie à chacune de ces découvertes ?

- Certes, acquiesça Harred, mais alors, comment faire en sorte que les Gardes demeurent des Gardes si une telle solution existait ? Comment s’assurer qu’il y ait toujours de nobles âmes pour se sacrifier alors que finalement plus rien de les y oblige ? Si vous voyez ce que je veux dire ». Son ton était cynique, comme s’il nourrissait une vieille rancœur sur le sujet.

Milva commençait à comprendre : « Mais ce remède ne serait utilisé qu’une fois que le Garde entend l’Appel, qu’une fois que son service est terminé ». Ceci semblait évident pour la jeune femme.

Le guérisseur rit jaune : « Vous voilà bien naïve pour un Commandeur-Garde. Pensez-vous que tous vont sagement attendre d’entendre l’Appel avant de quémander le remède ? Qui voudra périr en combattant un Archidémon alors qu’au final il suffit juste d’attendre d’être assez vieux afin que l’on vous guérisse ? N’avez-vous pas vous-même outrepassé la règle en survivant ? »

- Il reste des personnes d’honneur, répliqua la Garde, ignorant délibérément les insinuations d’Harred. Décidément, l’homme paraissait très au courant sur le sujet.

- Trop peu » répondit le scientifique.


Un lourd silence s’installa. L’Héroïne digérait la nouvelle. Malgré le rang qu’elle occupait, elle continuait à en apprendre sur l’Ordre, et jamais pour le meilleur. Le parallèle avec la Chantrie revenait sans cesse dans son esprit… Les Gardes, censés être l’incarnation du don de soi et de l’honneur. Ils tombaient encore plus bas à présent. Rompant le silence, curieuse d’en apprendre plus sur son interlocuteur, elle demanda :


« Comment se fait-il qu’un homme n’ayant visiblement rien à voir avec la Garde des Ombres en vienne à mener d’actives recherches sur la souillure et se mettre Weisshaupt à dos? »

Harred coupa le fil et inspecta son travail. Satisfait, il alla chercher les linges afin de réaliser un bandage digne de ce nom. Milva commençait à se demander s’il ne prenait pas un malin plaisir à la faire mariner. Dans ce cas, elle ne lui donnerait pas la satisfaction de voir que cela fonctionnait à merveille. Elle prit sur elle-même, afficha une mine détendue et attendit patiemment que l’homme daigne lui répondre. Ce qu’il finit par faire après quelques minutes passées à arranger le pansement :


« Mon frère était dans la Garde » commença-t-il. En dépit de ses efforts pour paraître détaché, l’Héroïne pouvait sentir la tristesse dans la voix de l’homme. « Je n’avais des nouvelles que très rarement mais je sentais qu’il n’avait plus toute sa tête vers la fin… Ses écrits devenaient de plus en plus incohérents, il parlait de musique, de chant, de dragon, … ». Il marqua une pause, ces souvenirs étaient évidemment douloureux. Milva respectait son silence, elle ne savait que trop bien à quel point l’Appel pouvait être déstabilisant. Harred reprit : « Je me suis mis en tête de trouver une solution pour le faire revenir à lui, j’ai mené ma petite enquête. Les Gardes conservent jalousement leurs secrets, mais Allan me faisait parvenir des informations par bribes, lorsque son esprit était lucide ».


Il termina le bandage de l’elfe, s’assura que tout était en ordre et commença à nettoyer et ranger des ustensiles. L’Héroïne en profita pour s’enquérir de l’état de Zevran. Ce dernier, encore assoupi, semblait toujours aussi faible. Au moins, il avait repris des couleurs. Avec un sourire tendre, elle replaça une mèche blonde derrière l’oreille pointue de l’assassin. Elle avait bon espoir quant à son rétablissement à présent. Harred revient vers eux, continuant son récit.


Son frère lui avait parlé de rumeurs concernant le cas d’une Garde qui était parvenue à guérir. Apparemment cette jeune femme avait fini par rejoindre un Cercle des Mages, n’étant plus la bienvenue au sein de ses frères et sœurs d’armes qui étaient devenus trop envieux. Obtenir un nom prit plus de temps. Weisshaupt veillait à faire taire ce genre de rumeur avec soin. Les hauts placés commençaient à nourrir des soupçons vis-à-vis d’Allan, dont les nouvelles se firent plus espacées afin de calmer le jeu.

Pendant ce temps, Harred était parvenu à obtenir un entretien, sa qualité de guérisseur avait suffi à justifier son intérêt quant au cas de Fiona. De plus, le Cercle des Mages n’avait aucune raison de le dénoncer à la forteresse de la Garde des Ombres. L’elfe lui avait alors raconté en détail son périple dans les Tréfonds. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle avait porté une amulette, donnée par l’Architecte, qui était censée accélérer considérablement la propagation de la souillure. Mais lorsqu’elle l’avait ôtée, l’inverse s’était produit. Elle était guérie. Une chose notable, elle était enceinte durant les faits. Et son collègue, qui n’était autre que Duncan,  n’avait pas été guéri  alors qu’il portait un artéfact l’immunisant contre la magie de l’amulette.


Ces éléments en main, Harred avait commencé à réfléchir à différentes explications, réaliser diverses expériences. Il n’avait pas osé recontacter son frère, de peur de le mettre dans une situation délicate. Pourtant un jour, il reçut une dernière missive d’Allan. Une missive étrange, même pour quelqu’un dont l’esprit était altéré. Une missive d’adieu. Le moment était venu pour lui d’avoir une mort honorable en se rendant dans les Tréfonds. Pourtant, son frère devait avoir encore plusieurs mois avant d’entamer son dernier voyage. Puis il avait reçu un autre écrit, l’intimant de cesser ses activités.


« Je suis persuadé qu’ils ont envoyé Allan à une mort prématurée pour me faire payer notre curiosité » Milva percevait l’amertume et la culpabilité dans sa voix. Puis il reprit, courroucé : « Ces enfoirés ne m’ont même pas laissé une chance de m’expliquer ! ». Il commença à faire les cents pas au travers la pièce : « Par deux fois, ils ont envoyé quelqu’un à ma demeure afin de ‘vérifier que j’appliquais leurs conseils’ ». Il s’arrêta un instant, fixant les flammes qui dansaient dans l’âtre, un sourire narquois sur son visage :


« Mais ils n’ont fait que renforcer ma volonté de trouver un moyen de mettre un terme à cette folie. Pour Allan, pour tous les autres. Seulement il était devenu trop dangereux de rester en Orlaïs. Je me suis donc exilé ici, ne dévoilant qu’à Fiona mes projets. Elle était vivement intéressée quant à l’explication de sa ‘miraculeuse guérison’ ».


Milva s’assit au bord du lit de Zevran. Cela faisait beaucoup. Beaucoup à digérer en une fois. Alors comme ça la Garde des Ombres n’oppose pas d’objection à ce qu’un Avernus aux pratiques douteuses continue ses recherches -avec de nouvelles restrictions éthiques, mais qui vérifierait ?- mais irait jusqu’à pousser Harred à l’exile, Allan à périr ? Cela n’avait aucun sens. Enfouissant sa tête dans le creux de ses mains, elle essaya d’assembler les pièces du puzzle. Avernus n’avait jamais parlé de véritable guérison, seulement d’acquisition de nouveaux pouvoir à travers la souillure et de plusieurs années supplémentaires à vivre. Là résidait la différence. Dans un cas les Gardes demeuraient contaminés, mais plus puissants, dans l’autre ils n’étaient plus des Gardes.


L’Héroïne poussa un long soupir. Elle avait eu raison de se méfier de Weisshaupt. Cependant elle aurait préféré avoir seulement fait preuve de zèle. Dans l’hypothèse où Harred aurait trouvé quelque chose d’intéressant, la route serait encore longue avant de réformer l’Ordre. Milva releva la tête « Ce n’est pas le moment de baisser les bras ! ». Harred terminait de ranger ses effets, laissant l’elfe à ses divagations. Il semblait avoir retrouvé son calme en renouant avec son métier. Elle avait encore de nombreuses questions à lui poser, mais il parla le premier :


« Je ne sais pas pour vous, mais je meurs de faim ! Je vous propose de me rejoindre à l’étage afin de manger un peu puis nous continuerons cette discussion ». Cela ne sonnait pas comme une réelle proposition mais plutôt comme un ordre. L’elfe aux cheveux rouge flamboyant ne lui en tint pas rigueur. Entre lui tirer les vers du nez de la sorte, l’évocation de son défunt frère, ... Qui pouvait lui en vouloir de désirer faire une pause ?


Elle lança cependant un regard inquiet à Zevran, le scientifique s’en rendit compte et la rassura en lui parlant de son ton professionnel, mais chaleureux cette fois :

« Il est en sécurité ici, il a seulement besoin de repos »

Seulement, c’était mal connaître Milva que de penser qu’elle laisserait son acolyte seul dans cet état. Un regard à Hatchi et ce dernier comprit instantanément sa nouvelle mission : veiller sur l’assassin. Harred haussa les épaules et emprunta les escaliers. Après un dernier regard vers l’elfe blond, l’archère suivit, presque à contrecœur.


***


Elle dormit peu cette nuit-là. Boudant l’auberge accueillante de Qassim, la dalatienne avait préféré se contenter d’un des lits de la clinique du guérisseur. Ce qui en somme constituait déjà une couche royale comparé à ces semaines passées à dormir à même le sol ! Cependant le confort était le cadet de ses soucis à cet instant. Zevran n’avait pas ouvert l’œil de l’après-midi. Milva était restée à son chevet, autorisée à parcourir les nombreux livres d’Harred pendant que ce dernier s’occupait d’autres patients. Leurs maux étaient divers et variés, allant de l’insolation à la chute malencontreuse d’une passerelle au niveau du port, mais aucun n’avait nécessité l’alitement pour la nuit de la personne concernée. Le scientifique avait alors cédé un lit à la jeune femme, comprenant enfin qu’il était impossible pour cette dernière d’envisager laisser l’antivan seul.

Elle se retourna une énième fois, fixant l’âtre et ses flammes dansantes. Seuls le crépitement du foyer et les respirations lentes et régulières de l’assassin et du mabari brisaient le silence de la pièce alors qu’elle ressassait toutes ces révélations. Elle se repositionna sur le dos. Demain, Harred lui avait promis de lui montrer où en étaient ses recherches. Il avait été très évasif sur le sujet et elle ne savait comme l’interpréter. Avait-elle affaire à un nouvel Avernus qui menait ses expériences sur ses frères et sœurs Gardes ? Avait-il seulement trouvé quelque chose ? Toujours ces mêmes interrogations, ces même doutes. L’Héroïne poussa un profond soupir las.
C’est alors qu’une masse énorme la rejoignit, faisait grincer dangereusement le petit lit. Après l’avoir gratifiée d’un coup de langue baveuse sur la joue, Hatchi se lova à moitié sur les jambes de sa maîtresse. Cette dernière sourit. Elle aimait cette imposante boule de poils et sa présence était toujours réconfortante. Sa respiration ne tarda pas à se synchroniser avec celle du molosse, et elle finit par sombrer à son tour.


***


Le lendemain, Harred tint parole et lui montra son laboratoire. Zevran n’avait toujours pas ouvert l’œil, mais le guérisseur n’en était pas inquiet. Selon lui, l’assassin avait puisé dans ses ultimes réserves afin de lutter contre l’infection et son corps avait seulement besoin de repos afin de retrouver l’ensemble de ses capacités. Milva était dubitative, mais pouvait-elle contredire un guérisseur alors qu’elle ne savait absolument rien dans ce domaine ? Mis à part deux ou trois recettes basiques pouvant faire la différence en cas d’urgence. Bien entendu, le mabari était à nouveau assigné à la garde de l’ancien Corbeau.


L’antre du scientifique était accessible par une porte massive dissimulée par l’une des volumineuses étagères de la clinique. « Tellement original » avait pensé ironiquement l’Héroïne. Cette entrée débouchait sur un escalier menant sous la bâtisse. Il n’avait pas dû être aisé de construire un tel endroit, d’autant plus de façon discrète… Alors qu’il allumait une à une les nombreuses torches qui jalonnaient les murs de la pièce, l’elfe put observer ce qu’elle recélait.


L’endroit était sobre et ressemblait légèrement à la clinique de par les livres et ustensiles présents. Un bureau croulait sous la paperasse : des schémas, des notes et bons de livraisons de divers ingrédients. La raison pour laquelle la pièce était si reculée par rapport au reste de l’habitation devint vite évidente. En effet, plusieurs cages renfermant des cochards s’étalaient contre le mur à leur gauche et leurs couinements stridents étaient incessants. En y regardant de plus près, certains semblaient … mal en point. Et c’était un euphémisme. Milva s’approcha précautionneusement avant d’afficher une moue de dégoût une fois à leur hauteur : certains étaient contaminés par la souillure. Elle se demanda alors à haute voix : « Mais comment … ». Et c’est alors que son regard s’était posé sur une cage beaucoup plus spacieuse et une expression horrifiée se peignit cette fois sur son visage : un Hurlock rachitique gisait là, sur le sol de sa prison. Par réflexe, la chasseresse avait déjà sorti ses dagues. Mais une telle précaution était inutile au vu de l’état de l’engeance.


Harred lui expliqua qu’il maintenait le monstre dans un état léthargique afin qu’il ne soit pas dangereux tout en restant bien en vie. Il prélevait régulièrement de son sang contaminé afin de mener des expériences sur les cochards. Il avait dû payer une coquette somme les mercenaires enrôlés pour la capture d’un hurlock vivant et son acheminement au laboratoire. Heureusement pour le scientifique, qui disait plateforme marchande disait également réseau de contrebande. Glisser une marchandise illicite, quelle qu’en soit sa nature, était chose aisée à Wyzima pour peu que l’on ait les moyens. L’homme en vint alors aux faits :


« Dans le cas de Fiona, les effets de la souillure ont été d’abord … amplifiés. Elle aurait donc dû se transformer en goule, en hybride elfe-engeance… ».


Le regard de Milva s’assombrit, elle repensait à Tamlen. Son ami d’enfance avait été irréversiblement contaminé par la souillure alors qu’ils exploraient des ruines abandonnées. La jeune femme en portait encore la culpabilité, elle aurait dû sentir le danger, elle aurait dû l’empêcher de s’approcher de l’Eluvian. Mais ils étaient jeunes et avaient soif d’aventure. La vie au camp n’était pas très palpitante. Ils avaient cependant payé cher leur curiosité. Elle-même serait morte si Duncan ne l’avait pas ramenée au campement, inconsciente. Et Tamlen … Le jeune homme était introuvable alors qu’elle et Merrill était retournées dans les ruines à sa recherche. L’Héroïne ne l’avait revu que bien plus tard, sa transformation presque achevée et la suppliant de mettre fin à ses jours.

Mais elle n’avait pu s’y résoudre. Même quand il l’avait attaquée afin de la pousser dans ses retranchements, elle était restée de marbre. Puis la foudre magique s’était abattue sur lui. Morrigan. Et pour une fois, la sorcière n’avait fait aucun commentaire. Elle avait simplement posé une main compatissante sur l’épaule de l’elfe. Milva l’avait remerciée d’un signe de tête. Morrigan était pragmatique, d’aucun était prompt à la juger sans cœur ni compassion, mais elle était simplement pragmatique. C’était la seule éducation qu’elle avait reçue. Elle lui manquait. Se rendant soudain compte qu’elle avait raté une bonne partie de l’explication d’Harred, l’Héroïne se reconcentra :


« … je pense donc que le corps ne perçoit pas la souillure comme un danger lors du premier contact, du moins, une fois que l’on ait survécu au premier contact. Il doit se produire une réaction annihilant nos défenses alors qu’elles devraient fonctionner, comme lorsque l’on est malade par exemple. L’accélération des effets a donc peut être tiré une sorte de signal d’alarme, nécessaire à l’établissement de ces défenses. Le corps reconnait le danger, le combat et le vainc dans le cas de Fiona. Elle a seulement eut une chance inouïe. J’ai essayé de reproduire les effets d’une surdose de sang d’engeance une fois que le cochard ait survécu à son premier contact. La plupart sont morts sur le coup et les autres dans les jours suivants malheureusement. Je ne parviens pas à trouver le bon dosage. Mais je dois avouer que je ne saurais faire le parallèle en la résistance d’un humain et celle d’un cochard… »


Milva grimaça. Toutes ces expériences lui faisaient cruellement penser aux recherches d’Avernus, bien qu’il fallait avouer que celles d’Harred semblaient plus … éthiques ? Et encore, elle n’en était pas tout à fait sûre. Le vieux Garde était mort à présent, et ses recherches étaient entre les mains de Weisshaupt. L’Héroïne craignait qu’ils ne se mettent à jouer les apprentis sorciers en essayant de reproduire la mixture du mage qui soi-disant permettait d’exprimer tout le potentiel de la souillure. Mais ce n’était pas le moment d’y penser.


« … Seulement, j’ai l’impression qu’il me manque une pièce du puzzle. La magie ? » Il soupira longuement et reprit d’un ton sarcastique. Il ne semblait pas remarquer les absences de son interlocutrice, emporté avec passion dans ses explications et théories : « C’est toujours la magie, la solution à tous les maux ! A tous les faits inexpliqués ! ». Il continua plus sérieusement : « J’ai essayé de prendre en compte le fait qu’elle attendait un enfant, mais cela n’a rien donné de concluant ».


Milva laissa échapper un bruit de dégoût en pensant aux cochards à naître contaminés par la souillure. Harred recommença à jouer nerveusement avec son bouc. L’archère frissonna en imaginant qu’il se mettait à nouveau à réfléchir à quelconque expérience sordide. Puis elle eut un petit rire nerveux, dont l’ampleur augmenta au fur et à mesure qu’elle réalisait l’ironie de la situation. Le scientifique la regarda, incrédule. Après s’être calmée, elle se justifia :


« Donc j’ai fait tout ce chemin pour entendre dire que non seulement vous n’avez rien trouvé de réellement concluant jusqu’à présent, mais qu’en plus le seul individu qui détiendrait la clé et à présent mort. Et de mon fait ».

Harred demanda alors prudemment : « Êtes-vous certaine qu’il soit bien mort ? »

- Justice a transpercé l’Architecte de part en part de sa lame, difficile d’en réchapper » rétorqua brusquement Milva, défiant de son regard acier son interlocuteur de mettre en doute ses dires.

Le guérisseur n’insista pas. Milva se rasséréna et pensa à haute voix :

« Morrigan pourrait peut-être m’aider », déclara-t-elle d’une voix lointaine. « De par ses connaissances et travaux sur les arcanes, il se pourrait qu’elle voie quelque chose qui puisse vous échapper. Si tant est que la pièce manquante ait bien trait à la magie ».

Le scientifique se renfrogna. Apparemment, le fait qu’il ne puisse pas trouver seul la clé de cette énigme blessait son ego. L’elfe persévéra :

« Pourriez-vous me laisser une copie de vos principales avancées ? Cela pourrait l’aider à orienter ses recherches ».

Harred la regarda d’abord avec des yeux ronds, puis afficha une mine scandalisée avant de répondre d’un ton hautain :

« La lecture de tels écrits n’est pas à la portée de tous ! »

« Ne sous-estimez pas une sorcière des Terres Sauvages » répliqua Milva avec un sourire.

L’homme réfléchit longuement avec une expression contrariée fichée sur son visage. De son côté, la chasseresse songeait à un moyen de contacter l’apostate. Elle savait que cette dernière était entrée dans la cour de l’Impératrice Célène et était une de ses plus proches Conseillères. L’approcher avec discrétion ne serait donc pas aisé. Il fallait qu’elle en parle avec Zevran. L’ancien Corbeau était capable de s’infiltrer n’importe où, il serait certainement apte à lui délivrer un message. Restait à savoir si elle daignerait les aider… C’était loin d’être chose acquise si elle n’en tirait aucun bénéfice.


Soudain, l’Héroïne prit conscience d’un nouvel élément entrant en ligne de compte : le fils de Morrigan. Enfin, le fils de Morrigan ET Alistair … Sa gorge se noua. Elle ne savait comment se positionner par rapport à cela. Mais elle devait assumer, c’était sa décision après tout. Elle se doutait que son amant devait se poser de nombreuses questions quant à ce qu’il advenait de son fils, bien qu’il ne se soit jamais confié. Cela la peinait d’ailleurs. La sortant une nouvelle fois de ses élucubrations, Harred rompit brusquement le silence :

« Je viens avec vous » déclara-t-il d’un ton sans réplique.

« Pardon ? » s’exclama Milva en écarquillant ses yeux gris. « Il ne manquerait plus que ça » pesta-t-elle silencieusement.

« Je ne vais pas laisser le fruit de plusieurs années de recherches entre les mains de n’importe qui, sauf votre respect Commandeur-Garde. Même s’il m’en coûte d’admettre que je n’y arriverai pas seul, je veux rester dans le coup ! C’est à prendre ou à laisser ».

L’elfe était dos au mur. Avaient-ils réellement besoin des travaux du scientifique à présent qu’il lui en avait dévoilé les grandes lignes ? « Certainement.. » pensa-t-elle « Je ne peux me permettre de laisser cette piste de côté, et cela pourrait faciliter la tâche à Morrigan de connaître tous les détails ». Mais le voyage était long et dangereux, il les ralentirait assurément. Une chose restait cependant à prendre en compte :

« Que faites-vous de Weisshaupt ?

- Comment sauraient-ils que je voyage avec vous ? Même s’ils sont méfiants à mon égard, je doute qu’ils aient déployé tout un réseau pour me pister une fois que je me suis volatilisé

- C’est un fait, mais ils risquent de se ré-intéresser à votre cas une fois qu’ils sauront que j’ai disparu de la circulation également. Ils sont d’ailleurs certainement au courant. Et ils nourrissent de gros doutes envers ma personne depuis qu’Alistair et moi avions survécu à l’Archidémon.

- Peut-être, admit-il, à nous d’être prudents dans ce cas ».

« Il n’en démordra pas » soupira l’Héroïne. Elle lui fit néanmoins comprendre que ce voyage ne serait pas une promenade de santé, en témoignait l’état de Zevran.

« Je l’ai fait une fois, Commandeur Garde, je ne serais pas un fardeau. Il est vrai que je ne sais combattre mais je pourrais nous faire embarquer sur un navire pour rejoindre les lacs de soufre. Au moins cette partie du voyage sera rapide et peu dangereuse. Après, à vous de prendre les choses en main ».

« Par pitié, pas de nouveau voyage sur l’eau » maugréa intérieurement Milva. Elle répondit néanmoins :

« Je vais en parler avec mon compagnon de voyage, cela fait beaucoup de choses à prendre en compte. J’ai besoin d’y penser au calme.

- A votre aise » déclara simplement Harred.

Laissant là les cochards et le Hurlock, ils remontèrent à la clinique. Zevran était éveillé et semblait en meilleure forme que la veille. D’un commun accord, ils décidèrent de retourner à l’auberge de Qassim faire le point, non sans remercier chaleureusement le guérisseur pour son travail. Ce dernier refusa leur argent, sous réserve qu’ils l’acceptent parmi eux pour leur voyage de retour. Ignorant le regard interrogatif de Zevran, Milva lui assura qu’il aurait une réponse le lendemain, le temps qu’elle apprenne tout à l’assassin et qu’ils prennent une décision. Ils se quittèrent alors.


***


Raconter les derniers évènements au demi-dalatien prit un certain temps. Ils s’étaient attablés dans la salle principale de la taverne de Qassim, à déguster son fameux ragoût de mouton accompagné d’une pinte de la non moins fameuse bière de Palanthe. L’elfe aux cheveux dorés n’interrompit pas son amie, ne posa pas de question, semblant assimiler la moindre bribe de son récit. Une fois leur repas terminé, ils regagnèrent leur chambre. Elle était composée de deux lits simples en bois recouverts de matelas de paille. Le linge de lit était couleur sable. Il semblait à l’Héroïne que tout était dans les tons sable ici ! N’en avaient-ils pas assez ?!


Alors qu’elle s’asseyait sur son lit, la tension de la rencontre, l’inquiétude quant à la santé de Zevran, la fatigue du voyage, tout cela lui retomba dessus soudainement. Elle se sentit lasse, écrasée par le poids de la déception. Car oui, elle était déçue. Une vérité se répétait inlassablement dans sa tête « Tout cela pour rien ». Cela l’anéantissait. Elle avait réellement pensé qu’elle trouverait ici quelqu’un qui lui donnerait la clé, la solution. Mais non. De nouvelles questions surgissaient.


« Pourquoi diable m’a-t-elle envoyée ici ? » pesta-t-elle à haute voix avant de se lever et d’envoyer valser ses affaires aux quatre coins de la pièce. « Ce n’était qu’une perte de temps ! », sa voix commençait à s’enrayer, entrecoupée de légers sanglots : « On n’envoie pas quelqu’un à l’autre bout du continent sur de simples suppositions ! ».


Elle se rassit sur son lit et se prit la tête entre ses mains. Des larmes de rage se frayaient un chemin entre ses doigts. Elle sentit Zevran s’assoir à ses côté. L’assassin la prit dans ses bras alors qu’Hatchi se pelotonnait contre ses jambes.


« Au moins, nous en savons plus sur les effets de la souillure. Sans compter que deux personnes ont trouvé le moyen d’allonger la durée de vie des Gardes à présent, ce qui n’est pas négligeable. »

Milva lui était reconnaissante de tenter de trouver  un bon côté à cette histoire. Mais de son point de vue, ils n’avaient rien découvert d’extraordinaire. Surtout comparé au mal qu’ils s’étaient donné pour atteindre cet endroit, à ce qu’ils avaient enduré :

« Avernus semblait être beaucoup plus avancé, bien que sa façon de faire était plus qu’horrible.

- S’il avait trouvé quelque chose de nouveau, il vous aurait certainement tenue au courant avant de mourir.

- Sans doute, il n’est donc peut-être pas vital de tenter d’aller récupérer ses travaux. Cela tombe bien, l’idée d’une expédition à Weisshaupt ne m’enchantait guère ».

L’assassin ricana : « Nous ne sommes plus à ça près ». Milva lui décocha un sourire triste :

« Il me faut néanmoins gagner Val Royaux afin d’entrer en contact avec Morrigan.

- Il nous faut, rectifia l’antivan avec son habituel sourire charmeur.

- Non Zevran, je ne peux vous embarquer dans une nouvelle aventure de ce genre. Vous avez déjà fait plus que vous ne deviez. Vous avez été gravement blessé, je ne veux pas courir le risque de vous perdre.

- Milva, vous savez pertinemment que vous ne tiendrez pas une journée à Val Royaux sans vous faire arrêter voire même tuer… rétorqua l’elfe d’un ton sérieux. Et puis, je n’ai d’attache nulle part et j’apprécie voyager en votre compagnie. Sans compter que nous ne serons pas trop de deux pour veiller sur notre nouveau compagnon de route …


Elle abdiqua en soupirant, n’ayant pas la force d’argumenter. Ils se turent. Hatchi se lova sur la descente de lit alors que les deux elfes restaient enlacés. Milva avait besoin de ce contact. Elle ne pouvait se voiler la face. La désillusion était trop grande, elle ne pouvait la porter seule pour le moment. D’un côté elle se maudissait de ne pas être assez forte pour faire front, et de l’autre elle était soulagée de pouvoir vider son sac. Elle se libéra doucement de l’étreinte de Zevran et s’allongea de façon à poser sa tête sur les jambes de l’assassin. Il lui caressa alors machinalement les cheveux.

Elle se calmait, petit à petit. Mieux, elle reprenait courage. Peut-être n’avaient-ils pas découvert de remède ici, mais ils avaient de nouvelles pistes. En dépit de sa déception d’avoir seulement des hypothèses à disposition, elle ne pouvait abandonner. Elle vieillissait, et plus elle vieillissait, plus l’Appel menaçait. S’il y avait une infime chance de trouver un remède, elle devait tout faire pour la saisir. C’est avec une détermination et une volonté retrouvées qu’elle se redressa et prit l’elfe blond dans ses bras, reconnaissante :

« J’ai vraiment de la chance de vous avoir à mes côtés »

Il l’embrassa.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyLun 20 Avr - 21:46

Chapitre 13 : Retrouvailles, doutes et embarras

Alistair


Alistair empruntait un couloir de l'aile menant à la rookerie. Il avait dû demander deux fois son chemin afin de trouver ce fichu endroit ! Non pas que l'accès était difficile, voire caché, seulement Fort Céleste était immense et il n'y résidait que depuis peu. Le seul lieu qu'il retrouvait sans peine était les cuisines, étonnamment. C'est en maudissant son sens de l'orientation discutable ainsi que la fourmilière que constituait le bastion qu'il gravit les premiers escaliers.

Il avait été confronté à Léliana dès son arrivée à Fort Céleste. En tant que Conseillère de l'Inquisitrice et Maître-espionne, elle était présente lorsqu'il avait dû faire son rapport sur la situation des Gardes des Ombres, en compagnie de Ciri Hawke. Le Garde avait conscience du ton formel que nécessitait ce genre de réunion. Mais en dépit de cela, il avait trouvé la barde changée. Elle paraissait distante, froide, à des lieues de la Léliana avec qui il avait passé une année entière sur les routes de Férelden. Bien sûr ses nouvelles responsabilités requéraient un mental d'acier, sans compter qu'ils avaient vieilli et muri depuis. Mais tout de même !

C'est du fait de ces mêmes responsabilités qu'ils ne s'étaient revus que quelques fois depuis le Cinquième Enclin. Entre la jeune femme qui assumait le rôle de Main Gauche de la Divine et lui faisant parti des derniers Gardes Sénior de Férelden, rares étaient les occasions. Néanmoins, il savait que Milva et elle avaient entretenu une correspondance assez régulière. Seulement plus le temps s'écoulait, plus les nouvelles s'espaçaient et plus les échanges se faisaient formels. Alistair se doutait que son Héroïne en était peinée. Mais conserver une relation aussi forte que celle qu'elles partageaient dix années auparavant était bien difficile quand des lieues et des lieues vous séparaient. Sans parler de leurs rôles respectifs.

Il était d'ailleurs assez surprenant qu'elles aient noué une telle amitié durant leur périple. Les deux femmes avaient des caractères bien différents. Même lorsque Léliana avoua sa véritable identité, l'une était autant subtile et réfléchie que l'autre était expressive et impulsive. Le Garde savait pertinemment que sans l'aide de la barde en cavale, jamais ils n'auraient pu rallier autant de nobles pour le Conclave. Milva avait beau s'attirer la sympathie des « hauts » de par ses actes, l'art de la rhétorique et du Jeu lui paraissait sombre à cette époque. Oh elle avait fait de gros efforts depuis, cependant elle répugnait user de faux-semblants pour parvenir à ses fins.

Il avait fallu beaucoup plus de temps à l'Héroïne pour considérer Morrigan comme une amie. Force était d'avouer que les débuts avaient été difficiles… Alors que Milva se démenait pour aider au mieux les réfugiés de Lothering, la sorcière ne cessait de le lui reprocher, clamant qu'ils perdaient leur temps. La dalatienne lui avait alors gentiment proposé de « Retourner à sa vie d'ermite avant qu'elle ne lui colle une flèche entre les deux yeux ». Les choses s'étaient néanmoins grandement améliorées quand la métamorphe avait accepté de venir en aide à Connor, le fils d'Eamon, possédé par un démon. Elle avait fait preuve d'altruisme pour une fois. L'Héroïne s'était alors adoucie à son égard. Elle avait même bravé Flémeth afin de protéger la sorcière.

Alistair secoua la tête, il n'avait pas envie de penser à Morrigan. A chaque fois qu'il en arrivait là, il songeait à son fils … Comment était-il ? Allait-il bien ? Demandait-il son père ? Il soupira alors qu'il montait les dernières marches. L'apostate lui avait-elle seulement parlé de lui ou avait-elle simplement déclaré que son père était mort ? Parti ? Parfois il aurait aimé le voir, lui dire qu'il l'aimait même s'il ne le connaissait pas. Lui dire qu'il était désolé, qu'il aurait souhaité être présent. Cependant la belle aux yeux ambre l'avait formellement interdit. Alistair lui-même avait grandi sans ses parents, et il ne souhaitait cela à personne. Et avoir Morrigan comme mère… Il frissonna à cette pensée. Il devait néanmoins avouer que, certaines fois, il préférait prétendre que ce fils n'existait pas. C'était plus facile, plus lâche, mais plus facile.

Il pénétra alors dans l'antre du Rossignol. Des cages à corbeaux pendaient çà et là et de manière surprenante, les croassements de leurs pensionnaires étaient rares. L'ancien templier s'était attendu à un vacarme assourdissant. Il n'en était rien. Même les oiseaux se taisaient lorsqu'ils étaient en présence de sœur Rossignol !

Des hommes et femmes s'affairaient autour des volatiles, tantôt réceptionnant un message et tantôt les libérant vers la voie des airs. D'autres s'entretenaient avec leur « Maîtresse ». Des agents, sans aucun doute. Léliana était assise derrière un petit bureau ou s'amoncelaient les rapports d'espionnage et les cartes des différentes régions de Thédas. Elle lui tournait le dos donc ne l'avait pas vu entrer. Le Garde attendit qu'elle finisse sa conversation puis s'avança vers elle en s'annonçant :

« Bonjour Léliana » dit-il d'un ton cordial mais neutre. Il ne savait pas comment se comporter en présence des espions du Rossignol. Ces derniers faisaient mine de l'ignorer, mais il se doutait que chacun tendait l'oreille.

« Laissez-nous » ordonna la rousse d'un ton sec, sans se retourner. Alistair faillit protester mais il se rendit compte qu'elle s'adressait à ses hommes. Ces derniers quittèrent la pièce sans un commentaire ni un regard pour le Garde. Celui-ci n'appréciait pas vraiment cette atmosphère pesante, d'autant plus que Léliana ne lui avait toujours pas adressé la parole. Elle termina la lecture d'un rapport et daigna enfin se retourner :

« Bonjour Alistair, que puis-je faire pour vous ? » demanda-t-elle d'un ton faussement courtois.

« Léliana … je sais que l'on ne s'est pas beaucoup vu ces derniers temps mais tout de même ! Inutile de prendre cette allure protocolaire avec moi » s'indigna le Garde. Il avait du mal à croire au changement radical de son amie.

La Maître-espionne se leva gracieusement et lui enjoignit de la suivre dehors sur les remparts, où les oreilles indiscrètes étaient plus rares. Ils firent quelques pas sur le chemin de ronde, puis elle rompit le silence :

« C'était trop vous demander de me tenir au courant ? » dit-elle d'un ton dur et froid. Son regard était lourd de reproches. Alistair répondit, incrédule :

« Elle ne vous a rien dit ?

- Non, rétorqua-t-elle brusquement, je me suis fait un sang d'encre Alistair. » Elle n'avait pas haussé le ton, ni esquissé le moindre geste. Elle restait de marbre et distante, presque absente, c'en était effrayant. Elle continua d'une voix calme mais tranchante « Ça fait presque un an. Un an sans nouvelles d'elle ni de vous. Heureusement que ma position m'a permise de vous suivre de loin. Mais je n'ai jamais réussi à la retrouver ni la contacter ».

Elle s'arrêta et posa ses mains sur le rempart avant de soupirer bruyamment. On aurait dit qu'elle luttait afin ne de pas perdre son sang-froid. Alistair s'approcha et posa une main sur son épaule pour la calmer. Mais elle se dégagea brutalement avant de le fixer, les yeux emplis de colère :

« Qu'attendez-vous pour tout me dire ? Où est-elle ? Comment va-t-elle ? » questionna-t-elle, d'un ton rageur.

- Je n'ai pas de choses à ajouter à ce que j'ai dit durant la réunion. Je ne sais pas où elle en est. Elle m'a simplement promis que si elle avait besoin d'aide, elle saurait me contacter, répondit le Garde d'un ton hésitant.

Il pensait que la jeune femme laisserait tomber son masque de Maître-Espionne en sa présence. Mais il semblerait que celui-ci ait à présent fait corps avec son visage.

- Idiot, asséna-t-elle durement. Comment voulez-vous qu'elle parvienne à vous contacter, à savoir où vous vous trouvez, alors qu'elle est seule avec son mabari ?

- Je lui fais confiance, répliqua-t-il, vous devriez faire de même ». Elle s'avança vers lui d'un air menaçant. La barde tentait de bannir toute expression de son visage, mais ses yeux la trahissaient. Ils semblaient lancer des éclairs :

« On avait besoin d'elle Alistair ! J'ai tenté par tous les moyens de la retrouver afin qu'elle prenne la tête de l'Inquisition. Vous avez de la chance que Lavellan soit à la hauteur, je n'aurais pas donné cher de votre peau dans le cas contraire »

Elle ne plaisantait pas. Il la maintint à distance respectable en la tenant par les épaules et avant qu'elle ne proteste, il répondit d'un ton sincère :

« Je suis désolée Léliana, si j'avais su qu'elle ne vous avait rien dit, je vous aurais prévenue. Je n'aurais pas pu vous dire grand-chose, mais au moins vous auriez su la raison pour laquelle elle était introuvable ».

Il était réellement embarrassé. Il était loin d'imaginer que Milva était une candidate potentielle au poste d'Inquisitrice. En un sens, il la préférait loin, à l'Ouest. La dalatienne aurait bien sûr accepté sans hésiter, mais dans quel état l'aurait-il récupérée après ? Il ne préférait pas l'imaginer. Cependant il s'en voulait énormément d'avoir caché leurs plans à Léliana. Cela se lisait sur le visage du Garde. La Maître-espionne dû le remarquer car elle se calma. Elle conservait une expression sévère, mais l'idée de le balancer par-dessus les remparts ne semblait plus la séduire :

« Je n'aurais pas plus de possibilité qu'avant de la retrouver si elle a passé les frontières de Thédas. Je ne peux employer les ressources de l'Inquisition à cette fin, pas en ces temps troublés…

- Ce n'est pas ce que je suis venu vous demander Léli, je voulais seulement parler » la coupa Alistair.

Lorsqu'elle entendit son ancien surnom, les traits du visage de la barde s'adoucirent. Elle laissa même échapper un furtif sourire. Mais son regard restait froid et pénétrant. Néanmoins, Alistair avait remarqué son rapide rictus et décida de saisir l'occasion pour tenter de détendre l'atmosphère. Le Garde ne pouvait admettre qu'elle avait tant changé, la véritable Léliana devait bien se cacher quelque part :

« Arrêtez de me regarder comme ça ! protesta-t-il. J'ai l'impression que vous lisez mes pensées. Non pas que j'aie quelque secret inavouable à cacher, quoique, mais c'est une sensation assez désagréable ».

Il marqua une pause. Et devant le regard incrédule de son interlocutrice, il persévéra d'un ton rieur :

« Alors ? Qu'avez-vous vu ? Pas de choses embarrassantes j'espère ? Je savais bien qu'accepter un défi lancé par cette archère blondinette serait une mauvaise idée… ».

Contre toute attente, Léliana s'approcha de lui et le serra dans ses bras un bref instant. Elle se retira ensuite tout aussi brusquement, comme si elle venait de commettre un grave impair. Sœur Rossignol murmura :

« Vous m'avez manqué Alistair

- Je suis rassuré de voir que vous n'avez plus l'air de désirer attenter à ma vie, Léli » répliqua-t-il en lui adressant un clin d'œil.

Elle soupira et leva les yeux au ciel avant de reprendre son air sévère :

« Appelez-moi une seule fois comme cela devant mes hommes ou mes collègues, et je vous tranche la gorge » déclara-t-elle avec un sourire carnassier. Elle le planta ensuite sur les remparts, repartant prestement vers sa rookerie.

Il resta interdit. Alors qu'il pensait qu'il l'avait enfin retrouvée, elle s'était empressée d'enfiler à nouveau son masque. « Léli, que t'est-il arrivé …» murmura-t-il pour lui-même.

***

Mithraël/Cullen

Mithraël était accoudée à l'un des nombreux balcons du Palais d'Hiver. La soirée avait été bien longue et elle était épuisée. Mais elle n'en montrerait rien, surtout pas ici. Les nobles n'avaient eût de cesse d'épier le moindre de ses mouvements. Enquêter n'était été chose aisée lorsque vous ne pouvez pas simplement disparaître plus d'une vingtaine de minutes de leur ligne de mire ! Cependant, ils avaient réussi. Célène avait été sauvée, Briala était revenue à ses côté et le Grand Duc Gaspard avait été exilé. Ces décisions ne faisaient pas l'unanimité au sein de ses Conseillers, mais l'Inquisitrice pensait que c'était le meilleur dénouement possible. En plus de profiter de l'armée d'Orlaïs, ils avaient également le réseau d'espions de Briala. Elle n'avait épargné Gaspard que pour une raison. En vie, il lui permettait de conserver une certaine pression sur l'Impératrice. Cette dernière ne risquait pas de s'éloigner de sitôt de l'Inquisition car elle risquait d'avoir besoin de son soutien afin de conserver son trône. Pour sûr, ce n'était pas le meilleur choix pour l'empire lui-même… Mais contre Corypheus, Lavellan devait s'assurer du soutien d'Orlaïs et ce quel qu'en soit le prix. Ce pragmatisme la répugnait, mais il faisait partie de ses responsabilités. La jeune femme était fébrile, il fallait qu'ils rentrent sans plus tarder. Prendre ce genre de décision… Elle n'était pas sûre de pouvoir assumer.

Elle soupira longuement. Morrigan venait de la quitter en lui annonçant qu'elle rejoignait Fort Céleste en tant qu'ambassadrice de l'Impératrice. Mithraël avait été plutôt ravie de l'apprendre. La Conseillère en arcanes de Célène semblait posséder un énorme savoir. Elle songea avec amusement à ce que donnerait une rencontre avec Solas. Cette perspective la fit sourire.

C'est alors que des bruits de pas se firent entendre. Elle s'appliqua à endosser à nouveau son masque et se retourna élégamment vers le nouvel arrivant. Les cours de Joséphine avaient faits des merveilles, clouant le bec des nobles qui l'affublaient d' « oreilles pointues » et de « domestique » à tout bout de champ. Si l'art du Jeu la rebutait et qu'elle était loin d'être à l'aise dans ce monde de faux-semblants, elle en comprenait parfaitement les enjeux. Mithraël avait fait de son mieux pour s'assurer la sympathie des nobles. Enfin sympathie… Pour elle le Jeu ressemblait plutôt à un combat de coqs tout en subtilité où tout était mis en œuvre pour impressionner l'adversaire. Pour résumer : « Montrer qu'on a la plus grosse » comme disait Sera. Elle se retint de rire à cette pensée et se concentra sur le nouveau venu.

Ses iris rencontrèrent alors ceux de son bien-aimé Commandant. Elle lui sourit largement, heureuse de le voir. Lorsqu'il arriva à sa hauteur, elle ne put s'empêcher de le taquiner :

« Je ne vois pas votre basse-cour Commandant, auriez-vous réussi à semer vos admirateurs ? » demanda-t-elle d'un ton espiègle, assez bas afin que lui seul puisse entendre. En guise de réponse, il soupira longuement. Cullen n'appréciait vraiment pas être le centre d'attention de tous ces nobles. Il avoua :

« Plus jamais Lavellan, implora-t-il, ne m'emmenez plus jamais dans ce genre d'endroit ».

Il s'interrompit, la mine soucieuse, avant de demander : « Je suis vraiment désolée, j'espère que … Que ça ne vous a pas mise mal à l'aise. Je veux dire, j'ai fait de mon mieux pour les éviter mais ils parvenaient toujours à me retrouver » ses joues rosirent. L'Inquisitrice rit doucement :

« Je ne peux leur en vouloir Cullen, je comprends tout à fait leur … persévérance » répondit-elle en lui adressant un clin d'œil. Les joues du Commandant rosirent de plus belle et elle prenait un malin plaisir à déclencher ce genre de réaction chez lui. Il resta un moment silencieux avant de demander :

« Est-ce que tout va bien ? Pourquoi vous cacher sur ce balcon alors que tout le monde désire s'entretenir avec l'Inquisitrice suite aux récents évènements ? ».

La mine de l'elfe s'assombrit. Elle aurait voulu faire bonne figure devant lui mais elle ne pourrait lui cacher, elle le savait pertinemment. Il alla s'accouder au balcon, l'invitant à faire de même afin que leur conversation ne soit pas épiée. Cullen était légèrement inquiet, mais il attendit patiemment que Mithraël lui réponde. Cette dernière regardait le ciel étoilé, perdue dans ses pensées. Elle finit néanmoins par avouer :

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen10

« Comment une elfe venant d'un petit clan voyageant à travers les Marches libres est censée décider de l'avenir d'un pays entier ? Qui n'est même pas le sien. En quoi suis-je qualifiée pour cela ? ». Des larmes perlèrent au coin de ses yeux mais elle fit de son mieux pour les ravaler, ce n'était pas l'endroit. « Je ne suis pas sûre d'être capable de faire face à ces responsabilités. Décider du droit de vie ou de mort de quelqu'un, choisir qui doit se réconcilier avec qui et qui doit être exilé ou exécuté, … En quoi suis-je supposée avoir le pouvoir de faire cela ? D'influer sur le sort d'une nation entière ! »

Il souhaitait plus que tout la prendre dans ses bras, mais il ne le pouvait, pas ici. Il ne put que tenter de la rassurer par ses paroles :

« Vous n'êtes pas seule Mithraël, nous sommes là pour vous appuyer. Ne vous sous-estimez pas. Jamais nous n'aurions laissé quelqu'un en qui nous n'avions pas confiance à la tête de l'Inquisition. Vous avez déjà prouvé vos capacités, inutile d'en douter ». Son ton se voulait calme mais convaincu.

« Vous pourriez simplement vous être trompés, rétorqua-t-elle à mi- mots. Et si je n'étais pas assez forte pour ça ? Si j'étais seulement capable de suivre des directives et non de les donner ? ». Elle perdait pied. Cullen prit ses mains dans les siennes, de la même façon que la jeune femme l'avait fait lorsqu'elle tentait de le convaincre de ne pas démissionner.

« Un jour, j'étais au plus mal, je ne me sentais plus capable d'assumer mes devoirs à cause de mes faiblesses ». Il marqua une pause, captant le regard perdu de l'elfe. « Mais une jeune femme m'a dit droit dans les yeux « Vous pouvez », avec une telle conviction que tout me paraissait possible à partir de ce moment ». Il serra alors les mains de la jeune femme, caressant leur dos avec ses pouces : « Vous pouvez » dit-il en souriant. « J'ajouterai même que si vous vous posez toutes ces questions, c'est que nous n'aurions pu faire meilleur choix ». Après un regard rapide vers la porte, s'assurant que personne de les voyait ni les écoutait, il déposa un baiser sur le front de Mithraël.

Cette dernière était loin d'être totalement convaincue. Néanmoins, il lui avait insufflé le courage de faire face à ses responsabilités. C'était déjà beaucoup. Elle tenta de lui sourire mais ne put lui offrir qu'un faible rictus. Lavellan replongea son regard dans les étoiles, non sans chuchoter un : « Merci Cullen ». Ils restèrent un moment côte à côte, silencieux, savourant ce moment de quiétude.

Le Commandant eut alors une idée. Il se redressa et alla se placer dans le dos de la jeune femme. Il s'inclina en lui offrant sa main : « M'accorderiez-vous cette danse, noble dame ? ». Cette dernière fit volte-face, surprise :

Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen11

« Mais… Vous m'aviez dit que vous ne dansiez pas, que les templiers n'allaient jamais au bal.

- Alors apprenez-moi » répondit-il en lui adressant un clin d'œil, accompagné d'un sourire charmeur.

« Je pourrais faire n'importe quoi pour ce sourire » songea la jeune femme, souriant également malgré elle. Un véritable sourire cette fois. Elle était éreintée, elle en avait assez du Jeu, elle en avait assez de danser, mais c'était Cullen. Envolée la fatigue ! Elle accepta volontiers l'invitation. Et ils dansèrent. C'est vrai qu'il était maladroit, mais elle s'en fichait. Mithraël voulait seulement profiter de ce moment de calme après une longue soirée à courir dans tous les recoins du palais. Ils ne se quittèrent pas des yeux. Le monde autour d'eux avait disparu.

***

Joséphine

Joséphine les observait, attendrie, à travers l'entrebâillement de la porte. Elle n'avait jamais vu Cullen sourire autant. Elle se retira, s'apprêtant à retrouver sa sœur cadette et ses interminables monologues concernant l'art, quand un raclement de gorge se fit entendre derrière son dos. Blackwall s'avançait vers elle. Le sang de Josie ne fit qu'un tour, et ce n'était pas seulement par surprise. Il était vrai qu'elle éprouvait quelque … attirance pour le Garde des Ombres et son attitude chevaleresque. Néanmoins, l'Ambassadrice n'avait jamais tenté de le lui faire comprendre. Leurs mondes étaient trop différents. Elle accueillit le Garde d'une voix affable :

« Garde Blackwall, j'espère que vous appréciez votre soirée.

- Je ne suis pas mécontent que tout ceci soit terminé, je dois avouer que je ne suis pas dans mon élément, répondit le Garde en souriant.

- Pourtant, certains invités semblaient vous connaître et vantaient vos exploits, nota Joséphine.

La mine du Garde s'assombrit et il baissa les yeux :

- Justement, je ne suis pas très friand de ce genre de choses ».

Alors qu'un silence gêné s'installait, il releva la tête, croisant à nouveau le regard de l'Ambassadrice. Il semblait être sur le point de lui demander quelque chose, mais rien ne sortait. Josie attendit patiemment en affichant un sourire encourageant. Il était vrai que la soirée avait dû être très mouvementée pour lui, elle ne pouvait lui tenir gré de son attitude étrange. Blackwall finit par demander :

« M'accorderiez-vous cette danse, dame Montylet ». Il s'inclina, comme le voulait le protocole.

Josie sursauta, incapable de cacher sa surprise. Avait-elle bien entendu ? Si oui, ils ne devaient certainement pas danser sur la grande piste. Oh si sa sœur la voyait … Elle en entendrait parler jusqu'à sa mort ! Non, ce n'était pas convenable. Ils ne pouvaient pas. Mais elle brûlait d'envie d'accepter ... Peut-être pourraient-ils simplement danser ici. Oui, cela semblait être un bon compromis. L'endroit était quasiment désert. Assurément, c'était la meilleure option. Enfin, la meilleure option aurait été de décliner. Mais elle ne pouvait s'y résoudre. Cependant, accepter signifiait laisser de faux-espoirs à Blackwall, ce qui était intolérable. Néanmoins… Était-ce vraiment sans espoir ? « Reprends toi ma fille ! » s'intima silencieusement l'Ambassadrice. Au terme de cet incroyable débat interne et cédant à l'ambiance festive, elle accepta :

« Avec plaisir, Garde Blackwall »


***

Zevran



« Palanthe en vue ! » hurla le capitaine de la Flèche des mers.

En effet, Zevran pouvait apercevoir le port de la ville à la si bonne bière. Il se tenait sur le pont avant, le vent faisant voleter ses cheveux dorés. Ne supportant plus de rester cloîtré dans sa cabine, il était sorti afin de respirer le bon air marin. Malgré le tumulte de l'équipage qui s'affairait à préparer l'arrivée du navire au port, il se sentait horriblement seul.

Harred n'était pas sorti de ses quartiers de tout leur voyage, pour « mettre de l'ordre dans mes travaux et voir si je ne trouve pas de solution en route ». Le scientifique avait tout laissé derrière lui : clinique, laboratoire, ouvrages, … Il n'avait emporté que le strict nécessaire. Parmi les rescapés l'on pouvait trouver ses nombreuses notes et schémas, un nécessaire de soin accompagné des ingrédients de première urgence en cas de problème, plusieurs livres ainsi que ses économies. Ils avaient relâché les cochards sains et tués les autres, ainsi que le Hurlock. Harred avait ensuite scellé l'accès à son laboratoire. Il avait été très clair : il ne reviendrait pas. Etait-ce parce qu'Orlaïs lui manquait ? Parce-qu'il souhaitait récupérer sa part de gloire s'ils trouvaient un remède à la souillure ? Se sentait-il en sécurité auprès du Commandeur-Garde de Férelden et ses idées de réforme de l'Ordre ? Zevran ne savait répondre.

Le Commandeur-Garde de Férelden … L'ancien Corbeau laissa échapper un profond soupir à cette pensée. Milva ne lui avait adressé la parole qu'en cas d'extrême nécessité. Le reste du temps, elle l'évitait soigneusement, sans même lui accorder un regard. Il ne pouvait la blâmer, il avait agi comme un parfait imbécile et c'était peu dire. Alors que la Flèche entrait dans le port, il se remémora ce douloureux souvenir.

***

Il l'embrassa.

La réaction de l'archère ne se fit pas attendre. Après s'être retirée vivement, comme si elle avait subi un électrochoc, elle lui asséna une gifle magistrale.

Le temps sembla se figer un moment. Zevran ne sut déchiffrer l'expression qu'arborait Milva. Il semblait y avoir un mélange de surprise, colère, incompréhension, … Quant à lui, il se maudissait intérieurement. Comment avait-il pu être aussi stupide ? Bien sûr qu'elle aimait et n'aimerait qu'Alistair, peu importe les lieues qui les séparaient. Quel idiot d'avoir laissé son esprit s'embrumer. Toutes ces attentions … Ce n'étaient que celles d'une amie, non d'une amante. Seulement cette proximité, ces moments partagés, … Il avait cru … Mais il s'était fourvoyé. La voix de l'elfe aux cheveux flamboyants le ramena sur terre :

« Qu'est-ce qui vous a pris ? ». Son regard était perçant et son ton abrupt. Plus de doute possible à présent, elle était plus que remontée. Il savait que cela n'augurait rien de bon pour sa personne.

L'antivan ne répondit pas tout de suite. Pour la simple et bonne raison qu'il ne savait que dire car lui-même était perplexe quant à ce qu'il ressentait. La seule idée certaine était qu'il ne voulait pas la perdre et souhaitait rattraper le coup, si tant est que cela était possible. Lui parler d'éventuels sentiments serait vain, il en était convaincu. Sans compter qu'il avait un minimum de fierté. Une gifle était suffisante, l'assassin ne désirait se faire envoyer sur les roses une seconde fois. Il opta alors pour la réponse qui convenait le mieux à l'idée de ce que la plupart des gens se faisait de son caractère :

« Je voulais simplement vous réconforter… A ma façon » déclara-t-il en affichant un demi-sourire.

Néanmoins, il sut qu'il avait pris la mauvaise décision dès lors qu'il vit le faciès de Milva se décomposer. Seule la déception s'y lisait, ce qui infligea finalement une seconde gifle au demi-dalatien. Son interlocutrice répondit alors :

« A quel moment avez-vous oublié que je ne suis pas l'une de vos prostituées antivanes ? » cracha-t-elle avec véhémence.

Seulement, bien qu'elle mettait du cœur à paraître courroucée, l'ancien Corbeau sentait qu'elle était peinée. Peinée qu'il n'ait pas plus de considération pour elle. « Si elle savait » pensa-t-il pour lui-même avec tristesse. Avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche pour répondre, elle déclara brusquement :

« Je vais me coucher. Hatchi mon beau, si cet individu s'approche de mon lit, émascule-le »

Le mabari laissa échapper un gémissement plaintif, impuissant face à la situation.

Les jours suivants, la tension n'avait toujours pas baissé. Aux regards interrogatifs d'Harred, Milva avait rétorqué sèchement: « Mêlez-vous de vos affaires ! ». Et le scientifique faisait à présent comme si de rien n'était afin de ne pas contrarier la voleuse.

Zevran n'avait pas essayé de l'approcher à nouveau. Il savait qu'il était nécessaire de patienter. Tant qu'elle bouillonnait, elle ne ferait que démarrer au quart de tour. Néanmoins, il n'était pas certain que le bon moment se présente un jour. Cependant, l'assassin ne voulait pas qu'elle soit seule. L'Héroïne était encore fragile et avait du mal à digérer l'issue de leur voyage. Elle avait tant espéré trouver une réponse à toutes ses questions… Sans parler de Val Royaux. Il ne plaisantait pas lorsqu'il lui avait fait comprendre qu'elle n'y tiendrait pas une semaine. Il fallait absolument qu'il trouve un moyen de se racheter à ses yeux. Mais comment ?

C'était encore cette même question qu'il se posait alors que l'équipage s'occupait de l'arrimage du navire. Il décida donc de retourner à sa cabine afin de rassembler ses effets. Il tomba alors nez à nez avec une elfe au regard acier. Avant qu'il n'ouvre la bouche, elle l'arrêta d'un geste :

« C'est moi qui vais parler, et vous allez gentiment attendre que j'aie terminé »

Il opina, avait-il réellement le choix ?

« Je vous pardonne » déclara-t-elle avant de hausser brusquement le ton : « Non, la ferme ! » en voyant que l'assassin allait répondre quelque chose. Ses mots eurent l'effet d'une douche froide sur ce dernier qui préféra obtempérer, pour de bon cette fois.

« Je vous pardonne, mais je ne suis absolument pas désolée de ma réaction. Vous l'avez plus que mérité. Cependant, j'admets que je me suis comportée de façon égoïste… Vous avez tant fait pour moi, vous m'avez suivie dans ce voyage sans queue ni tête et tout ça pour rien ! Sans compter que j'aurais pu vous perdre ».

Elle baissa les yeux et marqua une pause. L'assassin ne dit rien, non désireux de se reprendre une soufflante. Il attendit patiemment qu'elle reprenne la parole. Il était indécis, ne savant s'il devait se réjouir ou non de ce retournement de situation. L'archère reprit alors d'un ton plus doux :

« Je suis consciente de ne pas être totalement blanche dans cette histoire. Je suis désolée si j'ai fait ou dit quelque chose qui aurait pu être mal interprété. Mais que les choses soient claires ». Sa voix se durcit : « Plus de baiser intempestif ou de tentative de m'attirer dans votre couche, ou vous vous retrouverez avec une flèche entre les deux yeux ».

Elle ne plaisantait pas. Zevran eut un pincement au cœur mais n'en montra rien. Il était néanmoins soulagé. Il était loin de s'imaginer tel dénouement. Devant sa tentative de sourire, son amie lui présenta une main amicale :

« Marché conclu ? » demanda-t-elle.

« Marché conclu » répondit-il d'un ton neutre. Il aurait aimé la remercier, lui dire qu'elle n'avait pas à faire cela, qu'elle pouvait continuer à le détester. Il ne méritait pas son pardon et il en était complètement désarmé. Pour une fois, Zevran avait le bec cloué !

Ils se regardèrent ensuite un moment, main dans la main. Milva lui adressait un regard compatissant et même… désolé ? Mais pour quelle raison ? Devant son expression perplexe, elle lui sourit tristement avant de lâcher sa main :

« Je vous retrouve sur les docks »

« Elle sait » réalisa-t-il. Et il se sentit d'autant plus misérable.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyDim 26 Avr - 22:01

Chapitre 14 : Assaut, tourments et cœurs brisés


Alistair



Alistair était attablé au Repos de la Messagère, une pinte trônant devant lui. Étonnement, la taverne faisait également partie des rares endroits dont il retrouvait sans peine de chemin. Il fixait sa chope, le regard vide. Il n’avait pas eu l’occasion de reparler seul à seul avec Léliana depuis cette fameuse fois sur les remparts. Leur conversation l’avait chamboulé. Pas seulement parce-que la barde semblait bien changée, mais surtout du fait d’une phrase bien particulière :


« Comment voulez-vous qu’elle parvienne à vous contacter, à savoir où vous vous trouvez, alors qu’elle est seule avec son mabari »

Il n’était pas idiot, bien sûr qu’il s’était posé la question, mais il avait choisi de faire confiance à Milva. Seulement en parler avec Sœur Rossignol avait ravivé son angoisse. Et s’il lui était arrivé quelque chose ? Et si elle était morte et que personne n’en avait connaissance ? Il but alors une longue gorgée de bière, comme pour noyer ses inquiétudes.

« Eh bien eh bien votre Majesté, belle descente » fit une voix amusée derrière son dos.

- Varric, combien de fois va-t-il falloir que je vous supplie de me trouver un autre surnom… soupira le Garde.

- Au moins une fois de plus que la dernière, répondit l’intéressé en lui adressant un clin d’œil avant de prendre place ses côtés.

Le nain passa commande et en attendant qu’elle n’arrive, Alistair déclara :

« Hawke m’a annoncé que l’Impératrice avait été sauvée et que l’Inquisition aurait le soutien d’Orlaïs, mission accomplie on dirait !

- Assurément, les leçons de Fanfreluche ont fait des merveilles sur notre Inquisitrice, renchérit l’arbalétrier d’un ton enjoué.

- Bien. J’espère que nous pourrons nous tourner vers le problème de la Garde des Ombres à présent, répondit Alistair. Il était soucieux.

- C’est au programme. D’après ce que j’ai pu entendre, direction la Porte du Ponant d’ici une semaine, le rassura le nain avant d’entamer sa bière qui venait d’arriver.

- Bien, répéta Alistair, le regard dans le vague.


Ils restèrent un moment silencieux. Varric s’étira de tout son long, avant de soupirer longuement, « Il est certainement fatigué du voyage » pensa Alistair. Seulement, le nain regarda le Garde d’un air navré :

« Mon ami, il faut que je vous le dise. Mieux vaut que vous l’appreniez comme cela plutôt que d’être surpris devant le fait accompli ».

Son interlocuteur se tourna vers lui, une expression surprise peinte sur le visage. Il fronça ensuite les sourcils, ne voyant pas où il voulait en venir.

« La sœur de Yavana est ici et y restera un certain temps. Elle est l’ambassadrice de Célène »

Le Garde ne comprit pas tout de suite et lui lança un regard incrédule. Il reprit une gorgée de bière, pensif. Puis soudain, ses yeux s’écarquillèrent et il s’étouffa avec ce qu’il restait du breuvage. Une fois qu’il parvint à stopper sa quinte de toux, il essaya de retrouver une contenance et demanda d’un ton hagard :

« Morrigan est ici ? Avec … lui

Pour seule réponse, Varric acquiesça.

Alistair commanda une nouvelle pinte.


***


Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis qu’il avait appris la nouvelle. Voyant que l’apostate n’avait pas cherché à le voir- ce qui n’était pas étonnant en somme, étant donné la dernière discussion houleuse qu’ils avaient eue concernant l’enfant à naître – il avait décidé de se rendre aux jardins de Fort Céleste. Apparemment, Morrigan  appréciait s’y promener.

C’était avec la boule au ventre qu’il passa la dernière porte avant d’atteindre sa destination. Malgré le froid environnant, le soleil était éclatant et les fleurs nouvellement écloses arboraient des couleurs chatoyantes. Il n’eût cependant pas le loisir de s’attarder sur le charme des jardins. Il était conscient qu’elle ne le laisserait pas voir le garçon. D’ailleurs, Alistair partageait cet avis bien qu’à contrecœur. Il ne pouvait décemment pas se présenter comme étant son père avant de l’abandonner. C’était cruel et égoïste. Le Garde était conscient qu’il ne pourrait jamais endosser ce rôle pour cet enfant. Il était de haut-rang dans la Garde des Ombres, et il avait Milva. Infliger cela à la jeune femme serait tout aussi inimaginable. Il connaissait son désir de fonder une famille. Mais la souillure le lui interdisait. Non, il ne demanderait pas à rencontrer son fils, mais il brûlait d’envie d’en apprendre plus à son sujet.

La sorcière était en vue, promenant son regard parmi les viveracines que l’Inquisitrice faisait pousser. « Qui se ressemble s’assemble » pensa sombrement Alistair. Ce dernier s’avança, hésitant, vers la métamorphe.

« Je me demandais quand alliez-vous oser m’approcher, déclara la Conseillère en arcanes de son habituel ton direct, sans prendre la peine de se retourner.

- ‘Bonjour Alistair, quelle surprise de vous voir ici, comment se sont passées ces dix dernières années ?’ » répondit le Garde d’un ton sarcastique.

- Je ne reviendrai pas sur ma décision, rétorqua-t-elle durement alors qu’elle se retournait vers lui, le toisant de son regard ambre.

- Je n’en attendais pas moins de vous. Mais je vais vous rassurer, cela n’est plus dans mes intentions » répliqua-t-il en fronçant les sourcils.

Elle faillit riposter, mais se ravisa. Alistair s’en étonna, il n’était pas dans les habitudes de Morrigan de l’épargner de ses paroles cinglantes. Il ne s’en était plus formalisé, à la longue, et prenait cela comme un jeu. Cependant ce n’était pas pour autant qu’il l’appréciait plus que mesure. Il prit tout de même sa réaction comme une invitation à continuer. Seulement repenser à son fils, à leur fils lui faisait perdre ses moyens. Il finit néanmoins par se lancer :


« Je voulais simplement savoir… Comment est-il ? Est-ce qu’il va bien ?

Morrigan rit doucement avant de répondre : «  Il ressemble à n’importe quel jeune garçon de dix ans, si on oublie les iris rouge sang et les écailles de dragon.

Une expression horrifiée se peignit alors sur le visage du Garde. Morrigan rit de plus belle.

Il la regarda, incrédule. Est-ce que la sorcière des Terres Sauvages venait de plaisanter ? Avec lui ? Il eût l’irrésistible envie de se pincer afin de s’assurer qu’il ne rêvait pas. Ses anciens compagnons avaient-ils tous reçu un énorme coup sur la tête ? Ces changements de comportement lui donnaient le tournis.

« Quoi qu’il puisse être, il semble vous avoir changée, déclara-t-il en esquissant un demi-sourire.

- Ne dites pas d’absurdités, rétorqua-t-elle d’un ton abrupt.

« Chassez le naturel, il revient au galop » ironisa-t-il en pensées.

Un nouveau silence s’installa.

Une voix enfantine et lunaire se fit alors entendre :

« Mère, saviez-vous que l’Inquisitrice est une elfe ? Son sang est très ancien, j’ai pu le ressentir ». Il marqua une pause, prenant conscience de la présence du Garde : « Bonjour Ser » déclara-t-il poliment.

Le sang d’Alistair ne fit qu’un tour alors qu’il faisait volte-face et se retrouvait face à un jeune garçon. La couleur de ses cheveux se trouvait à mi-chemin entre la sienne et celle de Morrigan, un auburn marqué. Par contre, leurs iris étaient identiques, c’en était troublant. L’enfant le regardait d’un air bienveillant, mais le Garde avait l’impression qu’il sondait son esprit. D’apparence, le jeune homme était tout ce qu’il y avait de plus normal. Mais il semblait habité par une force supérieure, « l’âme d’un dieu ancien » pensa tristement Alistair. Il ne voulait pas imaginer ce à quoi devait ressembler l’esprit de cet enfant. Voyant que le Garde demeurait muet, la sorcière prit la parole :



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« Kieran, ne devrais-tu pas être en train d’étudier plutôt que d’ennuyer l’Inquisitrice ou flâner dans les jardins? ». Son ton était incroyablement doux, mais son regard était ferme.

« Oui mère, je suis navré. Mais j’aime beaucoup cet endroit. C’est si … calme.

- Je sais, petit homme, répondit-elle tristement, mais tu dois retourner étudier ». Elle s’avança vers lui et s’accroupit afin d’être à sa hauteur.  « Souviens-toi de ce que je t’ai dit, c’est important » continua-t-elle en lui ébouriffant les cheveux.

- Oui mère » répéta Kieran en soupirant légèrement avant de tourner les talons.

Alistair assistait à la scène, médusé. Il s’était inquiété pour l’enfant, avoir Morrigan pour mère l’avait fait frissonné plus d’une fois. Seulement le spectacle s’offrant à ses yeux lui montrait à quel point il avait eût tort. L’apostate semblait être une mère attentionnée et aimante, à des lieues de ce qu’il avait pu imaginer  au vu de la façon dont elle avait parlé de leur futur enfant à la veille de la bataille de Dénérim. Et Kieran … Kieran, son prénom se répétait inlassablement dans son esprit. Il paraissait si étrange et en même temps si normal. Le Garde eût soudain l’irrépressible envie de le prendre dans ses bras, de le bombarder de questions sur lui, sur ce qu’il étudiait, avait-il des amis ? Il tendit un bras vers le garçon :

« Attends ! » s’exclama-t-il

Morrigan, qui tournait à présent le dos à l’enfant, le foudroya du regard. Ce regard glacial et assassin. Le même regard qu’elle lui avait adressé alors qu’il avait sous-entendu qu’elle ressemblait à Flémeth, sa mère. Kieran se retourna, surpris. Alistair bredouilla :

« Non… rien… Pardonne-moi »

Il fit demi-tour et fonça en direction du hall principal du Fort.

***

Morrigan


Elle fulminait, quel bougre d’imbécile de Garde des Ombres ! Que s’imaginait-il ? Qu’il pouvait torturer Kieran en jouant au père aimant le temps de leur séjour ici avant de le quitter une fois tout cela terminé ? Non. Elle ne le permettrait pas. L’avenir du garçon serait bien assez difficile, nul besoin de lui infliger cela.

L’enfant revint vers elle, regardant vers la direction où Alistair s’était éclipsé :

« C’est lui, n’est-ce pas ? »

Morrigan acquiesça. La colère laissa alors place à la culpabilité. Bien sûr qu’il savait, ce petit bout d’homme était capable de ressentir des choses à la portée de personne d’autre. Nul doute qu’il aurait reconnu son géniteur dès lors qu’il l’aurait rencontré. La sorcière se maudissait de ne pas avoir été assez précautionneuse, elle aurait pu lui éviter cela.

« Pourquoi ne m’aime-t-il pas ? J’ai dit quelque chose de mal ? » demanda le garçon de sa voix rêveuse.

Elle prit son fils dans ses bras et le serra fort en lui murmurant :

« Non petit homme, tu n’as rien dit de mal. Et il t’aime, c’est certain. Il n’en a seulement pas le doit.

- Pourquoi ?

- Certaines choses ne peuvent t’être révélées dans l’immédiat, je suis désolée Kieran.

- Je comprends, abdiqua l’intéressé en baissant les yeux, je retourne étudier ». Il se dégagea doucement de son étreinte.

Elle le regarda s’éloigner, le cœur brisé.



***



Cassandra


L’assaut avait été lancé. Grâce aux armes de siège cédées par les nobles de la région alliés de l’Inquisition, ils n’avaient pas eu à transporter les leurs de Fort Céleste. Ceci leur avait permis de gagner un temps considérable. Les projectiles des trébuchets harcelaient à présent les murs de l’Inébranlable. Mais cela ne suffirait pas. Il fallait créer une percée afin que les soldats puissent prendre la forteresse de l’intérieur.

Cullen était assisté par Cassandra, cette dernière avait été blessée lors de la rencontre avec les Gardes des Ombres possédés à la Porte du Ponant. Elle ne pouvait donc participer à la bataille. Les troupes étaient prêtes, attendant leur signal. Balistes et trébuchets étaient parvenus à nettoyer quelque peu les remparts et à désorganiser la défense ennemie. Le Commandant annonça :

« Il est temps d’envoyer le bélier, ces portes doivent céder »

- Quand est-il des échelles Commandant ? demanda la Chercheuse. Cela assurerait un soutient non négligeable au bélier si l’on pouvait envoyer des soldats nettoyer les remparts.

- C’est trop risqué, répondit Cullen. Il n’y a pas que des hommes là-haut, mais également des démons. Les soldats se feraient rejetés avant même de pouvoir poser le pied sur les créneaux.

- Quid des hommes protégeant le bélier ? rétorqua-t-elle en regardant l’engin de siège en contre-bas. Elle répugnait à envoyer ses hommes au-devant de pareils dangers. Elle savait bien qu'il en allait de même pour le Commandant. Mais ils n’avaient pas le choix.

- Je sais Cassandra … Ils ne pourront compter que sur leurs boucliers pour les protéger, et sur les barrières des mages. Heureusement les templiers rouges ne semblent pas être de la partie. La magie risque de nous être utile »

La guerrière réprima un sourire. Le Commandant semblait être en de meilleurs termes avec la magie depuis quelques temps … La raison n’était un mystère pour personne. Cullen remarqua son léger rictus:

« Qu’est-ce qui vous amuse ? s’enquit-il d’un ton étonné, non sans froncer les sourcils.

- Rien Commandant, répondit la Chercheuse en reprenant son sérieux. Dois-je donner le signal aux hommes d’aller enfoncer la porte ?

- Allez-y ».

Cassandra descendit aussi rapidement que le lui permettait sa blessure à la hanche. La guerrière pestait. Sa place était avec ses hommes, avec Lavellan. Elle maudissait ce démon de la colère qui l’avait prise par surprise. Heureusement que l’Inquisitrice avait quelques notions de magie curative, cela lui avait permis de contenir la blessure le temps de leur retour à Fort Céleste. Chassant cet épisode de ses pensées, elle donna ses directives aux hommes de l’Inquisition :

« Soldats ! Protégez coûte que coûte le bélier et les bêtes de somme, mais n’oubliez pas de vous protéger vous-mêmes. Une fois aux abords de la porte, gardez vos boucliers au-dessus de vos têtes ! Les mages vous entoureront d’une barrière magique, mais elle n’est pas infaillible donc ne vous reposez pas entièrement dessus. Restez concentrés. Des questions ?

- Non Chercheuse ! répondirent les hommes en cœur.

- Bien, la Charge du Taureau menée par Iron Bull et l’Inquisitrice vous suivront de loin et vous rejoindront dès que la porte sera ouverte ».

Des sourires illuminèrent les visages des soldats. La plupart avait déjà côtoyé Bull et ses hommes durant certaines missions et savaient qu’ils étaient d’une aide précieuse. Pour les autres, savoir que leur chef se battrait à leur côté leur redonnait le moral. L’Inébranlable portait bien son nom, les hommes étaient sceptiques quant à leur victoire.

« Soldats ! Êtes-vous prêt à renvoyer ces démons dans l’Immatériel ?

- Oui Chercheuse ! crièrent les recrues en frappant des pieds.

- Bien ! Pour l’Inquisition ! hurla Cassandra en brandissant son épée.

- Pour l’Inquisition ! reprirent les hommes en l’imitant. « Pour la Messagère ! ».

Le convoi se mit en route. La guerrière rejoignit le Commandant qui s’entretenait avec l’Inquisitrice. Elle se tint à une distance respectueuse en attendant qu’ils aient fini. Mais des bribes lui parvinrent :

« La Charge suffira-t-elle à assurer votre protection là-haut ? » demanda Cullen, il semblait soucieux.

« Leur but premier n’est pas de me protéger Cullen, mais de nettoyer ces remparts ».



Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan Screen12

Désolée pour les sous-titres, je n'avais pas désactivé l'interface ><


L’Inquisitrice souriait, son ton était doux mais déterminé. Elle poursuivit :

« Préservez nos soldats Commandant, quoiqu’il se passe là-bas ».

Elle jeta un regard vers la forteresse : « Alistair et Ciri m’accompagneront. Ils ne me laissent pas le choix. Dorian, Varric et Blackwall également ».

Elle se retourna vers Cullen : « Nous nettoierons ces murs ! Une fois cela fait, nous trouverons Clarel et mettrons fin à cette folie ».

Cassandra sourit pour elle-même. Lavellan était dans son élément sur le terrain et semblait beaucoup plus confiante qu’à Halamshiral. Sans compter qu’elle avait cette faculté de vous convaincre que tout allait se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes. La guerrière se doutait que le but de l’elfe était de rassurer Cullen. Bien qu’il savait séparer devoir et … vie privée, il ne pourrait s’empêcher de s’inquiéter pour Mithraël. Mais la Chercheuse avait confiance. Le Commandant savait faire face à son sevrage de lyrium, il saurait faire face à son anxiété et ne ferait rien qui pourrait porter préjudice à ses hommes.

« Je vous dirais bien d’être prudente, mais la dernière fois ça ne vous a pas réussi » tenta-t-il de plaisanter en passant maladroitement une main dans ses cheveux blonds.

« Si cela peut m’assurer votre présence à mon chevet … » répondit Mithraël à voix basse en lui adressant un clin d’œil.

Balayant la zone du regard, elle aperçut la Chercheuse :

« Cassandra ! » s’exclama-t-elle « Si vous êtes là, c’est que les hommes sont partis. Je m’en vais rejoindre la Charge ! ».

Elle posa une main compatissante sur l’épaule de la guerrière, se doutant certainement qu’elle aurait voulu les accompagner, et dévala la pente afin de rejoindre Bull.

***


Ciri



La progression était difficile jusqu’aux remparts. Les Gardes des Ombres corrompus accompagnés de leurs démons opposaient une résistance farouche. Mais l’Inquisition gagnait du terrain. L’appui des soldats des maisons nobles voisines et de la Charge au grand complet leur permettait de faire face. Ciri n’imaginait même pas le résultat s’ils avaient dû tenter une entrée par petits groupes … Ils avaient sous-estimé le nombre de Gardes défendant la place. Alistair, Dorian et Bull menaient la Charge sur les remparts ouest tandis que Varric, Lavellan, Blackwall, les recrues et elle-même s’employaient à libérer ceux à l’est.

Hawke se fondait dans les ombres, frappant les ennemis de ses dagues implacables avant de se retirer dans une pirouette et décrocher son arc. C’était une véritable chorégraphie pour elle, une danse macabre. A ses côtés, Lavellan envoyait des jets de flamme sur leurs opposants et pour épargner son mana, elle se servait de son Ancre pour créer de petites ruptures qui semblaient infliger de sérieux dégâts aux démons. Les soldats la regardaient avec une admiration mêlée de crainte. Mais combattre à ses côtés leur conférait une ardeur sans faille. Blackwall faisait partie de la mêlée, criant des encouragements aux hommes. « Cet homme a dû avoir des soldats sous sa responsabilité » nota Ciri. En effet, il semblait dans son élément.

Le regard de la jeune femme croisa celui de son meilleur ami. Varric lui sourit :

«  Alors l’Aïeule, on fatigue ? » lui lança-t-il.

Les cheveux blancs du Héraut lui avaient valu ce surnom vaseux. Elle exécuta un saut périlleux afin d’atterrir derrière un Garde et fit voler son chef en utilisant ses longues dagues en ciseaux. Devant le regard appréciateur du nain, elle rétorqua ensuite:

« Est-ce que ta grand-mère savait en faire autant ? ».

La zone était libre à présent. Ils pouvaient profiter d’un moment de répit. Avant d’engloutir d’une traite une potion de lyrium, l’Inquisitrice envoya une sphère de feu dans les airs afin de signaler que les échelles pouvaient entrer en action. Un éclair du côté ouest fit écho à son signal. C’était également mission accomplie pour la Charge. Personne ne poussa d’exclamation de joie néanmoins, leur tâche n’était pas terminée. Lavellan prit la parole :

« Bravo à tous » déclara-t-elle d’un ton enjoué. La discipline militaire demeurait inexistante chez elle. « Il nous faut gagner le cœur de la forteresse à présent pour trouver le Commandeur-Garde. Nous y rejoindrons les autres. En avant ! ».

Les hommes acquiescèrent en silence, mais la détermination était présente. Gargarisés par leur petite victoire, ils la suivraient n’importe où. Alors que des renforts arrivaient par les remparts afin de les couvrir, ils se remirent en route. L’Inébranlable n’était pas seulement réputée imprenable, elle était aussi gigantesque. S’ils voulaient arriver à temps, il leur faudra accélérer le pas.
Ils dépassèrent des endroits où le sang et les cadavres souillaient le sol. C’était un véritable massacre. Mais Ciri n’en était pas émue. Elle ne parvenait pas à comprendre comment les Gardes avaient pu tomber si bas … Cela lui échappait. La magie du sang l’avait toujours répugnée depuis … Depuis la mort de sa mère et tous les autres spectacles sinistres auxquels elle avait pu assister durant son séjour à Kirkwall.

Le détachement atteignit ensuite une zone qu’ils n’avaient pas encore explorée. Pourtant, de nombreux morts gisaient çà et là et un homme se tenait debout parmi les cadavres.

Le temps s’arrêta soudain pour Ciri Hawke. La jeune femme n’y cru pas au premier abord. C’était impossible. Impossible qu’il soit là. Cela devait encore être un des mauvais tours que lui jouait son esprit… Combien de fois avait-elle été persuadée avoir vu son ombre, le bout de sa queue de cheval ou encore un pan de sa cape avant qu’il ne disparaisse à nouveau.  Cependant cette fois, il semblait bien présent, devant elle.

Mais ce n’était pas ce souvenir qu’elle avait gardé. L’Anders qui se tenait devant elle avait cette lueur bleue électrique dans les yeux, qui l’habitait lorsqu’il perdait le contrôle. Cette même lueur irradiait dans tout le corps du mage, comme s’il était entouré de quelconque énergie magique. Si l’expression de son visage était indescriptible, on ne pouvait se tromper sur ses motivations. Il était là pour détruire, pour tuer, en témoignaient les corps calcinés autour de lui.

Hawke savait qu’il était Garde des Ombres, mais elle pensait qu’après avoir commis son attentat il se serait exilé auprès des rebelles radicaux et non auprès de l’Ordre. La voleuse ne réfléchit pas davantage au pourquoi du comment de sa présence. Faisant un signe à l’Inquisitrice de partir en avant, elle s’avança vers le mage qui n’avait pas esquissé un mouvement depuis qu’ils s’étaient croisés. Varric demeura derrière elle, il ne s’était jamais caché de n’avoir absolument aucune confiance en l’apostat.

« Anders ? » appela Ciri prudemment.

La jeune femme ne croyait pas qu’il pourrait lui faire du mal, mais dans cet état rien n’était moins sûr. Elle culpabilisa, elle lui avait promis qu’ils trouveraient un moyen de l’aider. Mais après son acte, après qu’il se soit jouer d’elle en prônant l’amour et la confiance pour servir ses desseins meurtrier… Elle n’avait pu lui pardonner. Ciri n’avait pu se résoudre à l’exécuter après son acte. Tuer l’homme qu’elle aimait lui avait été intolérable. Mais en dépit de ses sentiments pour lui, elle n’avait pu excuser son geste. Il avait disparu de son champ de vision dès la défaite du Chevalier-Capitaine Mérédith. Elle n’avait pas cherché à le revoir ensuite.

Pour toute réponse, l’énergie gravitant autour du mage s’agita et il parut alors entouré de flammes bleues. Hawke s’arrêta :

« Anders, c’est moi, c’est Ciri. Combats-le ! Ne te laisse pas dominer par sa colère ! Tu vaux… ».  

Elle ne put continuer sa phrase, une décharge magique la percuta de plein fouet. La jeune femme recula de quelques pas sous le choc et posa un genou à terre. Des brûlures parcouraient à présent ses avant-bras et son cou. Heureusement sa brigandine était traitée afin de ne pas s’enflammer, mais elle était roussie. Elle entendit Varric armer son arbalète. Hawke le stoppa en tendant sa main vers l’arrière, sans lâcher Anders des yeux :

« Non Varric, il va y arriver, je vais bien ». Le nain ne tira pas, mais garda son arme prête.

Elle se releva péniblement et marcha d’un pas décidé vers l’apostat :

« Rappelle-toi, quoiqu’il puisse se produire, je voulais que tu saches que je t’aime ». Elle marqua une pause. « Se sont tes paroles Anders ! Souviens-t-en ! ».  Le ton de la jeune femme était déterminé, elle criait presque.

Un grand rire caverneux se fit entendre. Le mage prit la parole, mais ce n’était pas Anders qui s’exprimait, c’était Justice :

« Quelle ironie, vous l’abandonnez et maintenant vous rampez pour qu’il vous reconnaisse ? Anders n’a pas besoin de vous, Héraut ». Il se préparait à envoyer une nouvelle décharge magique.

- C’est un plaisir de te revoir également Justice. Ne le prends pas mal, mais j’aimerais parler à la meilleure moitié d’Anders. Si tu pouvais disposer, je t’en serais reconnaissante ».

Hawke vouvoyait rarement les gens, esprits ou pas. Si ses paroles semblaient légères, son ton était acerbe. Une lueur de défi brillait dans les yeux de la jeune femme, elle avait déjà été confrontée à Justice. Cependant, il paraissait qu’effectivement, le vrai Anders ne s’était pas montré depuis un certain temps. Trop longtemps, peut-être.

Pour toute réponse, elle reçut une nouvelle brûlure. Ignorant la douleur, elle se précipita à la rencontre du mage. C’était désespéré, elle le savait. Mais si cela ne fonctionnait pas, Ciri devrait admettre qu’elle l’avait perdu pour de bon.

Elle se jeta au cou d’Anders : « Si mes paroles ne suffisent pas, peut être que mes actes le pourront » murmura-t-elle à son oreille.

Le Héraut sentait les flammes lécher sa peau, son armure, mais elle tint bon : « Anders, je suis là, je suis revenue » insista-t-elle.

Pas de réponse. Etait-ce parce-que le mage tentait de lutter contre Justice ? Elle resserra sa prise, blottissant sa tête contre le torse du blond. Les brûlures ne cessaient pas, mais l’esprit de haine s’était tu. Elle releva alors la tête et plongea son regard dans les yeux bleu électrique d’Anders :

« C’est Ciri, répéta-t-elle, je ne te veux aucun mal ».

Hawke ne récolta qu’une salve encore plus importante d’énergie magique qui la projeta en arrière. Le rire de Justice se fit à nouveau entendre :

« Anders n’est plus, Héraut, il est trop tard ».

Ciri tenta de se relever mais la douleur était trop intense, elle ne put que lever les bras brûlés pour protéger son visage lorsque l’esprit  rassembla à nouveau son mana.

« Crac ». Pause. « Crac ». Pause. « Crac »

Elle baissa les bras et vit le mage s’effondrer, trois carreaux fichés dans sa poitrine. La jeune femme au regard émeraude resta un moment interdite avant de hurler en se traînant vers le corps :

« Non ! »

La lueur bleue avait disparu. Elle prit délicatement la tête d’Anders et la posa sur ses cuisses, caressant les longs cheveux châtains du mage d’un geste machinal. Des larmes perlèrent au coin de ses yeux. Son esprit c’était arrêté. Elle ne pouvait pas croire qu’il était mort.  Ciri continuait inlassablement ses caresses. Elle bredouillait sans cesse :

« Je suis désolée, je t’ai abandonné, c’est ma faute ».

Ses mains tremblaient alors qu’elle répétait sa litanie. Des cloques parsemaient ses bras et son visage mais elle n’y prêtait pas attention. La douleur physique était recluse à une région lointaine de son esprit, pour le moment. Pourtant, ses blessures étaient graves. Chaque passage de ses mains dans la crinière du mage était une torture tant la chair était à vif. Mais elle ne le sentait pas. Elle ne sentait plus rien. Elle s’engourdissait. Hawke n’entendit pas Varric accourir. La jeune femme allait s’abandonner dans les bras de la mort, sans en avoir conscience.

Soudain, l’apostat fut pris d’un sursaut violent.

« Anders ? » balbutia Ciri en se redressant péniblement, pleine d’espoir.

Il entrouvrit les yeux. Ils n’étaient pas bleus cette fois, mais avaient leur habituelle couleur noisette claire. Une flaque de sang s’étendait autour de lui sur le sol, tâchant le cuir de l’armure du Héraut. Il parut effaré :

« C’est moi qui ? … désolé …».

Sa voix était à peine audible, la jeune femme dû se pencher afin de pratiquement coller son oreille contre la bouche de l’apostat.

« Cauchemar…  » mumura-t-il, « Justice devenu plus … fort ».

Elle n’y comprenait rien, il devait délirer. La souffrance arracha alors un gémissement à la jeune femme, ses sens renouaient avec la réalité. Anders la regarda alors à nouveau à travers ses yeux mi-clos :

« Soigner… Bonne chance… vous aimerais toujours ».

Il ferma ses iris et parut se concentrer en puisant dans un dernier souffle de vie. Une chaleur réconfortante parcourut alors la jeune femme, ses brûlures et cloques s’estompaient et sa peau redevint lisse.

« Arrête ! » hurla-t-elle alors « Sers-t-en pour toi ! ».

Elle le secoua mais en vain. Anders n’était plus. Ciri resta un moment là, hagarde. Elle vit les carreaux plantés dans le corps de son amour et revint alors à elle :

« Pourquoi as-tu fais ça ? » vociféra-t-elle en direction de Varric. « De quel droit ? J’aurais pu le faire revenir ! ». Son visage était déformé par la colère et la tristesse et ses yeux lançaient des éclairs.

« Il a failli te tuer Ciri, tu le sais » répondit calmement le nain.

Il ne semblait pas regretter son geste le moins du monde. Il l’avait fait pour la protéger, elle le savait. Hawke avait toujours eu la tête sur les épaules, mais ses êtres chers étaient sa faiblesse. Quoiqu’elle puisse en dire, les décisions qu’elles prenaient dans pareilles circonstances étaient souvent les mauvaises. Elle avait perdu son frère, sa sœur s’était retrouvée conscrite dans un Cercle alors que pour la protéger elle l’avait empêchée de l’accompagner dans les tréfonds… Sa mère avait péri lors d’un rituel des plus immondes … L’homme qu’elle aimait avait trahi sa confiance. Même pour Ciri Hawke, même pour un Héraut, cela faisait beaucoup.

Oui, elle le savait. Elle ne voulait pas l’admettre mais elle le savait. Seulement savoir n’atténuait pas sa tristesse ni sa culpabilité « Je n’aurais jamais dû l’abandonner » se reprochait-elle à nouveau. Varric posa une main sur son épaule mais elle se dégagea.

« Il faut rejoindre Lavellan » déclara-t-elle d’un ton brusque. Elle n’accorda pas un regard au nain et après un dernier baiser sur le front de son amour. En partie remise de ses brulûres, elle fonça sur les traces de l’Inquisitrice. Varric soupira et s’élança à sa poursuite.


***


« Vous avez apprécié mon présent, Héraut ? »

La voix résonnait dans l’Immatériel. Apparemment, c’était au tour de Ciri de subir ses incursions dans son esprit. Alistair avait pris un air détaché et rieur pour envoyer promener le démon de la Terreur, Blackwall l’avait gratifié de plusieurs noms d’oiseau, Lavellan était restée silencieuse et Varric n’avait pas encore eu la chance qu’il ne s’adresse à lui. Imitant l’Inquisitrice, Hawke se tut. Elle redoutait ce qui allait suivre. Ce monstre s’appelait Cauchemar et Anders avait parlé de cauchemar sur son lit de mort …

« Ainsi votre mage n’est plus. Dommage. Peut-être que Justice aurait pu être évincé, qui sait ».

Elle serra les poings « Il ment » se répétait-elle, « Il se nourrit des peurs, des regrets, il n’aura pas les miens ».

Les autres lui lançaient des regards compatissants, mais ne pipaient mot et continuaient leur route. Ils avaient rencontré plusieurs difficultés sur leur chemin, mais étaient parvenus à les surmonter. Guidés par la Divine Justinia, ou l’esprit qui se faisaient passer pour elle, ils avançaient en direction de la faille qui les ramènerait dans le monde réel.

« Il est si aisé de manipuler un esprit en colère » poursuivit Cauchemar. « Donnez-lui une nouvelle cible, un nouveau but, et il se rue dessus comme un chien enragé ». Le démon ricana : « Anders s’est bien défendu, pourtant». Il continua alors : « Corypheus a approuvé mon idée, il vous en veut un tant soit peu d’avoir tenté de le tuer vous savez ».

« Et moi je lui en veux un tant soit peu d’avoir survécu » répliqua Hawke d’un ton acerbe

Nouveau rire : « Les cadavres jonchent votre route, Héraut, vos proches semblent avoir une faible espérance de vie ».

Elle se stoppa net, touchée. Ses yeux brillaient de colère :

« La ferme ! Enfoiré de démon ! LA FERME ! ». Varric se tint à ses côtés, agrippant son bras pour tenter de la détourner. Elle savait que Cauchemar jouait avec ses nerfs, mais il avait touché une corde sensible. Ignorant le geste du nain, elle poursuivit :

« Montre-toi ! J’ai hâte qu’un nouveau cadavre jonche ma route ! Arrête de te cacher, lâche ».

Pas de réponse.

De nouveaux Spectres, Ombres et sous-fifres de Cauchemar apparurent alors derrière eux. Ils étaient nombreux, trop nombreux pour eux. Lavellan cria alors :

« La rupture n’est pas loin, courrez ! »

Ils s’exécutèrent. Varric dû pousser Ciri pour l’empêcher de rester combattre. Elle avait besoin de laisser libre cours à sa colère, ses dagues déjà en main. La jeune femme accompagna néanmoins le reste du groupe et d’un signe de tête, elle rassura son ami.

L’esprit de la Divine resta en arrière afin de leur faire gagner du temps. Elle avait parlé à l’Inquisitrice, mais Hawke n’y avait pas prêté attention. Elle laissa Varric prendre un peu d’avance et se détourna pour jauger la distance entre eux et leurs poursuivants. L’esprit ne tiendrait pas longtemps, mais ils auraient peut-être le temps de passer la faille. Elle se remit à courir. Lavellan et Alistair l’attendaient alors que Varric et Blackwall avaient déjà passé la rupture sous les ordres de l’Inquisitrice.

L’esprit se dissipa et les démons se regroupèrent pour ne former qu’une seule entité qui se déplaçait à vive allure vers eux. Elle prenait la forme d’une hideuse araignée géante. « Pourquoi faut-il que ce soient toujours des araignées » grommela Ciri pour elle-même. Ils n’auraient pas l’opportunité de s’échapper avant qu’elle ne soit sur eux :

« Vous vouliez me voir, Héraut, je suis là »

Tout se passa très vite. La jeune femme serra ses dagues et se prépara à s’élancer à la rencontre du démon. Lavellan allait l’imiter mais elle la retint :

« C’est entre lui et moi Inquisitrice, partez, ils ont besoin de vous.

- Je ne vous laisserais pas ici Hawke, rétorqua la mage.

- Dites à Varric que je lui pardonne » répondit seulement Ciri. Elle lança un regard à Alistair, il sembla comprendre mais refusa de la tête.

Hawke s’énerva : « Ne voulez pas revoir votre Héroïne ? asséna-t-elle d’un ton amer. De plus, il faut que vous repreniez les rênes de la Garde d’Orlaïs ».

L’Inquisitrice se tourna vers Alistair et Hawke en profita pour l’assommer  d’un coup de pommeau. Le Garde parut scandalisé mais elle n’en avait cure :

« Ramenez la saine et sauve. J’ai fait mon choix ».

Il obtempéra à contrecœur : « Merci Hawke » murmura-t-il avant de se ruer vers la faille, l’Inquisitrice sur son épaule.

Ciri se retourna alors vers Cauchemar qui arrivait sur elle. Un sourire carnassier sur le visage alors qu’elle faisait tourner ses armes dans ses mains.

« Tu ne passeras pas, crevure de démon » murmura-t-elle

La jeune femme prit ensuite une profonde inspiration avant de s’élancer vers l’arachnide. Elle n’usa pas de ses aptitudes de furtivité. C’était inutile ici, de plus, elle voulait qu’il la voie. Elle plongea entre les pattes du monstre, évitant ses chélicères tout en poignardant son abdomen. Le Héraut roula sur le côté pour éviter de se faire transpercer par une des pattes de la bête.

« Vous ne semez que la mort autour de vous »

« Tout ceci est de votre faute »

« Vous l’avez abandonné »

Les paroles de Cauchemars se répétaient inlassablement dans sa tête alors qu’elle tentait de rester concentrée afin de ne pas se faire tuer. Elle ne saurait dire depuis combien de temps durait leur duel. Esquive, lacération, saut périlleux, lacération, esquive, perforation … Sa danse assassine ne s’arrêtait pas, devenant machinale, automatique.  Ciri n’était même pas sûre que le démon ressente vraiment ses coups, il semblait se jouer d’elle. Tantôt ricanant, tantôt proférant des paroles empoisonnées. Cependant, elle ne faiblirait pas.

La faille avait été refermée, lui coupant toute retraite. Le monstre ne l’aurait de toute façon pas laissée s’échapper. L’esprit de la Divine avait disparu, était-il mort ? Elle n’en avait aucune idée.

La fatigue se fit alors sentir. La jeune femme trébucha alors qu’elle tentait à nouveau d’esquiver les crochets de l’araignée. Le monstre fondait à nouveau sur elle. Elle posa un genou à terre et se tint en position de parade, dagues croisées. Ciri Hawke était étonnement calme et sereine. Elle avait déversé toute sa haine, sa colère, ses regrets, dans ce combat. Elle ferma les yeux, attendant le choc.
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MessageSujet: Re: Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan   Histoires courtes : Inquisitrice Mithraël Lavellan EmptyDim 10 Mai - 14:07

Chapitre 15 : Retour à Fort Céleste



Cullen


Sa vision était floue, son esprit totalement embrumé et il souffrait d’une forte migraine.

Une silhouette se tenait debout, à l’horizon.

Il se frotta vigoureusement les yeux avant d’essayer de déterminer qui se tenait là, au loin.

Cheveux noirs, peau laiteuse, armure légère suivant parfaitement les fines courbes de son corps.

Mithraël.


Il s’avança vers elle, protégeant ses iris de la lumière aveuglante qui brillait derrière l’elfe en tenant son bras en visière.

Quelque chose n’allait pas.

Plus il s’approchait, plus le visage de la jeune femme semblait se déformer. Ses bras s’allongeaient, se parant de longs doigts crochus. Elle grandissait, devenant presque bossue. Sa peau devint grisâtre, crasseuse et des excroissances parcouraient à présent son corps. Il n’y avait plus rien de son apparence d’origine désormais.

Une abomination.

« Tu dois la tuer, c’est ton devoir de Templier,  lui murmura une voix masculine et lointaine.

-  Je sais… Mais ce n’est pas si simple !  rétorqua Cullen, la migraine reprit, plus violente, comme s’il avait irrité son interlocuteur et que ce dernier le lui faisait payer.

- Bien sûr que c’est simple ! C’est une abomination, un danger ambulant, voilà ce à quoi sont destinés les mages… Tue cette chose… Tue ce monstre… » La voix s’était raffermit, elle lui paraissait tellement familière…

- Vous… Vous avez raison » abdiqua le Commandant. Une force supérieure semblait avoir annihilé toute sa volonté.

Il dégaina son épée et s’avança vers la créature d’un pas déterminé. « C’est un monstre, tu dois le tuer » répétait-il inlassablement. Cependant l’entité n’esquissait pas le moindre mouvement offensif, ni même défensif alors qu’il marchait sur elle de plus en plus vite.

L’abomination tendit une main vers lui. Il réagit instantanément en levant son épée puis l’abattant de toutes ces forces sur le monstre.

Au dernier instant, ce dernier reprit l’apparence de Mithraël :

« Cullen ? » interrogea-t-elle, une lueur rouge se refléta dans ses yeux.

L’arme s’abattit sur la jeune femme, du sang jaillit et aspergea le Commandant.

Elle s’effondra d’un bloc.

« Non ! » hurla Cullen en tombant à genoux, le visage et le plastron couverts du sang de l’Inquisitrice.

Il remarqua alors les veinules rouges parcourant son armure, elles semblaient palpiter, elles semblaient vivantes. Une expression plus horrifiée encore se peignit sur son visage lorsqu’il vit son propre reflet dans l’acier de son brassard car il s’aperçut que ses iris se paraient du même rouge brillant.

Lyrium.

Un rire tonitruant s’éleva, il reconnut alors la voix.

Samson.


Il se réveilla en sursaut, trempé de sueur et haletant. Son cœur battait la chamade et son corps était parcouru de tremblements. Cullen tenta de reprendre son souffle et laissa ses yeux s’habituer à l’obscurité de sa chambre où seule la faible lumière lunaire filtrait à travers le trou de son plafond. Il n’avait pas souhaité réparer entièrement ce dernier. Laisser son regard se perdre dans la contemplation des étoiles l’aidait à se calmer et trouver le sommeil habituellement.

Après quelques minutes, son rythme cardiaque redevint normal et il inspira une grande bouffée d’air.

Encore un cauchemar.

Ce dernier souleva de nombreuses interrogations. Serait-il capable de cela ? De la tuer si elle venait à se transformer en abomination ? Il n’était plus Templier, c’était un fait, mais il était responsable de tous ces gens. Si elle constituait un danger pour eux, serait-il capable de l’arrêter ?

Il soupira longuement.

Il était peu probable qu’il y parvienne.

Le souvenir de la prise de l’Inébranlable rejaillit ensuite de sa mémoire. Il revoyait alors Bull, venu lui annoncer que l’Inquisitrice et ses compagnons avaient fait une chute vertigineuse… Il était resté interdit, n’entendait plus les lieutenants qui lui demandaient que faire à présent, n’entendait plus le chef de la Charge lui dire qu’il était désolé ni Cassandra qui tentait de prendre les choses en main. C’était comme s’il avait été transporté loin de la forteresse, loin de tout. Plus rien n’avait d’importance. Elle était partie et le temps s’était arrêté pour lui.

Après un long moment il avait fini par se secouer et reprendre ses esprits, s’excusant auprès de la Chercheuse pour son comportement.

Il soupira derechef.

N’étaient-ils pas en train de faire une énorme erreur ?



***

Varric


Le soleil se levait à présent sur Fort Céleste, ses couleurs chatoyantes parant les montagnes entourant le bastion de reflets jaune orangé. Malgré cette impression de chaleur, la morsure du vent était impitoyable et les micro-brouillards s’échappant de la bouche des soldats qui s’entraînaient de bon matin témoignaient de la fraîcheur environnante. Le tintement de l’acier rencontrant l’acier, les grognements s’échappant de temps à autre suite à un coup difficile à encaisser ou même les instructions lancées par la Chercheuse Pentaghast ne suffirent pas à tirer le nain de ses sombres pensées.

Il n’avait que brièvement dormi cette nuit-là, pas plus que la précédente, ou celle d’avant encore. Chaque réveil était une désillusion, comme s’il espérait s’éveiller et réentendre cette voix tranchante mais rieuse lui suppliant d’arrêter d’enjoliver la moindre de ses actions. Il ne put réprimer un sourire en repensant au regard dépité de Ciri Hawke lorsqu’il lui avait annoncé qu’elle avait à elle seule repoussé dix bandits dans les bas-fonds, usant de son « don » lui permettant de se glisser dans le monde des spectres pour mieux fondre sur sa cible. Le conteur pouvait se remémorer l’expression ébahie de ses auditeurs alors qu’il relatait comment ses ennemis étaient pétrifiés de peur en voyant tomber leurs collègues les uns après les autres, une ombre passant prestement d’un homme au suivant, ne leur laissant aucune chance. Impitoyable, précision chirurgicale, rapidité, tel était le crédo du Héraut sur le « champ de bataille ».

Oui, il avait beaucoup embelli les péripéties du Héraut de Kirkwall, mais cette jeune femme méritait que l’on se souvienne d’elle comme d’un être extraordinaire. Elle l’était réellement aux yeux de l’arbalétrier. Mais elle était surtout sa plus proche amie. D’aucuns la considéraient froide voire même dénuée de pitié au premier abord. Seulement après avoir passé tant de temps à ses côtés, Varric avait pu se rendre compte qu’il ne s’agissait que d’une carapace qui n’avait fait que se renforcer au fil de son séjour dans la cité des Marches Libres.

Ciri était dure, mais juste, n’hésitant jamais à se jeter au-devant du danger lorsqu’elle estimait que la cause en valait la peine ou encore à prendre le temps d’enquêter sur des disparitions inquiétantes dans les bas-fonds.

« Qui s’en souciera ? Les hommes du Vicomte ? Ne me faites pas rire Varric, ces gens-là ne sont rien pour lui. Je ne vais pas rester les bras croisés sous prétexte qu’ils ont eu la malchance de naître du mauvais côté de la ville »

Telles avaient été ses paroles. Seulement peu de personnes étaient là pour les entendre. La foule, en revanche, se remémorait qu’elle avait été la compagne de celui qui avait fait explosé la Chantrie, qu’elle avait protégé une pirate des griffes des Qunaris, ces derniers mêmes qui assiégèrent la ville et décapitèrent le Vicomte. Ils se souvenaient d’elle comme de celle qui avait soutenu les mages, et pour beaucoup d’entre eux, mages équivalait à magie du sang. Nombreux étaient ceux qui la considérait comme responsable des maux de la cité. S’ils savaient …

Elle ne méritait pas cela, elle méritait que quelqu’un la dépeigne telle qu’elle était réellement : une jeune femme qui avait beaucoup perdu, mais qui n’avait jamais cessé de croire en une justice. « Justice… quelle ironie » pensa sombrement Varric.

Et à présent il était là, seul, à songer à elle au passé. Il aurait dû rester, ne pas écouter l’Inquisitrice et s’assurer que tout le monde reviendrait sain et sauf de ce foutu Immatériel. Pourtant il l’avait vue courir en direction de la faille, lui adressant un signe de tête comme pour lui signifier « Va, n’aie crainte, je te rejoins ». Et il y avait cru.

Il ne pouvait en vouloir à Lavellan, surtout en la voyant apparaître inconsciente sur l’épaule du Garde des Ombres en sortant de la brèche. Du Hawke tout craché. Il ne pouvait en vouloir à Alistair. A quoi bon ? Ciri avait fait son choix, et bon courage à celui ou celle qui tenterait de l’en dissuader. Non. Il n’en voulait qu’à lui-même, de n’avoir rien fait pour la ramener. Et, bien qu’il ne regrettait en rien son geste, son cœur se serrait alors qu’il réalisait que la dernière chose qu’il avait faite pour elle était d’avoir tué son amant… Elle lui en voulait. Et elle était morte en lui reprochant son acte, en se sentant trahie par son plus proche ami.

Elle était morte seule.

« Varric ? » murmura une voix féminine dans son dos.

L’Inquisitrice. Il ne l’avait pas revue seule à seul depuis. Des cernes sombres se creusaient sous des mirettes, contrastant avec sa peau si pâle. Elle aussi semblait avoir besoin de sommeil.

« Inquisitrice » répondit-il en s’inclinant.

Ils se regardèrent un moment, ne sachant quoi dire. Finalement, Mithraël se lança :

« Je suis tellement désolée Varric, j’aurais dû faire quelque chose, c’est moi qui aurais dû l’assommer et la traîner vers la faille… » Elle mordit sa lèvre inférieur, comme pour se retenir de laisser s’échapper un sanglot.

Que répondre  à cela ? Bien qu’il ne tienne pas l’Inquisitrice comme responsable, il lui brûlait les lèvres de rétorquer un « Oui, vous auriez dû » pour soulager sa conscience. Mais il ne le ferait pas bien-sûr. Comment pourrait-il faire une chose pareille et se regarder en face ensuite ?

« Lavellan, commença-t-il, ne vous sentez pas responsable. Hawke avait fait son choix, vous n’aurez rien pu faire pour l’en empêcher ». Son ton était morne et las. Il voulait être seul. Varric respectait beaucoup Mithraël, mais à cet instant, tout ce qu’il désirait était qu’on le laisse tranquille.

Seulement, son animosité disparut lorsqu’il croisa à nouveau le regard de l’Inquisitrice. Elle semblait culpabiliser réellement, comme à son habitude. Parfois il se demandait si elle avait véritablement les épaules assez solides pour ce poste, et puis il la voyait en action et ses doutes s’estompaient. Seulement à cet instant, elle redevenait la jeune elfe d’un camp dalatien, ne dissimulant plus ses émotions comme Fanfreluche le lui avait appris.

L’arbalétrier s’adoucit et avoua alors :

« Mithraël, je suis le seul à blâmer, le seul qui la connaissait assez pour se rendre compte de ce qui allait se produire. J’aurais dû le voir, comme j’aurais dû lui dire que j’étais désolé. Elle est partie en gardant ce seul souvenir : ce maudit conteur n’est qu’un traître ».

Son cœur se serra à nouveau et sa gorge se noua. Il baissa la tête et se tut, laissant son regard se promener sur les pavés du chemin de ronde.

« Avant de m … de m’assommer, reprit Mithraël, elle m’a demandé : ‘Dites à Varric que je lui pardonne’ » déclara doucement l’Inquisitrice.

Son palpitant rata un battement. Ces paroles n’enlevaient en rien la profonde tristesse qui l’assaillait, mais il se sentait étrangement soulagé. Soulagé qu’elle se soit rendue compte qu’il n’avait pas eu le choix, soulagé qu’elle avait fini par comprendre. A présent libéré de ce poids, les larmes coulèrent tout naturellement le long de ses joues. Comme s’il s’autorisait enfin à pleurer son amie.

Des bras frêles enserrèrent ses épaules et il put sentir le corps svelte de l’Inquisitrice contre lui. Il ne répondit pas à son étreinte mais se laissait simplement aller.

Enfin il pleurait Ciri Hawke.

Enfin il pleurait son amie.


***

Cullen


Il arpentait un des nombreux couloirs de la citadelle, en direction des appartements de l’Inquisitrice. Il fallait qu’ils aient une discussion.

Le soir tombait à présent, la plupart des habitants du Fort s’apprêtait à dîner. Il rencontra donc peu de monde sur sa route. Ce n’était pas plus mal, il n’était pas d’humeur à faire la conversation à qui que ce soit.

Cullen déboucha alors dans le grand Hall. Il essaya de se faire le plus discret possible alors que les personnes présentes prenaient place autour des immenses tables dressées pour le repas. Il captura le regard de Léliana, qui lui adressa un sourire en coin, devinant sa destination.

Le Commandant continua sa route, saluant d’un signe de tête ceux qui croisaient son chemin mais affichant sa « mine sévère de haut gradé » afin qu’on ne l’importune pas. Il réprima un sourire. Mithraël appréciait beaucoup se moquer gentiment de cette expression.

Il franchit enfin la porte menant aux quartiers de Lavellan, sous les regards avides de rumeurs de l’assemblée. Alors qu’il s’apprêtait à monter les escaliers, il aperçut Cole qui empruntait le chemin inverse. Ce dernier ne sembla pas le remarquer alors qu’il arrivait à sa hauteur. Cullen l’ignora également. Il ne parvenait pas être à l’aise en présence du jeune homme, qui n’était pas réellement un jeune homme à dire vrai. Le Commandant n’était pourtant pas surpris de le voir ici. Il savait que l’Inquisitrice passait beaucoup de temps avec le garçon et avait tendance à le materner, tentant de lui apprendre à se comporter « normalement ».

« Je ne comprends pas » déclara Cole derrière son dos, de son habituelle voix éthérée et mystique.

Cullen sursauta, brusquement tiré de ses pensées. Il se retourna. L’esprit demeurait de dos.

« Euh, c’est à moi que vous vous adressez ? demanda-t-il, hésitant.

- Elle pense qu’elle est responsable de tous ces gens, de tous ces morts… Elle porte un très lourd fardeau…. »

Le garçon se tut un instant avant de reprendre :

« Je voudrais aider, mais je ne sais pas comment »

Cole se retourna alors, plongeant ses yeux pâles dans ceux de Cullen :

« Lui… il peut aider, mais ne le veut pas. Je ne comprends pas ». Il n’y avait aucun son de reproche dans son ton, seulement de l’interrogation, comme s’il désirait réellement avoir une réponse.

« Qui êtes-vous pour dire de telles absurdités ? s’agaça Cullen en fronçant les sourcils.

- Devoir et sentiments, il doute. Il craint de manquer à ses responsabilités, alors il se persuade qu’il lui faut la laisser.

- Arrêtez ça, asséna Cullen d’un ton acerbe. Il n’appréciait vraiment pas qu’on lise en lui comme dans un livre ouvert.

- Mais la laisser porter seule ce fardeau, n’est-ce pas manquer à ses responsabilités ? se demanda le jeune homme de sa voix lunaire.

- Cole… prévint Cullen qui perdait patience.

- Je ne comprends pas, continua l’esprit, c’est contradictoire non ? La question était purement rhétorique.

- ASSEZ ! ordonna le Commandant en haussant le ton.


- Cullen ? » appela une voix inquiète du haut des escaliers.

Il fit volte-face et tomba nez à nez avec une Mithraël affolée qui avait dévalé les marches quatre à quatre.

« Est-ce que tout va bien ? Avec qui parliez-vous ? » demanda cette dernière.

Il jeta un bref regard derrière son épaule, bien entendu Cole avait disparu.

« Ce n’est rien, seulement une nouvelle migraine qui m’a surpris » mentit-il.

Elle ne parut pas dupe, mais n’insista pas. L’elfe caressa alors doucement la joue du chef des armées. Il ferma les yeux à ce contact. Elle avait cette capacité de le rasséréner en un rien de temps. Il soupira brièvement avant de rouvrir ses paupières, croisant le regard de la jeune femme qui lui adressait un léger sourire. Il tenta maladroitement de le lui rendre.

« Venez, nous n’allons pas rester dans le couloir et quelque chose me dit que vous ne souhaitez pas vous retrouver entouré d’une cinquantaine de personnes dans un brouhaha de tous les diables alors que vous souffrez de maux de tête ».

N’attendant pas son consentement, elle prit sa main et l’entraîna à sa suite dans ses appartements.

Une fois arrivés à destination, ils se rendirent sur le balcon. La fraîcheur de la nuit fit frissonner la mage, aussi Cullen ôta sa cape avant de la poser délicatement sur les épaules de la jeune femme.

« Merci » souffla-t-elle avant de s’emmitoufler dans le manteau.

Il en profita pour attarder son regard sur le visage de Mithraël. Ses yeux étaient légèrement rougis et de sombres cernes se creusaient sous ses orbites. Les traits de son visage étaient tirés. Visiblement, l’épisode de l’Inébranlable avait laissé de profondes marques sur chacun d’entre eux.

« Triste spectacle n’est-ce pas ? murmura-t-elle en se rendant compte qu’il l’observait.

Il passa un bras réconfortant autour des épaules de Lavellan, elle se blottit contre lui.

« Vous semblez tourmenté, qu’est-ce qui vous tracasse ? lui demanda-t-elle.

- Il a raison… murmura Cullen d’une voix à peine audible.

- Pardon ? » répondit Mithraël en fronçant les sourcils.

« Mais la laisser porter seule ce fardeau, n’est-ce pas manquer à ses responsabilités ? », bien sûr que ça l’était. Elle était là, à se cacher du regard inquisiteur des nobles guettant la moindre faiblesse, le moindre faux-pas. Il faisait partie des rares personnes autorisées à voir ces moments de doutes. Comment pouvait-il l’abandonner sachant cela ? Comment avait-il pu penser à s’enfuir pour soulager sa petite conscience ? C’était purement égoïste.

Son regard rencontra à nouveau celui de la jeune femme qui nageait dans l’incompréhension mais attendait patiemment qu’il s’explique. « Et même si je le pouvais, je ne suis pas certain de le vouloir… » admit-il pour lui-même.

« Je sais que vous ne pouvez tenir ce genre de promesse, personne ne le peut, mais pourriez-vous au moins m’assurer que vous ferez tout votre possible pour ne pas être à nouveau ensevelie sous la neige, presqu’assassinée par un Venatori ou encore coincée dans l’Immatériel avec un démon ? » lui demanda-t-il dans un demi-sourire, tentant de dissimuler son inquiétude.

Elle rit doucement avant de répondre d’un ton malicieux :

« Je vous l’ai dit, c’est seulement un moyen de m’assurer votre présence à mon chevet.

- Dans ce cas je vais vous dire une bonne chose Inquisitrice, nul besoin de se mettre en danger de mort pour cela »

Joignant le geste à la parole, il regagna la chambre, tira un lourd fauteuil à côté du lit et prit place sous le regard amusé de son interlocutrice. Les traits de la jeune femme semblaient s’être enfin détendus.

« Vous voyez ? Je suis bien là et aucune menace de mort imminente à l’horizon »

Elle le rejoignit dans la pièce et se planta devant lui les bras croisés :

« Vous êtes fou, déclara-t-elle en souriant.

- Il semblerait… » répondit-il en affichant une mine faussement désolée.

Mithraël déposa la cape de Cullen sur son lit et s’assit au bord ce dernier, en face du Commandant. Elle ferma les yeux un instant et prit une profonde inspiration avant de soupirer longuement. La jeune femme paraissait avoir retrouvé un semblant de paix. Il ne dit rien, et se contenta de la regarder, heureux d’avoir pu l’aider comme elle avait pu le faire pour lui auparavant.

« Je pense me sentir capable d’affronter le tumulte du dîner ce soir, annonça-t-elle en rouvrant les yeux, votre migraine vous fait-elle toujours autant souffrir ?

- Non »  répondit-il, un peu trop précipitamment peut être. Il reprit plus calmement : «  Prête à soutenir tous ces regards lourds de sous-entendus ? ».

Il se retint de rire jaune en prononçant ces mots. Lui n’était jamais prêt pour cela. Devant sa mine déconfite, l’Inquisitrice le rassura en lui adressant un clin d’œil complice :

« Ne vous en faites pas Cullen, vous n’aurez qu’à afficher votre mine de Commandant-Grincheux et plus personne n’osera croiser votre regard ni faire de commentaire ».

Il sourit un instant avant de se lever, réajuster sa cape sur ses épaules et présenter son bras à Mithraël :

« Ma dame ».

Elle accepta l’invitation et ils descendirent les escaliers en direction du grand hall. Avant de passer la dernière porte, elle lui adressa un sourire encourageant. Cullen tenta de faire bonne figure.

Lavellan ouvrit ensuite la porte. Comme prévu tous les regards se tournèrent vers eux, mais étonnement le Commandant ne s’en formalisa pas cette fois. Là était sa place, aux côtés de la jeune femme, et il ne souhaitait être nulle part ailleurs.
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