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 Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue !

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Vador E69
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MessageSujet: Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue !   Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue ! EmptyVen 30 Jan - 11:49

Petit préambule, j'ai toujours écrit. Pas mal d'histoires courtes lorsque j'étais plus jeune, puis de plus en plus longues depuis quelques années.

En ce moment, je suis sur une histoire d'heroic fantasy. Enfin en ce moment... Depuis déjà un an ! J'écris, je me relis, je peste, j'efface ... J'ai toujours eu un regard trop critique sur tout ce que j'entreprends, l'un de mes credo étant "De l'exigence naît la qualité".

Je vais donc vous soumettre le début, puis j'en rajouterai petit à petit (je dois en être à une quarantaine de pages (un peu plus si je rajoute les pages griffonnées sur mon cahier [old school] en attente de traitement sous Word, beaucoup plus si je compte tous les passages écrits, retravaillés, effacés et maudits avec maints noms d'oiseaux.
Pas de chapitres, je ne commencerai le découpage qu'une fois le point final déposé.

Je m'excuse par avance pour le double post, vu que je ne me voyais pas accoler le début de l'histoire derrière cette introduction.

Par contre, n'hésitez pas à critiquer, je suis ouvert à toute suggestion, et même prêt à défendre certains de mes choix dans des débats enflammés !

Bonne lecture les amis ! study
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MessageSujet: Re: Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue !   Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue ! EmptyVen 30 Jan - 11:50

Le crépitement se fit entendre alors que le feu commençait à prendre, éclairant le visage encapuchonné. La sombre silhouette se redressa, humant avec délectation l’odeur métallique flottant dans l’air, caractéristique du sang fraîchement versé. Son regard se posa sur le corps rabougri et inanimé qui reposait au milieu du dallage, étendu dans une mare de sang. Comme à l’habitude, la décharge d’adrénaline ressentie au moment de l’exécution le laissait dans une sorte d’état second. C’était sa drogue. Mais à la différence de ces jeunes nobles qui payaient des fortunes pour acquérir des feuilles d’eritinium à fumer, lui recevait de l’argent en échange de son plaisir. Il ferma les yeux et eut des frissons en repensant au moment où le fil de son poignard avait tranché la gorge du vieil homme. La faible résistance de la peau, la plainte muette de sa proie. Sa seule déception fut que le vieillard ne l’ait pas supplié. Il n’avait pas eu peur. Cela lui avait quelque peu gâché l’instant. Qu’importe, l’énorme somme qu’il avait reçue compensait largement ce petit désagrément. Eut égard à la faible difficulté de sa tâche, sa rémunération était d’ailleurs bien trop élevée. Il lui restait une seule chose à faire… S’extirpant de ses pensées, il saisit la liasse de parchemins posée sur le bureau. Les flammes avaient maintenant pris de l’ampleur, et éclairaient généreusement la chambre austère. Il se tourna vers l’âtre, s’apprêtant à jeter les feuilles dans le feu. Son mystérieux commanditaire avait été clair. Il devait absolument détruire ces documents, sans y jeter le moindre coup d’œil. Il retint néanmoins son geste, curieux de savoir ce que recelaient les parchemins. Qu’est ce qui pouvait justifier un meurtre et tant d’argent dépensé ? L’assassin sourit. Après tout, qui le saurait ? Les douze coups de minuit venaient juste de sonner, annonçant l’heure propice aux dévots de Perex. Il avait encore quelques heures avant que les premières lueurs de l’aube ne viennent chasser les ombres de la nuit. Tirant le fauteuil du mort à proximité de la cheminée, il s’y installa et entama sa lecture. La première page était une vulgaire note destinée à l’apprenti du vieillard. L’homme apprécia la délicatesse de l’écriture, le léger tremblement dans les grandes lettres trahissant l’âge de l’auteur. Jetant cette page au feu, il prit le second parchemin. Celui-ci était presque entièrement noirci de mots…

« A l’origine était le Néant. L’immensité du vide. Aucun atome, aucune particule. Juste le vide.
Nul ne saura jamais comment naquit Praïos. Au fil des millénaires qui suivirent cette naissance, nombre d’explications furent avancées, sans que l’on ne puisse jamais en vérifier la véracité. Peut être cela importe peu. Peut être pas. A ce jour votre humble serviteur ne peut dire si quelqu’un pourra un jour l’expliquer. Il est des questions dans l’Univers qui sont destinées à rester sans réponse. Celle-ci en fait partie. Aujourd’hui encore, alors que la vie me quitte doucement, que mes yeux sont usés à force de lire de vieux parchemins aussi ridés que la peau de mon visage et que mes mains tremblotantes sont noircies par l’encre, je suis dans l’incapacité de déterminer si cette ignorance a une quelconque importance. Le mystère a toujours fait partie de la vie, et il me semble que c’est ce qui donne la force à certains d’avancer. Le débat mériterait sans doute d’être ouvert, mais ce ne sera pas en ce jour et pas par moi.
Non, si je concentre aujourd’hui mes dernières forces, c’est pour vous narrer non pas une histoire, mais l’Histoire de l’Elu. Un sujet bien vaste, mais j’ai joui de l’immense privilège de le côtoyer, et je me dois de transmettre ce que je sais de lui et ce qu’il m’a appris. Mais pour cela, il faut d’abord que je commence l’histoire par le début.
On dit que la flamme d’une chandelle est plus vivace avant son extinction. Espérons que celle de ma vie brûlera suffisamment pour que j’aie le temps de tout dire…

Du Néant naquit donc Praïos. Entité divine, il flottait seul dans le vide. On lui donne aujourd’hui une apparence d’éphèbe, mais je pense que celle-ci découle plus d’une image idéalisée que les hommes se sont faits de lui que de la réalité. Pour ma part, je l’ai toujours imaginé comme immatériel, sorte de nébuleuse consciente.
Au milieu de ce grand rien, il flottait, voguant dans l’infini telle une galère sur une mer d’huile. Et il pensait. Il pensait à tout et à rien, au vide, à lui même, et ce pendant cent mille vies. Puis, il créa. La première étoile vit ainsi le jour, éclairant le Néant de son éclat. Vint ensuite le premier grain de poussière. D’abord de la taille d’un micron, il prit de l’ampleur, se scindant successivement en neuf. Chaque morceau se mit à croître, certains donnant naissance à de plus petits grains. Cette phase s’étira sur plusieurs millénaires. Praïos avait une idée précise de ce qu’il voulait, aussi prenait-il son temps, tel l’artiste fignolant son œuvre, l’améliorant par touches subtiles. Une fois ce processus arrivé à son terme, il recommença encore et encore, reproduisant le même schéma un nombre incalculable de fois. Lentement, l’Univers prit forme sous le regard bienveillant de son créateur.
Si j’en crois les écrits que mon jeune apprenti a découverts il y a quelques semaines, ce phénomène continue encore, tel un mouvement perpétuel, chaque éclat astral donnant naissance à de nouvelles étoiles. N’ayant pu identifier l’auteur de ces notes et encore moins les dater, je ne peux hélas affirmer que cela soit vrai. Qui sait, peut être un jour pourrons nous constater cette expansion de nos yeux…

Mû par sa conscience supérieure, Praïos sélectionna un monde et y insuffla la vie. D’abord timide, elle finit par trouver son chemin, et se développa, chaque atome donnant naissance à un nouveau, s’accouplant ensuite avec un autre, jusqu’à créer une multitude de combinaisons. De ce bouillon de culture naquirent l’homme, les arbres, les animaux et tout ce que notre monde compte de vivant.
Primate et brutal, l’homme ne ressemble en rien au créateur originel. Après avoir vu passer de nombreuses lunes, j’ai pu observer mon espèce et je pense que l’on peut le définir comme un omnivore opportuniste.
Durant l’ère primale, la première de notre monde, notre espèce se complaisait dans sa médiocrité. Tels des porcs se roulant dans la fange, les hommes ne faisaient rien pour progresser. Durant des siècles, ils restèrent à vivre dans les grottes, n’assouvissant que leurs besoins premiers, se nourrir et s’accoupler. Au commencement, le créateur se dit que c’était une étape normale de notre développement, mais restait persuadé que nos ancêtres allaient avancer, inventer et découvrir. Ce fut là sa première déception. Voyant que rien n’avançait, il commença à croire qu’il s’était trompé quelque part dans la création. Si aujourd’hui quelqu’un osait émettre une telle réflexion, il serait considéré comme blasphémateur hérétique et traité comme tel. Ma fin étant proche, je me permets malgré tout de l’écrire…
Dans son infinie bonté, Praïos ne put se résoudre à éradiquer nos ancêtres et décida d’intervenir. Il sélectionna quelques hommes et les guida sur le chemin du progrès, les amenant peu à peu à découvrir le feu, le langage, la roue, les outils et l’écriture.
Ce fut le début de l’ère secondaire, également connue comme l’ère intermédiaire.
Avec la connaissance arriva la croyance. Le créateur prit conscience que son intervention avait conduit les hommes à s’interroger sur l’origine de ces inspirations, et en fut satisfait, car à ses yeux cela signifiait que sa création évoluait. Il s’impliqua de plus en plus et commença à gérer notre espèce, régentant tous les aspects de notre vie, nous poussant toujours plus avants dans nos découvertes et nos initiatives.
Je l’ai déjà dit, l’homme est un opportuniste. Ses progrès amenèrent notre espèce à s’étendre, et à croître de manière exponentielle. Praïos comprit rapidement qu’il ne pourrait s’occuper seul des hommes. De nouveau, il réfléchit sur sa création et sur la manière adéquate de s’en occuper. Il finit par décider la création d’autres entités divines.
Il imagina donc ses enfants, les sept divinités qui seraient amenées à guider les hommes dans leur évolution. Il mit en chacun d’eux une part de lui, leur donnant pouvoir et conscience supérieure. Il les imagina superbes et parfaits, de telle sorte qu’aucun homme ne puisse jamais remettre leur supériorité en question. Il leur donna les clés de notre monde, leur assignant des responsabilités parmi les hommes. Ainsi furent créés Rondra, déesse de la guerre, Thylos, dieu des quatre éléments, Travia, déesse de la vertu et de la bonté, Boron, dieu de la mort, Hésinde, déesse des commerçants, Tsa, déesse de la nature et Perex, dieu des ombres… A l’aide de leur concepteur, ils achevèrent de modeler la destinée de notre monde, jusqu’à le façonner tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Ainsi, la terre se scinda en deux grands continents, Gilerea, occupé par le peuple de l’Empire Oriental, et Nerfac, d’où est issu notre grand Empire. Nombre de légendes parlent d’autres terres, plus à l’ouest, au-delà des limites du monde… Chimère ou réalité ? Là encore mes recherches ne m’ont permis d’éclaircir ce point. Ce sera la tâche d’un autre. Peut être le jeune Tornec, mon apprenti, sera un jour à même de percer ce mystère…
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MessageSujet: Re: Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue !   Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue ! EmptyVen 30 Jan - 11:54

Nul ne sait à quand remonte la création de notre monde. Rien de ce que j’ai pu lire ou entendre au cours de ma longue vie ne m’a donné de réelle indication. Mais au final, ce qu’il vous faut savoir est ce qu’il s’est passé il y a de cela 60 années. J’ai souvent songé à tout ce que j’ai eu la chance de vivre aux côtés de l’Elu. Je me rappelle de tout dans les moindres détails, comme si cela venait de se passer. C’est d’ailleurs étrange, car je n’ai quasiment aucun souvenir datant d’avant cette période, sinon quelques fugitives visions, ma mère préparant un repas, mon père rentrant harassé de sa journée aux champs, leur enterrement. La mémoire est une chose sauvage et mystérieuse mais je n’ai jamais su la dompter, à mon grand désarroi. Peut être seul Praïos en maîtrise-t-il les méandres, et ce n’est donc que par sa grâce que je peux vous narrer mon histoire.


A l’époque, j’étais un beau et fringant jeune homme. Mon port altier, mon nez aquilin, mes yeux bleus et ma longue chevelure blonde faisaient des ravages parmi la gente féminine. J’imagine déjà le sourire narquois sur le visage de quiconque lira ces lignes, qui plus est lorsqu’on les met en corrélation avec mon apparence actuelle… Et bien vous apprendrez, et ce bien trop tôt, que même la plus sublime des œuvres d’art subit les outrages du temps, car rien n’est éternel en ce bas monde. Nous finirons tous de la même façon, roi ou badaud, pute ou duchesse. Mais je m’éloigne de nouveau de mon sujet, et je ne souhaite pas errer entre les mondes en attendant qu’un autre puisse achever mon œuvre.
J’étais donc jeune, et comme souvent, la jeunesse va de paire avec la naïveté, celle-ci confinant parfois même à la sottise. Je venais d’achever mes études de scribe à la prestigieuse école Massey, qui aujourd’hui encore produit les meilleurs bureaucrates de l’Empire. Des rêves et des chimères pleins la tête, je pensais pouvoir changer le monde. J’ambitionnais d’offrir l’accès à la connaissance à tous, persuadé de pouvoir faire muer la barbarie humaine en une civilisation savante et raffinée.
Las, je découvris rapidement que sous leurs beaux atours et leur arrogance, les dignitaires de notre Empire, qu’ils soient politiques ou cléricaux, ne pensaient qu’à conserver leurs privilèges et leur emprise sur le peuple. Tous voyaient la culture offerte au plus grand nombre comme une hérésie. J’ai écumé nombre de châtellenies, salué avec emphase des centaines de chambellans, quémandé des milliers d’entrevues. Les réponses ne variaient que dans la forme : trop peu de moyens, trop de plèbe, la guerre… Mais le fond restait identique, même si ils ne l’avouaient jamais : éduquer le peuple revenait à perdre l’emprise que les puissants et le clergé avaient sur eux. Bien sûr, je n’ai pas renoncé, l’entêtement allant semble t’il également de paire avec la jeunesse, j’ai même souvent insisté. Mais toujours j’échouais, me voyant opposer au mieux un refus poli et hypocritement argumenté, au pire des coups de fouets pour hérésie.
L’alliance de la noblesse et du clergé soutenait l’idée du droit divin… Ils attribuaient la situation à une légitimité qui leur avait été offerte par les dieux. Bien évidemment, la foi et la dévotion populaire, ainsi que la crainte du sacré, savamment instillée et entretenue par l’Eglise, poussaient les gens à aller dans ce sens et à considérer la situation comme normale, point de vue que j’ambitionnais de changer. Non pas par hérésie ou refus du pouvoir divin, mais parce que j’étais persuadé que bon nombre de choses nous étaient cachées par un accord tacite entre les puissants afin de conserver leur mainmise sur le continent.
Après une longue période d’errance et d’audiences, j’avais perdu bon nombre de mes illusions. Ma bourse était quasiment vide, mon estomac aussi.
Nous étions en hiver. Mes pérégrinations m’avaient conduit jusqu’à l’extrême Nord du continent, dans la ville de Helfjnir. Dirigée d’une main de fer par le Duc Thorndur Longues-Dents, cette dernière était surnommée la « Cité des Glaces » en raison des températures extrêmes et des chutes de neige qui y sévissaient perpétuellement. Il n’y faisait guère plus de 5° toute l’année, avec des périodes critiques où ça pouvait chuter jusqu’à -20°.
Cela faisait deux jours que je voyageais depuis la cité précédente, Ralac, d’où l’on m’avait chassé sous les jets de pierre et les quolibets. Je subissais l’implacable morsure du froid et mes oripeaux ne parvenaient même plus à retenir ma chaleur corporelle. Lorsque je me présentai au château, le garde de faction me jeta un regard sceptique eut égard à mon apparence crasseuse et misérable.
« Tu sais mon gars, me dit il, j’espère que t’es bien ce que tu prétends… Si jamais t’espères juste te réchauffer, t’es pas au bon endroit ! Le duc ne supporte pas les mendiants et aura tôt fait de t’exposer sur la place un pieu dans le cul !
-Ne vous en faîtes pas, mon ami. J’ai la preuve de mon identité. »
Ce disant, je sortis de mon havresac ma dernière richesse, la plume d’or donnée à chaque scribe en guise de diplôme.
Le garde eut une expression incrédule dictée par l’étrangeté de la chose : un vagabond bleui par le froid brandissant fièrement un objet en or massif avait de quoi surprendre. Haussant les épaules, il se tourna vers la lourde porte et y cogna du poing. Un regard s’ouvrit, une paire d’yeux y apparut et quelques mots furent échangés. Au moment où la petite trappe se refermait, le garde s’écarta et me fit signe de patienter. Quelques minutes plus tard, alors que je piétinais sur place sous le regard amusé du soldat, la porte s’ouvrit.
Un homme à l’embonpoint prononcé et richement vêtu me faisait face. Des boucles rousses s’échappaient de sous sa coiffe, encadrant un visage à l’allure bonhomme. Derrière lui s’étendait un hall de pierre d’où émanait une douce et attirante chaleur. Semblant me jauger de ses yeux gris, il me tendit la main. Tout en l’acceptant, je fis ma présentation.
« Salutations, noble seigneur. Je me nomme Lars von Lecoor, scribe diplômé de l’école Massey, et je souhaiterai obtenir une audience auprès du Duc. Je désirerai en effet lui présenter un projet visant à développer le système éducatif, et par là même permettre à Helfjnir de devenir une capitale scientifique, culturelle et intellectuelle renommée. »
L’homme sourit, visiblement amusé de ma tirade maintes fois répétée…
« Salutations, Ser von Lecoor. Je suis Olaf Trierg, chambellan du Duc. Je vais être franc avec vous. Je doute fort que votre… Comment dites-vous ?
-Mon projet, Ser Trierg, m’empressai je de répondre.
-C’est ça, oui… Votre « projet »… »
Il s’arrêta, semblant réfléchir. Il me regarda de haut en bas, hochant la tête lorsque son regard s’attarda sur ma plume en or. Il poussa un soupir, paraissant peser le pour et le contre. Inutile de préciser que l’histoire me semblait mal embarquée, et je me voyais déjà contraint de reprendre la route et condamné à mourir seul et gelé au détour d’une congère. Il finit par m’adresser un sourire contrit.
« Ecoutez, je vais être honnête avec vous, me dit il. Votre langage et votre plume ne me laissent aucun doute quant à la véracité de vos dires. Toutefois, je reste dubitatif en ce qui concerne l’intérêt du Seigneur Thorndur pour votre projet. Mais à voir votre visage bleui et vos guenilles, je suis sûr que Travia et ses prêtres ne verraient pas d’un bon œil que je ne vous accorde pas cette audience. Cela vous permettra au moins de vous réchauffer. »
Je souris bêtement, emballé à la seule idée de sentir la chaleur d’un âtre contre ma peau.
« Par contre, je dois vous mettre en garde, ajouta-t-il en m’invitant à entrer. Le duc s’emporte facilement, donc si vous tenez à la peau de votre dos, évitez d’insister en cas de refus. Nous aurons vous comme moi tout intérêt à ne surtout pas le contrarier. »
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MessageSujet: Re: Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue !   Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue ! EmptyVen 30 Jan - 13:42

Alors que la porte se refermait derrière moi, je hochais la tête en signe d’assentiment. Je suivis mon hôte le long du hall. Tous les cinq mètres étaient disposés des braseros en fonte, en forme de gueule d’ours, et dispensant une agréable chaleur. Cette dernière me fit le plus grand bien, et, peu à peu, je retrouvais les sensations que le froid avait annihilées.

Sur les murs, de nombreuses scènes de batailles étaient sculptées à même les pierres, leurs reliefs semblant danser au gré des flammes. C’était grandiose, et j’avais l’impression que les anciens héros de Helfjnir reprenaient vie devant mes yeux.

M’arrêtant devant l’une d’elle, je posai ma main contre la pierre. Mes doigts retrouvant peu à peu leur sensibilité, je pus apprécier la finesse et la précision de la gravure.

Le chambellan se tenait quelques pas devant moi.
« Je vois que vous semblez apprécier l’art de nos maîtres sculpteurs, Ser von Lecoor.
-Totalement, répondis-je. Ces bas reliefs sont simplement superbes, assurément parmi les plus aboutis qu’il m’ait été donné de voir. »

L’homme sourit et ajouta :
« C’est une tradition qui s’est hélas perdue depuis des décennies… »

Nous reprîmes notre marche. Si de nombreuses entrées émaillaient chaque côté du corridor, une énorme et majestueuse double porte se tenait à son extrémité. Deux hommes en armes en gardaient l’accès. Alors que nous approchions, je constatai que le linteau était lui aussi orné de superbes gravures. Sur un signe de tête du chambellan, les deux cerbères nous ouvrirent les portes.

Nous pénétrâmes alors dans ce qui était la salle du trône. Je fus immédiatement assailli par une forte odeur de nourriture et de vin. A voir les restes s’étalant sur les tables au centre de la salle, un banquet avait dû s’achever récemment. Je ne pus réprimer le grondement de mon estomac, et je suis bien obligé d’avouer que ces fragrances m’avaient mis l’eau à la bouche. Je remarquai également les mêmes braseros que dans le hall, disséminés un peu partout dans la pièce. Aucune tapisserie n’était accrochée aux murs, contrairement à ce que j’avais pu constater dans la plupart des autres châtellenies. A la place, toujours les mêmes scènes de guerre gravées, apparemment elles aussi d’une exceptionnelle qualité.

Au fond de la salle, un homme blond et barbu d’une carrure imposante était assis sur un trône en forme de tête de dragon. Il émanait de lui une prestance et une autorité naturelle. Répartis de chaque côté se tenaient huit prêtres arborant les bures des huit différents temples. Cette vision me confirma ce que ma brève discussion avec le chambellan m’avait laissé penser : ici aussi le clergé était proche de la vie politique.

Posant sur moi ses yeux couleur bleu glace, le duc me regarda approcher avec intérêt. Le prêtre à sa droite, vêtu de la toge du temple de Praïos, se pencha alors vers lui. Il m’était impossible de voir son visage, le capuchon ombrant entièrement celui-ci. Thorndur hocha la tête et fit un signe de la main pour écarter le prêtre.
A présent que j’étais plus proche, je pouvais voir le collier reposant sur la poitrine ducale. Composé de deux longs crocs étincelants, c’était de ce bijou que le duc tenait son surnom. Même dans les contrées méridionales d’où j’étais issu, l’histoire de Thorndur Longues-Dents était connue. Il aurait arraché ces crocs à mains nues de la gueule d’un ours qui l’avait menacé alors qu’il n’avait que douze ans. Aujourd’hui encore, et malgré la colossale apparence du duc, je doute de la véracité de cette version, les légendes étant souvent bâties sur des exagérations. Mais vous conviendrez que ce n’était certainement pas le lieu ni le moment de chercher à connaître la vérité.

Arrivés à un mètre du trône, nous nous inclinâmes. Le chambellan me fit signe de garder la position…

C’est alors que la voix froide et caverneuse de Thorndur résonna.
« Et bien mon bon Olaf… Quelle est donc cette fantaisie ? Voilà que tu m’amènes des mendiants en audience… Tu sais pourtant à quel point je ne supporte pas cette vermine ! Souhaiterais-tu par hasard découvrir de nouveaux horizons et déflorer ton anus en sa compagnie sur la place ?
-Grands dieux non, mon seigneur, répondit l’intéressé sans pour autant relever la tête. Mais il se trouve que le Ser von Lecoor ici présent n’est pas un mendiant…
-Ah non ? , tonna le duc en le coupant. Voyons un peu… »

Il se leva, s’approcha de moi et me tourna autour, continuant sa diatribe.
« Un visage malingre, des loques sur le dos, une crasse et une odeur abjectes… Il me semble pourtant en tout point correspondre ! Essaierais-tu, par dessus le marché, de me prendre pour un poulet écervelé ? »

Un silence lourd de sens s’installa alors que le duc se rasseyait. Devant la tournure catastrophique des évènements, je décidai donc d’intervenir. Toussotant légèrement, j’attirai l’attention sur moi.
« Si je puis me permettre, mon seigneur… », dis-je en me relevant.

Thorndur me foudroya aussitôt du regard. L’autorité et la puissance qui en découlaient était telles que j’en fus totalement décontenancé. Il m’écrasait de tout son être et son esprit. Un coup d’œil à Trierg me permit de voir son visage devenu livide, comme si mon intervention venait de signer notre arrêt de mort.
Un de mes professeurs aimait à dire que seul un acte désespéré pouvait sauver une situation désespérée. Je pris donc une grande inspiration, et, nonobstant ma peur, le regard courroucé du duc et celui implorant du chambellan, je me lançai.

« Mon seigneur, je sais qu’il peut sembler inconvenant de prendre la parole sans y avoir été préalablement invité, mais je pense que le Ser Trierg ici présent n’a pas en sa possession tous les éléments permettant de m’éviter de finir empalé. J’ai donc l’outrecuidance de plaider ma cause en personne, mais sans aucune volonté d’irrespect, soyez en assuré. »

Le chambellan voulut alors dire quelque chose, mais Thorndur l’en dissuada d’un regard. Ce fut avec un air amusé et un petit sourire en coin qu’il me fit signe de poursuivre.
« Merci, mon seigneur. Je me présente, je me nomme Lars von Lecoor, originaire de la ville de Tseirp, petite cité du Sud Est de l’Empire. Je tiens tout d’abord à vous présenter mes plus plates excuses pour mon apparence crasseuse et équivoque, mais je suis en mesure de tout vous expliquer. »

Sortant de nouveau ma plume en or de mon havresac, je continuai mon discours.
« J’ai en ma possession cette plume, symbole de ma qualité de scribe de l’école Massey. Je l’ai obtenue il y a de cela cinq mois, et, depuis ce jour, je parcours le continent afin de présenter mon projet aux différentes châtellenies. Hélas, et vous l’aviez sans doute compris, je ne me suis vu opposer jusqu’à aujourd’hui que des refus. J’ai pleinement conscience de mon allure de vagabond, mais celle-ci n’est due qu’à mon errance.
Mais ceci n’est à la limite pas le plus important. Ce n’est qu’un sacrifice que la foi et l’espoir que j’ai en mon projet ont rendu nécessaire. Car c’est bien là qu’est le point primordial de cette audience. Si vous acceptiez mon projet, Helfjnir, et donc vous par conséquent, ne pourriez qu’en tirer avantage. »

Ce dernier mot résonna dans la vaste salle. Mon discours n’était pas clair, je le savais. Le duc me troublait. La faim, la fatigue et la peur de mourir m’empêchaient de réfléchir. Mais je savais que je devais continuer, aucune autre alternative ne se présentait à moi.

« Je suis bien conscient que sans mon héritage, je n’aurai pu suivre mes études. Je suis pour ainsi dire une exception, les frais d’inscription étant en principe hors de portée des bourses du peuple.

C’est d’ailleurs la base de ma réflexion. Je me dis que si cette exclusivité, cette discrimination n’avait plus cours, que si au contraire une administration acceptait de prendre en charge les frais d’étude, beaucoup plus de gens pourraient avoir accès à la lecture, aux sciences, bref à la connaissance.

Pour quel intérêt me direz-vous ? Et bien, plus de têtes pensantes, plus de recherches, plus de découvertes ! Et en quelques années, Helfjnir pourrait rayonner en tant que centre intellectuel, culturel et scientifique ! Cela permettra le développement de la population et de l’urbanisme !
J’ai pu admirer la finesse des gravures qui ornent votre château. Ser Trierg m’a dit que cet art était éteint… Si l’on pouvait en enseigner les techniques, la sculpture pourrait de nouveau être le fleuron de votre artisanat !

Bien sûr, cette présentation reste très succincte, mais je me ferai une joie de vous expliquer tout ceci en détail, si tant est que ça vous intéresse… »

J’avais le sentiment de m’être montré exalté durant mon exposé, et comme à l’habitude, j’avais tenté d’y mettre toute ma conviction. Le duc ne m’avait pas interrompu, ce que je croyais être un bon signe. Mais à présent que j’avais fini, le silence m’oppressait. Nul ne bougeait, le chambellan semblait liquéfié et les bures cléricales ne laissaient toujours rien paraître.

Soudain, Thorndur partit d’un grand éclat de rire.

« Ha, ha, ha ! Par tous les Dieux ! Voilà un asticot qui ne pèse pas bien lourd, mais l’essentiel du poids doit tenir dans ses couilles ! Ca j’aime ! Tu me plais scribe ! Voilà qui me change de tous ces lécheurs de cul ! Tu as osé, et ça se respecte ! Ha, ha, ha ! »

Je poussai un soupir de soulagement et me pris à espérer.
« Mais…, continua le duc. Mais cela ne signifie pas que je vais accepter ton projet. »

De nouveau, le prêtre de Praïos se pencha vers lui, lui murmurant je ne savais quoi.
« Ah ! Si j’écoutais ce bon Melchior, je te ferais empaler pour hérésie ! Mais il se trouve que je ne vois rien d’hérétique dans tes propos, même si je pense que chacun naît à la place choisie par les Dieux, et qu’ils sont seuls juges de notre destinée. A mon sens, tu es devenu scribe uniquement parce qu’Ils l’avaient décidé. Mais notre prêtre praïosien est un peu trop zélé.
Toutefois, au-delà de cet aspect… spirituel et religieux, un élément important justifie mon refus. Tu l’as constaté par toi-même, Helfjnir et ses environs ne sont pas à proprement parler des plus accueillants. La vie et le climat y sont durs. Depuis des décennies, nous sommes harcelés par ces pillards de l’empire oriental, que Thylos brûle leurs maudites carcasses dans le feu divin !
Il ne se passe pas une semaine sans que notre ost n’ait une escarmouche avec ces fils de chiennes. En conséquent, ce n’est pas d’érudits ou de sculpteurs dont nous avons besoin, mais de guerriers, d’hommes rudes et de paysans prêts à braver les éléments pour emplir nos greniers.

-Je comprends, mon seigneur, répondis-je, dépité.

- Je respecte ta ténacité, et je ne suis pas sûr que beaucoup aient les tripes et la foi pour accomplir ce que tu as fait. Néanmoins, tu ne me sembles pas être en mesure de subvenir à tes besoins, ni de continuer ton périple. Aussi ai-je une proposition à te faire.
La vie est rude par ici, et les divertissements sont rares. J’ai pu constater à de nombreuses reprises que le moral de mes gens est au plus bas. Que dirais tu de devenir le conteur d’Helfjnir ? Tu assurerais ainsi une représentation tous les soirs à la taverne ou à la cour. Tu serais nourri, logé et payé.

-Je vous demande pardon, me mis-je à bafouiller, mais je crois que…

-Par la barbe de mon ancêtre !, s’écria Thorndur. Tu crois que quoi ?! Tu sais parler, tes études ont dû t’enseigner la poésie ou je ne sais quel autre art et tu es sans le sou ! Tu es à deux doigts de crever comme une merde, moi je t’offre un salaire et une situation et toi tu te permets d’hésiter ?! Serais tu trop bien pour Helfjnir ? Serais tu trop bien pour divertir des hommes courageux ? »

Conscient d’avoir plus qu’agacé le duc, je pris le temps de réfléchir avant de reprendre la parole. Thorndur avait raison. Je n’avais rien mangé depuis plusieurs jours, et mon projet avait jusqu’ici été un échec. Peut être pourrais-je également faire bouger les choses peu à peu. Après tout, le duc ne m’avait pas semblé totalement réfractaire. Mais pour envisager plus, je devais rester.

« Soit, mon seigneur. J’accepte votre généreuse proposition. Je m’excuse par ailleurs de mon hésitation. Elle n’était aucunement mue par une quelconque morgue de ma part. »

Le duc eut un air satisfait et se tourna vers son chambellan.

« Olaf, tu lui donneras une chambre et lui serviras de guide. Vois également avec les domestiques pour qu’on lui apporte un repas et qu’on lui fasse couler un bain. Et par les Dieux, qu’on lui donne des vêtements chauds, sinon sa virilité va devenir trop petite pour qu’il puisse pisser ! Ha ha ha ! »
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MessageSujet: Re: Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue !   Mon roman à moi, toute critique est la bienvenue ! EmptyLun 2 Fév - 21:26

Thorndur riait toujours lorsque nous prîmes congé. Une fois à l’extérieur de la salle, Olaf se tourna vers moi. Il avait toujours l’air pâlot, mais semblait plus rassuré.

« Par Praïos et tout ce qu’il y a de sacré ! Vous avez bien failli nous faire tuer ! Heureusement que le duc était dans de bonnes dispositions, sinon…

-Je suis désolé pour ces frayeurs, Ser Trierg, répondis-je.

-On dira « plus de peurs que de mal ». Enfin…, soupira-t-il. Nous allons donc passer un peu de temps ensemble, aussi je vous propose de nous tutoyer. »

J’acceptai volontiers, et il me proposa de m’amener dans une pièce attenante à la cuisine afin que je puisse me restaurer.
Alors que nous marchions, Olaf devint de plus en plus volubile. C’était un homme plein d’entrain et de bonne humeur, et surtout à la langue bien pendue. Nous arrivâmes à destination. Il me quitta en me disant de prendre mon temps. Il repasserait me chercher d’ici une petite heure, le temps pour lui de régler quelques détails relatifs à mon arrivée. Il demanda également à une servante de me faire amener de nouveaux habits.

Un domestique m’apporta une assiette de ragoût quelques minutes après son départ. Je me jetai dessus sans aucun préambule. La faim décuplait le goût des aliments si bien que j’avais l’impression de ne jamais avoir rien mangé de meilleur. Un pichet vin m’avait été servi en même temps et je le savourais comme le plus pur hydromel. J’engloutis le tout en quelques instants, et ce fut avec un air amusé que le domestique retourna en cuisine pour me resservir.

Durant ce nouveau temps d’attente, alors que je salivais à l’idée d’une nouvelle ration, la porte par où était sorti Olaf s’ouvrit. M’attendant à voir revenir le chambellan, je fus fort étonné de voir entrer le dénommé Melchior, les bras chargés de frusques.

« Ser von Lecoor, m’interpella-t-il, je me suis permis de vous amener vos nouveaux habits, car j’aurai souhaité m’entretenir avec vous. »

Je ne m’attendais vraiment pas à cette visite, et ne sus quoi dire. Je restais là, bouche bée, à tenter de voir le visage que mon interlocuteur cachait sous sa bure.

« Je vais prendre votre silence pour une approbation…

-Je m’excuse, me repris-je, mais je ne m’attendais vraiment pas à vous voir mon père. »
Il eut un petit rire méprisant avant de reprendre.

« A ce que je vois, vous étiez réellement affamé… Quelle chance pour vous que le duc accepte de vous prendre à son service, n’est ce pas ?

-Certes, je dois d’ailleurs bien avouer que c’est la première fois depuis des mois que la fortune me sourit quelque peu. Mais je suppose que vous n’êtes pas venu pour vérifier l’état de mon estomac… »

Le domestique ramenant ma deuxième portion fit alors irruption, interrompant notre discussion. Il eut un instant d’hésitation en apercevant le religieux, puis, marmonnant des excuses, il s’empressa de déposer mon assiette et de repartir.
Le prêtre attendit patiemment que le serviteur soit sorti, puis il prit un siège et s’installa en face de moi. Sa présence me mettait mal à l’aise, sentiment décuplé par l’impossibilité de voir son visage. Ce fut lui qui brisa le silence.

« Écoutez-moi attentivement, scribe. »
Sa voix était devenue méprisante.

« Ne croyez pas que je ne vois pas clair dans votre jeu… Je sais ce que vous espérez… Vous et votre projet hérétique... Vous avez réussi je ne sais comment à convaincre cette grosse outre avinée de Thorndur, mais pas moi, ni aucun de mes prêtres. Je ne vous laisserai pas distiller votre venin hérétique au peuple.

-Sauf votre respect mon père, répondis-je, je pense que vous vous méprenez à la fois sur mes intentions et sur le but de mon projet. Je ne suis peut-être pas un fervent pratiquant, mais je respecte les Dieux. Loin de moi l’idée de ne pas leur reconnaître la place qu’ils méritent… »

Melchior se leva brutalement et jeta mon assiette au sol d’un revers de la main.
« Misérable vermisseau !, s’écria-t-il. Ne me prends pas pour un imbécile. Je suis élu des Dieux, et je sais ce que tu penses ! Sois sûr d’une chose : nous allons te surveiller, sans aucun répit ! La milice praïosienne ne te laissera pas seul une seconde, et au moindre faux pas, à la moindre insinuation, je t’écraserai comme le cafard que tu es. Tu mourras seul, ton nom sera à jamais souillé et ton âme errera dans les limbes pour l’éternité ! »

Totalement décontenancé par cette agressivité, je restai là, assis, à regarder bêtement un homme en bure m’insulter et me menacer. Ayant apparemment dit tout ce qu’il voulait, Melchior tourna les talons et sortit aussi soudainement qu’il était arrivé.
Lorsque la porte se rouvrit quelques secondes plus tard, j’eu un mouvement de recul. Mais ce fut Olaf qui entra. Il regarda l’assiette au sol, puis moi et éclata de rire.

« Dieux ! Je ne t’aurai pas cru si impulsif ! Si la nourriture ne te convenait pas, il suffisait de le dire… »
Je dus avoir l’air soulagé, car le chambellan s’empressa de me demander si quelque chose n’allait pas.
« Non, mentis-je. Tout va bien, merci. Quant à l’assiette, je l’ai bêtement fait tomber, je m’en excuse.
-Serais tu donc maladroit en plus d’être beau parleur ?, me lança-t-il d’un air enjoué. Ne t’inquiète donc pas pour l’assiette, et suis moi. Je t’ai fait préparer ta chambre et un bain chaud t’y attend. »

Se tournant, il aperçut les vêtements apportés par Melchior.
«Ah ! Je vois qu’Elise t’a amené de nouveaux habits. Ne les oublie pas, ils seront bien plus chauds que tes oripeaux !
-C’est le prêtre de Praïos qui me les a amenés. Tu as dû le croiser, il est sorti quelques instants avant ton arrivée.
-Non, me dit-il d’un air surpris. Je n’ai croisé personne, mais je pense que tu as dû t’assoupir, vu ton état ce ne serait pas surprenant ! Soit dit en passant, je vois mal ce vieux Melchior s’abaisser à une tâche aussi… banale.
-Tu as sans doute raison…, dis-je sans en être réellement convaincu. Bon, allons-y, la simple idée d’un bain me réjouit ! »

Nous partîmes donc en direction des quartiers des domestiques, Olaf continuant de m’abreuver d’anecdotes sur Helfjnir et ses dignitaires.
La chambre qui m’avait été attribuée était modeste. Cependant, le baquet d’eau chaude qui y trônait et le lit d’allure accueillante suffisaient amplement à mon bonheur. Posant mes nouveaux habits sur la couche, je me déshabillai et m’immergeai dans l’eau avec un râle de contentement. Dieux ! J’avais l’impression de n’avoir pas pris de bain depuis des lustres ! Je songeai alors aux évènements de cette folle journée. Je m’étais tenu aux plus proches abords du domaine de Boron, sans toutefois en franchir les dangereuses limites.

J’étais devenu conteur, ce qui restait une appellation pleine d’emphase pour ma nouvelle fonction d’amuseur public. Mes comparses de promotion, tous de nobles lignages, et même mes professeurs s’étaient ris de mes ambitions. Vu la situation, je ne pouvais leur donner tort. Mon sort restait néanmoins préférable à la mort, et je demeurais persuadé qu’il ne s’agissait que d’une parenthèse. Une sorte de prise d’élan avant de franchir le gouffre me séparant de ma destinée.

Mais ce qui me troublait le plus était mon entrevue avec Melchior. Son comportement agressif et son langage ne correspondaient en aucune façon à un prêtre de Praïos.

Etait-il possible que comme me l’avait suggéré Olaf je me sois effectivement assoupi. Tout ceci n’aurait alors été qu’un mauvais rêve ? En ce cas, comment expliquer l’assiette ? Aurais-je pu la renverser dans un spasme onirique ? Malgré l’étrangeté de la chose, je reconnaissais mon harassement, et il n’aurait après tout pas été surprenant que mon corps et mon esprit se soient abandonnés aux sirènes de l’inconscience. En attendant d’avoir plus d’éléments me permettant d’éclaircir cet épisode, j’entrepris d’achever mon bain.
J’avais en effet un programme chargé. Outre ma toilette, tâche non négligeable à la vue de ce que j’avais traversé, je devais également prendre mes marques dans mon nouvel environnement. Je n’avais jamais déclamé quoi que ce soit en public, et j’avoue que l’idée m’effrayait quelque peu.
Tout en me lavant, je réfléchissais aux diverses possibilités qui s’offraient à moi. Je ne connaissais strictement rien à l’histoire et aux légendes d’Helfjnir, exception faite de la saga de Thorndur. Je pris donc la décision d’en faire le sujet de ma première apparition, en espérant que le duc apprécie cette attention.

Cependant, un constat m’apparaissait clairement : il fallait que je me renseigne auprès d’Olaf de l’endroit où je pourrais approfondir mes connaissances sur le folklore local. La grande ville qu’était la Cité des Glace devait certainement recéler quelques ouvrages ou tout au moins des parchemins et autres manuscrits à même de m’éclairer.
Une fois ma toilette achevée, j’entrepris de m’habiller. Je constatai alors les séquelles de mon périple. Le miroir me renvoyait l’image d’un homme amaigri, aux cheveux filasses et à l’œil terne. Les vêtements doublés de fourrure parvenaient à grand peine à masquer ma déplorable condition.

Nous avions convenu avec Olaf de nous retrouver à l’orée du grand hall, mais je devais admettre avoir fortement présumé de mon sens de l’orientation en lui affirmant être en mesure de trouver seul mon chemin. Le château s’apparentait à un véritable labyrinthe, chaque couloir ressemblant au précédent. Cette visite à tout le moins forcée me permit néanmoins de pouvoir admirer les innombrables gravures qui semblaient orner chaque mur du palais. N’étant pas à proprement parler pressé par les évènements, et quelque peu lassé par mes déambulations, je m’arrêtai devant un pan de mur recouvert de bas reliefs.
Ces derniers s’étalaient sur 3 niveaux.
Au plus haut, était représenté un farouche guerrier en position de combat, une énorme hache à double tranchant entre les mains. Face à lui se trouvaient six hommes dont les armures me laissaient présumer qu’il s’agissait de sbires de l’Empire Oriental. A mi-hauteur, la scène suivante représentait le même guerrier, un genou à terre, appuyé sur le manche de sa hache. Ses adversaires se tenaient cette fois de part et d’autre et semblaient le menacer de leurs lames courbes, détail qui me confirma l’origine de ces soldats. Enfin, presque au niveau du sol se trouvait la dernière gravure. Le guerrier était toujours agenouillé, mais de chaque côté, ses ennemis étaient au sol, dominés par deux immenses félins dont les mâchoires laissaient apparaître des crocs d’une taille démesurée. Je n’avais pas souvenir d’avoir déjà vu de telles bêtes, et je pris note d’en parler au chambellan. Décidément, cette cité était pleine de mystères et d’attraits.

J’étais toujours en pleine contemplation lorsque la porte à ma gauche s’ouvrit découvrant ainsi un domestique les bras chargés de bois. Son entrée imprévue conjuguée à ma concentration eut pour effet de me faire sursauter sans pouvoir réprimer un cri de surprise. L’homme me regarda de bas en haut, se demandant certainement ce qu’un olibrius faisait assis devant un mur. Je me sentis rougir et ce fut d’une voix un peu honteuse et balbutiante que je lui présentai des excuses.
« Veuillez pardonner mon attitude, mais j’étais totalement absorbé par ces bas-reliefs, et votre venue m’a plus que surpris…
-Ne vous excusez pas Ser, répondit- il d’une voix amusée. Néanmoins, je ne suis pas sûr que le couloir soit l’endroit le plus convenable pour siéger…
-Vous avez sans nul doute raison, mon ami. Mais je me suis égaré en cherchant le grand hall, et ma curiosité a pris le dessus à la vue de ces superbes gravures. C’est hélas un de mes principaux défauts…, ajoutai-je. »
L’homme proposa de me guider, ce que j’acceptai de bonne grâce, trop heureux de sortir de ce dédale. Après quelques pas, il me demanda si j’étais le conteur dont tout le monde parlait. J’acquiesçai, tout en m’étonnant que la nouvelle de ma venue soit déjà répandue. Au bout de quelques minutes, après avoir traversé moult couloirs, nous arrivâmes à destination.
Me voyant arriver avec le domestique, Olaf se mit à rire à gorge déployée.
« Tu parles d’un sens de l’orientation ! C’est à se demander comment tu as fait pour ne pas te perdre dans le ventre de ta mère ! »
J’essayai d’avoir l’air affecté par sa remarque, mais son incroyable bonne humeur était communicative, et je partis moi aussi d’un grand éclat de rire.

« Bon, tâchons d’être sérieux, me dit-il. Nous avons beaucoup de chose à voir et peu de temps avant la tombée de la nuit. Et crois moi, si tu as eu froid tout à l’heure, tu ne survivras pas à nos gelées nocturnes !
-Je te rassure de suite, je n’ai aucunement l’intention de tenter l’expérience ! Alors, par où commençons-nous ? »

Sans se départir de son sourire, le chambellan me fit signe de le suivre. Il entreprit de me montrer les trajets qui me seraient indispensables au sein du château, « afin que tu cesses d’empêcher les gens de travailler ! » ajouta-t-il. Ainsi, il me montra le chemin jusqu’à ma chambre, aux cuisines et au grand hall. Le bâtiment était vaste, et j’eu un peu de mal à retenir les itinéraires. Lorsqu’il me demanda si j’avais des questions, je lui parlai des félins qui avaient aiguisé ma curiosité.

« Ah, tu dois parler des smilodons ! me dit-il. Ce sont des animaux légendaires qui auraient été envoyés par Praïos pour défendre notre premier duc, Gavial Hache-de-Feu, contre une invasion de ces chiens de Gilerea. Mais bon, leur existence reste une fable, nous n’en avons aucune preuve. Pour nous autres, habitants d’Helfjnir, ils font néanmoins partie intégrante de notre culture.
-Je comprends… Justement, puisque tu abordes le sujet, je souhaiterai savoir où je peux me documenter sur votre histoire et vos légendes. Il me semble qu’il serait inconvenant de la part du conteur de ne rien savoir de votre passé. »

Olaf me regarda comme si j’avais insulté Praïos en personne.
« Ai-je dis quelque stupidité ?, m’enquis-je en réponse à son regard.

- Non, non, rassure-toi. C’est juste que je réalise que nos us et coutumes diffèrent grandement des tiens.

-Ah ? Que veux-tu dire ?

-Et bien il est de tradition à Helfjnir de n’avoir aucun écrit. Chez nous, l’histoire n’a que deux modes d’expression. Elle est soit orale, faisant ainsi appel à la mémoire, soit gravée à même la roche.

-Pardon ? Vous n’avez ni ouvrage, ni manuscrits ?, dis-je franchement étonné. Mais pourquoi ?

-Pour une raison simple, mon ami. Les écrits peuvent être corrompus. La mémoire, les souvenirs et ce qui est inscrit dans la roche sont des choses inaltérables.

-Pourtant, les souvenirs peuvent être modifiés par le bouche à oreille, non ?

-Pas chez nous, me répondit-il. Si le moindre doute survenait quant à un récit, nous nous réfèrerions aux bas-reliefs. Tu as dû remarquer la profusion de ces derniers au sein du château. Toute notre histoire est ici résumée… Enfin sauf ce qui s’est passé depuis que l’Empire Oriental a repris ses raids et que notre tradition de graveurs s’est éteinte. »
Quel choc culturel ! Je découvrais une autre façon d’être, au sein même de Nerfac. Je m’apercevais de ma naïveté… Jusqu’ici, je pensais être quelqu’un de cultivé, mais je réalisais que je n’avais qu’une vision étroite des choses. La vie ne se limitait pas à Massey ou aux autres cités méridionales. J’avais tant à découvrir, et seulement une vie… Avec le recul, je crois pouvoir dire que c’est à ce moment que je devins réellement curieux de tout ce qui compose notre monde.
Olaf me promit de me faire découvrir toute l’histoire d’Helfjnir, mais il m’assura que l’on avait quelque chose de plus important à faire. Sans m’en dire plus, il m’entraîna à sa suite, quittant le château d’un pas décidé. Une fois à l’extérieur, le rude climat de la cité se rappela à mon bon souvenir, me saisissant dés notre sortie. Bien que mes nouveaux habits soient plus chauds que mes vêtements habituels, le froid se faisait tout de même sentir. Le chambellan marchait sans se préoccuper de moi, et je me fis la réflexion que son allure devait avoir pour but de ne pas s’engourdir. En regardant les autres habitants, je constatai qu’eux aussi semblaient se dépêcher.

Après quelques minutes, nous arrivâmes devant une grande bâtisse d’où s’échappaient nombre de rires et de bruits de vaisselle. Olaf se tourna vers moi avec un air ravi.

« Mon bon Lars, je suis plus qu’heureux de te présenter ton lieu de travail ! Voici la taverne d’Helfjnir, la bien nommée « Chope du bonheur » ! »

A voir sa mine réjouie, je me fis la réflexion qu’Olaf avait dû être impatient de me faire découvrir l’endroit, et pas forcément pour que je prenne mes marques !
Nous franchîmes l’entrée, et dés cet instant, mon odorat fut assailli par d’innombrables odeurs. A ce que je pouvais voir, la bière coulait à flot, et Olaf semblait être bien connu du tenancier.
A la demande de mon nouvel ami, on nous donna une table un peu isolée, et l’aubergiste ne tarda pas à nous ramener un pichet et deux verres, tout en assurant que c’était sa meilleure cuvée, bien évidemment. Nous trinquèrent donc, et le chambellan commença à me parler des gens de la cité, les travailleurs, les soldats… Il me les décrivit comme des gens de bien, honnêtes et simples.
J’abordai alors mon « emploi » et ses modalités. Je serai payé quarante pièces d’argent par semaine, du moins tant que je resterai au château. Si d’aventure je souhaitai habiter ailleurs, mes émoluments se monteraient à cinquante pièces d’argent.
Je donnerai une représentation par soir, comme me l’avait indiqué Thorndur, mais je ne saurai que le matin si ce serait à la cour ou à « La chope du bonheur ». Tout me semblant en ordre, je m’abandonnai à la douceur du vin. Le temps défilait, ainsi que les pichets. Je commençai à ne plus avoir les idées claires. Me voyant presque saoul, Olaf décida qu’il était temps pour nous de rentrer. Il paya donc le tenancier et m’invita à sortir.
Ce moment n’a jamais disparu de ma mémoire, et pour cause ! A peine levé, je chus et m’étalai de tout mon long, déclenchant ainsi l’hilarité générale.
C’est là que je fis la connaissance de Borak, le capitaine de la milice praïosienne. Le nez contre terre, j’entendis une voix grave.

« Et bien le scribe ? On ne tient pas debout tout seul ? »

Sans savoir de qui il s’agissait, l’esprit embrumé, je répondis d’une voix hilare.
« Ben on dira que j’ai les deux pieds dans l’alcool compagnon ! Je pensais pouvoir voler sur le souffle de Thylos, mais, apparemment, le sol a décidé de me suivre ! Hi, hi !

-A ce que je vois, même au sol tu tentes de nous divertir de ta prose… hérétique. »

Ce dernier mot me fit l’effet d’une douche froide. Je réalisai que le silence emplissait la taverne. Lentement, je relevai la tête vers mon mystérieux interlocuteur.
La première chose que j’en vis fut des bottes impeccablement cirées. C’est avec horreur que mon regard se posa ensuite sur le tabard qu’il portait. D’un rouge écarlate, le blason doré ornant son centre ne laissait aucun doute quant à la fonction de cet homme : il faisait partie de la milice praïosienne. Cette découverte me fit me relever rapidement. Le regard sombre, un bouc taillé de près et des cheveux aussi noirs que le plumage d’un corbeau : l’homme n’avait vraiment rien d’avenant.
Olaf s’interposa, tentant de calmer les choses.
« Ser Borak, je vous en prie. Soyez indulgent. Je suis sûr que Ser von Lecoor ne souhaitait en aucun cas être blasphémateur. Je pense qu’il a juste un peu trop bu, et le vin d’Helfjnir peut être traitre lorsque l’on n’y est pas habitué.

-Ne vous mêlez pas de ça, Ser Trierg, le reprit le dénommé Borak, le foudroyant du regard. L’alcool n’excuse pas tout. De plus, le Père Melchior nous a avertis de sa présence et de ses idées hérétiques. »

Il se tourna vers moi et me dit d’un ton sans équivoque :
« Sois sûr que nous t’aurons à l’œil… mais je serai clément pour ton premier soir parmi nous, et je mettrai ton écart de langage sur le compte de la boisson. Mais ce sera la seule et unique fois… scribe. »
Me jetant un dernier regard inquisiteur, il se retourna et se dirigea vers la sortie. Les clients s’écartèrent sur son passage, et ce ne fut qu’après son départ que les premiers murmures vinrent briser le silence. Tous les yeux étaient tournés vers moi, et je ne savais plus où me mettre. Olaf me fit signe, et nous regagnâmes le palais sans rien dire.
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